{"id":1020,"date":"2022-06-11T16:52:44","date_gmt":"2022-06-11T14:52:44","guid":{"rendered":"https:\/\/leseffrontes.fr\/?p=1020"},"modified":"2025-11-16T15:37:03","modified_gmt":"2025-11-16T14:37:03","slug":"ils-vecurent-heureux-et-eurent-beaucoup-de-petits-bateaux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leseffrontes.fr\/index.php\/2022\/06\/11\/ils-vecurent-heureux-et-eurent-beaucoup-de-petits-bateaux\/","title":{"rendered":"Ils v\u00e9curent heureux et eurent beaucoup de petits bateaux"},"content":{"rendered":"\n<p>Quel homme n\u2019a jamais r\u00eav\u00e9 de prendre la mer sur un bateau construit de ses mains, et de voguer, sourire aux l\u00e8vres, vers les \u00eeles parfum\u00e9es en laissant dans son sillage le conformisme de sa terre natale et la ti\u00e9deur collante de son village&nbsp;? Pas vous&nbsp;? Vous \u00eates plut\u00f4t du genre d\u00e9j\u00e0 inquiet au bord du quai, et la seule exp\u00e9rience nautique que vous aillez subi a manqu\u00e9 de vous faire vomir votre petit d\u00e9jeuner par dessus bord&nbsp;? Et puis vous n\u2019\u00eates pas trop s\u00fbr de savoir fabriquer quoi que ce soit de solide, et chaque fois que vous touchez un bout de bois il vous plante m\u00e9chamment des \u00e9chardes dans la peau, c\u2019est \u00e7a&nbsp;? D\u2019accord, je comprends&#8230; Et si j\u2019ajoute \u00e0 bord deux ou trois femmes aimant voyager toutes nues, sans maillot, sous les tropiques, rien que pour vous&nbsp;? Vous le bouderez toujours ce r\u00e9cit au go\u00fbt sal\u00e9&nbsp;? Ah&nbsp;! Je vois que vous \u00eates attentif, tout d\u2019un coup. Bien. Commen\u00e7ons.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est l\u2019histoire d\u2019un gar\u00e7on appel\u00e9 James Wharram, n\u00e9 en 1928 du c\u00f4t\u00e9 de Manchester dans une famille modeste. \u00c0 seize ans, juste apr\u00e8s la guerre, il d\u00e9couvre l\u2019histoire d\u2019\u00c9ric de Bisschop, un marin fran\u00e7ais ayant navigu\u00e9 durant les ann\u00e9es 1930 de la Chine \u00e0 Hawa\u00ef en jonques, puis de Honolulu \u00e0 Cannes sur un double cano\u00eb polyn\u00e9sien construit de ses mains avec son ami Joseph Tatibouet. La vie d\u2019\u00c9ric m\u00e9riterait largement un billet. Pour James, il fut une source d\u2019inspiration si vive qu\u2019il entreprit quelques ann\u00e9es plus tard de construire un catamaran de sept m\u00e8tres, baptis\u00e9 Tangaroa, dans le jardin familial. Si c\u2019\u00e9tait un gar\u00e7on d\u2019aujourd\u2019hui, apr\u00e8s un quart d\u2019heure d\u2019enthousiasme il se connecterait probablement \u00e0 Pornhub pour une petite branlette, puis oublierait son r\u00eave maritime dans l\u2019apathie post-\u00e9jaculation en regardant n\u2019importe quoi de distrayant sur TikTok ou YouTube. Mais c\u2019\u00e9tait en 1954, les loisirs des jeunes hommes \u00e9taient alors plus physiques (la randonn\u00e9e et l\u2019alpinisme pour James) et plus concentr\u00e9s (la lecture \u00e0 la biblioth\u00e8que). Les distractions faciles \u00e9taient s\u00fbrement peu abondantes. James acheva son bateau, convainquit des amis de le transporter jusqu\u2019\u00e0 Brightlingsea, sur la c\u00f4te est de l\u2019Angleterre, et vogua vers\u2026 Non, pas vers les \u00eeles ensoleill\u00e9es. Pas encore. Il vogua vers Eemshaven, aux Pays-Bas.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est ici que les choses int\u00e9ressantes commencent&nbsp;: James mit le cap sur Trinidad (dans les Cara\u00efbes), avec un \u00e9quipage de deux jeunes femmes&nbsp;: Ruth Merseburger et Jutta Shultze-Rhonhof. C\u2019\u00e9tait en 1955, avant la \u00ab&nbsp;lib\u00e9ration sexuelle&nbsp;\u00bb et avant la pilule. Imaginez le scandale\u2026<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Cela semblait \u00eatre l&rsquo;ultime aventure hippie, avant m\u00eame que les hippies soient invent\u00e9s. Mais le voyage est loin d&rsquo;\u00eatre une simple navigation. Il y eu des temp\u00eates dans le golfe de Gascogne&nbsp;; en Espagne, la Garde civile de Franco prit les voyageurs pour des espions&nbsp;; \u00e0 la Grande Canarie, ils rencontr\u00e8rent d&rsquo;anciens officiers SS en fuite vers l&rsquo;Am\u00e9rique du Sud&nbsp;; ils faillirent chavirer deux fois en traversant l&rsquo;Atlantique. Wharram et Shultze-Rhonhof eurent un mal de mer terrible&nbsp;; elle d\u00e9couvrit qu&rsquo;elle \u00e9tait enceinte&nbsp;; et pendant ce temps, les coques en bois de Tangaroa \u00e9taient d\u00e9vor\u00e9es par les tarets. Apr\u00e8s une travers\u00e9e \u00e9puisante de cinq semaines, ils parvinrent \u00e0 atteindre Trinidad.<\/p><cite> Sam Wollaston, N\u00e9crologie de James Wharram, The Guardian, 2022<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Dans les Cara\u00efbes, James poursuivit l&rsquo;approche franche et contestataire qui a caract\u00e9ris\u00e9 toute sa vie professionnelle et l&rsquo;a maintenu \u00e0 la marge du milieu de la voile. Le r\u00e9dacteur en chef d&rsquo;un journal de l&rsquo;\u00eele s&rsquo;en prit \u00e0 lui, et il scandalisa la population blanche avec ses deux femmes (Jutta \u00e9tait alors enceinte de lui). Ils men\u00e8rent une existence plut\u00f4t miteuse mais heureuse, sur une barge faite de perches de bambou, de rondins et de feuilles de palmier. Et quand leur maison finit par sombrer lors d\u2019une temp\u00eate, le petit groupe se mis \u00e0 construire un nouveau bateau avec l&rsquo;aide d&rsquo;amis am\u00e9ricains sur l&rsquo;\u00eele \u2014 et de l&rsquo;\u00e9nigme fran\u00e7aise de la voile, Bernard Moitessier.<\/p><cite> Sam Fortescue, \u00ab&nbsp;Catamaran Man: James Wharram&nbsp;\u00bb, Sail Magazine, 2019<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Et le voil\u00e0 reparti sur son nouveau bateau, Rongo, avec femmes et b\u00e9b\u00e9. Cap sur les \u00eeles Vierges, puis New-York.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00ab&nbsp;Les Am\u00e9ricains sont imm\u00e9diatement amicaux&nbsp;\u00bb, se souvient James. \u00ab&nbsp;New York nous a aspir\u00e9s dans sa vie passionnante.&nbsp;\u00bb La fraternit\u00e9 de la voile am\u00e9ricaine \u00e9tait beaucoup plus ouverte \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de multicoques de haute mer et bien moins distraite par le snobisme de l&rsquo;Angleterre. Les apparitions dans une \u00e9mission de t\u00e9l\u00e9vision conduisirent \u00e0 d&rsquo;autres articles et conf\u00e9rences. \u00ab&nbsp;L&rsquo;argent pour financer le voyage en Am\u00e9rique du Nord a afflu\u00e9.&nbsp;\u00bb [\u2026]<\/p><p>Convaincu qu&rsquo;une presse nationale \u00e9trangement r\u00e9ticente ne manquerait pas de remarquer une premi\u00e8re travers\u00e9e de l&rsquo;Atlantique Nord en catamaran, il ravala ses craintes bien r\u00e9elles et mit le cap sur l&rsquo;Irlande. Bien que sa coque plus grande lui permit d&rsquo;affronter des conditions plus difficiles, Rongo rencontra n\u00e9anmoins de s\u00e9rieux probl\u00e8mes de gouvernail. Comme auparavant, les aiguillots cass\u00e8rent, ce qui faillit lui faire perdre un safran. [\u2026]<\/p><p>Le voyage fut \u00e9reintant, mais avant m\u00eame qu&rsquo;ils n&rsquo;aient pos\u00e9 leurs pieds tremblants sur la terre ferme, James transformait cette exp\u00e9rience en un nouveau bateau, qui allait \u00e0 son tour aboutir \u00e0 son premier projet commercial en 1965&nbsp;: devenant, de fait, un professionnel alors que ses activit\u00e9s ant\u00e9rieures avaient \u00e9t\u00e9 financ\u00e9es par des publications sporadiques dans la presse nautique. Ce premier bateau \u00e9tait bas\u00e9 sur Rongo, avec une longueur de 34 pieds, mais avec une coque en forme de V, un dessin caract\u00e9ris\u00e9 par une capacit\u00e9 d&rsquo;accueil et une hauteur sous barrots limit\u00e9es dans les deux coques, une proue pleine et des roufs rectangulaires. Les coques \u00e9taient reli\u00e9es par des poutre en bois, arrim\u00e9s les unes aux autres&nbsp;; la plate-forme entre les deux \u00e9tait en lattes espac\u00e9es pour \u00e9viter de taper et laisser l&rsquo;eau s&rsquo;\u00e9couler. Tangaroa a connu un grand succ\u00e8s, avec 486 plans vendus en dix ans.<\/p><cite> Sam Fortescue, \u00ab&nbsp;Catamaran Man: James Wharram&nbsp;\u00bb, Sail Magazine, 2019<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Jutta d\u00e9c\u00e8de pr\u00e9cocement en 1961. Ruth continuait de vivre avec James et, apparemment, son entourage f\u00e9minin culmina \u00e0 cinq compagnes quelque part dans les ann\u00e9es 1970. Vers 1967 il rencontre Hanneke Boon. Elle n\u2019a que quatorze ans et s\u2019int\u00e9resse beaucoup \u00e0 ses\u2026 \u00c0 ses bateaux&nbsp;! Je vous vois venir, esprits tordus que vous \u00eates&nbsp;! Libertaire ne rime pas forc\u00e9ment avec pervers, voyez-vous&nbsp;? Elle le rejoint pour de bon en 1973, elle est grande, elle a vingt ans (et lui quarante-cinq). Avec Ruth, comme Jutta auparavant, elle est non seulement une compagne d\u2019intimit\u00e9 mais aussi une solide partenaire de travail et la m\u00e8re de son second fils. James n\u2019a jamais manqu\u00e9 une occasion de souligner ce que ses femmes lui ont apport\u00e9 sur le plan personnel et professionnel toute sa vie.<\/p>\n\n\n\n<p>Voici comment <a href=\"https:\/\/leseffrontes.fr\/index.php\/2022\/07\/28\/gare-le-papa-1\/\">un autre pionnier des multicoques<\/a> se souvient de sa rencontre avec le m\u00e9nage-entreprise Wharram\u00a0:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Au milieu des ann\u00e9es 1970, l&rsquo;heure du premier Symposium mondial des multicoques avait sonn\u00e9. Organis\u00e9 en 1976 dans un grand h\u00f4tel de congr\u00e8s de Toronto, au Canada, cet \u00e9v\u00e9nement survolt\u00e9 r\u00e9unit un panel de dix concepteurs des \u00c9tats-Unis, d&rsquo;Europe et d&rsquo;Australie, qui s\u2019adress\u00e8rent \u00e0 un public de trois cent passionn\u00e9s. Nous \u00e9tions tous fascin\u00e9s par les avanc\u00e9es techniques et les exploits maritimes des multicoques modernes. Pour beaucoup d&rsquo;entre nous, c&rsquo;\u00e9tait la premi\u00e8re occasion de se rencontrer et, bien s\u00fbr, il y eu beaucoup d\u2019all\u00e9es et venues tardives dans les chambres d&rsquo;h\u00f4tel, o\u00f9 de nombreux \u00ab&nbsp;secrets commerciaux&nbsp;\u00bb furent \u00e9chang\u00e9s.<\/p><p>James Wharram et moi avons sympathis\u00e9 et, le matin du deuxi\u00e8me jour, j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 invit\u00e9 \u00e0 me joindre \u00e0 lui et \u00e0 deux de ses cinq femmes de l&rsquo;\u00e9poque (ils \u00e9taient ouvertement polygames) pour un petit-d\u00e9jeuner dans leur chambre. Leur porte \u00e9tait entrouverte lorsque je suis arriv\u00e9, et tous les trois \u00e9taient assis dans leur lit, en nuisette. Ils m&rsquo;ont tous dit&nbsp;: \u00ab\u00a0Allez, entrez&nbsp;!\u00a0\u00bb<\/p><p>Essayant de ne pas r\u00e9v\u00e9ler ma r\u00e9ticence, je me suis d\u00e9v\u00eatu jusqu\u2019aux sous-v\u00eatements et me suis blotti \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;une jeune sir\u00e8ne n\u00e9erlandaise qui s&rsquo;est pr\u00e9sent\u00e9e comme Hanneke Boon. Et voil\u00e0, le service d&rsquo;\u00e9tage est arriv\u00e9. Les m\u00e2choires se sont d\u00e9croch\u00e9es, tout le monde a ri, et nous avons peu parl\u00e9 de bateaux lors de ce petit-d\u00e9jeuner.<\/p><p>Les ann\u00e9es ont pass\u00e9, et avec l&rsquo;aide d&rsquo;Hanneke, nous sommes rest\u00e9s en contact, jusqu&rsquo;au jour o\u00f9 j&rsquo;ai re\u00e7u une lettre de James, disant&nbsp;: \u00ab&nbsp;Jim, j&rsquo;ai eu une ann\u00e9e plut\u00f4t difficile. J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 divorc\u00e9 par trois \u00e9pouses \u00e0 la fois.&nbsp;\u00bb Elles \u00e9taient toutes partenaires dans leur entreprise de plans, alors en plein essor. On ne peut qu&rsquo;imaginer les complications, mais Hanneke a surv\u00e9cu \u00e0 l\u2019imbroglio.<\/p><cite> Jim Brown, \u00ab&nbsp;James Wharram Remembrance&nbsp;\u00bb, Professional Boatbuilder, 2022<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p>James \u00e9tait, semble-t-il, le cerveau cr\u00e9atif de Wharram, tandis que Ruth procurait la rigueur n\u00e9cessaire \u00e0 l\u2019entreprise et Hanneke la haute qualit\u00e9 p\u00e9dagogique et artistique des plans livr\u00e9s aux clients.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>James pense que ses id\u00e9es de conception proviennent de la partie inconsciente du cerveau qui contient les instincts et les le\u00e7ons des g\u00e9n\u00e9rations pass\u00e9es. Il ne faut pas plus de deux semaines pour construire un bateau dans sa t\u00eate, dit-il, apr\u00e8s quoi Hanneke ajoute&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ensuite, le travail difficile commence.&nbsp;\u00bb Et elle en sait quelque chose. Depuis pr\u00e8s de 50 ans, elle s&rsquo;occupe du dessin proprement dit, transformant minutieusement les images mentales en magnifiques dessins \u00e0 la plume pour guider les constructeurs \u00e0 chaque \u00e9tape de la construction. \u00ab&nbsp;Je dessine l&rsquo;esprit de James&nbsp;\u00bb, dit-elle avec un doux sourire. \u00ab&nbsp;Nous sommes une \u00e9quipe, mais ne vous approchez pas trop pr\u00e8s quand nous travaillons&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p><p>Le r\u00e9sultat de leur travail d&rsquo;\u00e9quipe pr\u00e9sente souvent des marins nus \u2014 un autre \u00e9l\u00e9ment clef de la philosophie de Wharram et la cause de \u00ab&nbsp;frictions&nbsp;\u00bb r\u00e9p\u00e9t\u00e9es avec l&rsquo;establishment de la voile. Comme pour le prouver, le bureau d&rsquo;\u00e9tudes est orn\u00e9 d&rsquo;une \u00e9norme photo sur papier glac\u00e9 de Hanneke et Ruth en train de r\u00e9gler les voiles sans m\u00eame un fil sur elles.<\/p><cite> Sam Fortescue, \u00ab&nbsp;Catamaran Man: James Wharram&nbsp;\u00bb, Sail Magazine, 2019<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Entre 1995 et 1998, les Wharram voyagent dans le Pacifique, puis autour du monde, sur leur navire amiral&nbsp;: un catamaran de 19 m\u00e8tres baptis\u00e9 Spirit of Gaia. Leurs plans deviennent des synth\u00e8ses de plus en plus affin\u00e9es des techniques traditionnelles des peuples du pacifiques et des mat\u00e9riaux modernes, afin de permettre \u00e0 un plus grand nombre de gens de construire un bateau simple et \u00e9conomique.<\/p>\n\n\n\n<p>En 2008, James et Hanneke montrent que l\u2019on peut atteindre les \u00eeles du Pacifique depuis l\u2019Asie du sud-est sur un catamaran traditionnel, contre les vents dominants. James a quatre-vingt ans. Peu de gens sont assez en forme \u00e0 cet \u00e2ge pour naviguer au large.<\/p>\n\n\n\n<p>Et puis James se mit \u00e0 sombrer, doucement, comme un vieux navire dont les bord\u00e9s laissent de plus en plus passer l\u2019eau.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Elle s&rsquo;estompe maintenant sous les assauts conjugu\u00e9s de l&rsquo;\u00e2ge et de la maladie d&rsquo;Alzheimer, mais je peux encore distinguer chez James Wharram une extraordinaire vivacit\u00e9 intellectuelle qui se manifeste chaque fois que lui et Hanneke parlent de bateaux. Pendant mon s\u00e9jour de 24 heures avec eux \u00e0 Devoran, nous n&rsquo;avons parl\u00e9 que de peu de choses. Il est intense, c&rsquo;est le moins qu&rsquo;on puisse dire. Cela et sa vitalit\u00e9 physique l&rsquo;ont rendu immens\u00e9ment attirant pour les femmes. \u00ab&nbsp;Si vous l&rsquo;aviez vu il y a quelques ann\u00e9es&#8230;&nbsp;\u00bb commence Hanneke \u00e0 un moment.<\/p><cite> Sam Fortescue, \u00ab&nbsp;Catamaran Man: James Wharram&nbsp;\u00bb, Sail Magazine, 2019<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Enfin, devant le naufrage in\u00e9luctable, le capitaine r\u00e9solu de saborder le navire qui l\u2019avait port\u00e9 dans ce monde pendant 93 ans.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Malheureusement, au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es, le cerveau de James, dont il parlait toujours comme une entit\u00e9 distincte, a commenc\u00e9 \u00e0 lui faire d\u00e9faut \u00e0 cause de la maladie d&rsquo;Alzheimer. Il \u00e9tait tr\u00e8s afflig\u00e9 de perdre ses capacit\u00e9s mentales et a lutt\u00e9 avec son existence diminu\u00e9e. Il ne pouvait pas faire face \u00e0 la perspective d&rsquo;une nouvelle d\u00e9gradation et a fait le choix tr\u00e8s difficile d&rsquo;y mettre fin lui-m\u00eame. C&rsquo;est avec beaucoup de courage qu&rsquo;il a v\u00e9cu sa vie et avec beaucoup de courage il a d\u00e9cid\u00e9 qu&rsquo;il \u00e9tait temps d&rsquo;en finir.<\/p><cite> Hanneke Boon, \u00ab&nbsp;A Living Legend Lives No More&nbsp;\u00bb, wharram.com, 2021<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Visons les amers que nous laissa l\u2019alpha des mers<\/h2>\n\n\n\n<p>Sacr\u00e9e vie que celle de James Wharram&nbsp;! En tirez-vous des le\u00e7ons&nbsp;? Si vous n\u2019en voyez aucune, je vous autorise \u00e0 ne pas vous reproduire \u2014 les g\u00e9n\u00e9rations futures pourront sans inconv\u00e9nient se passer de vos g\u00e8nes. R\u00e9capitulons les points saillants&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u2022&nbsp;James a grandi avec des loisirs physiques et intellectuels solides. Pas de l\u2019accrobranche et des tutoriels YouTube.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2022&nbsp;Il a tr\u00e8s t\u00f4t <em>entrepri<\/em><em>s<\/em> de faire quelque chose de sa vie (apprendre, construire, voyager) plut\u00f4t que de consommer (de la scolarit\u00e9, des biens manufactur\u00e9s, du tourisme).<\/p>\n\n\n\n<p>\u2022&nbsp;Il a suivi, bien avant qu\u2019il soit \u00e9nonc\u00e9, le troisi\u00e8me <a href=\"https:\/\/leseffrontes.fr\/index.php\/2022\/03\/23\/les-seize-commandements-de-la-foune\/\">Commandement de la foune<\/a>&nbsp;: \u00ab&nbsp;Tu feras de ta mission, non de ta femme, ta priorit\u00e9&nbsp;\u00bb. Et avec quelle \u00e9nergie&nbsp;! Si bien que ce sont les femmes qui l\u2019ont suivi dans sa mission, avec admiration.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2022&nbsp;Il ne s\u2019est pas souci\u00e9 de fournir aux femmes du confort et de l\u2019approvisionnement, comme le font les b\u00eatas tentant d\u2019acheter leur vie affective. Il a juste fait une place \u00e0 celles qui voulaient le suivre dans <a href=\"https:\/\/leseffrontes.fr\/index.php\/2022\/05\/08\/regle-de-fer-de-tomassi-n1\/\"><em>son<\/em> cadre<\/a>&nbsp;: la mer et les bateaux de sa conception (bien foireux au d\u00e9part).<\/p>\n\n\n\n<p>\u2022&nbsp;Il ne s\u2019est pas embarrass\u00e9 du cadre fix\u00e9 par la soci\u00e9t\u00e9 quand celui-ci contrariait ses d\u00e9sirs profonds, ni en mati\u00e8re de bateaux, ni en mati\u00e8re de sexualit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2022&nbsp;Il n\u2019a pas eu besoin d\u2019incarner un m\u00e2le dangereux et dominateur pour \u00eatre l\u2019alpha de nombreuses femmes (m\u00eame si c\u2019est <a href=\"https:\/\/leseffrontes.fr\/index.php\/2020\/12\/10\/daniela-greene-lagente-du-fbi-qui-epousa-un-terroriste\/\">une strat\u00e9gie qui marche aussi<\/a>). Sa puissance cr\u00e9atrice et sa d\u00e9monstration de volont\u00e9 suffisait.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2022&nbsp;Il n\u2019a pas couru, langue-pendante, apr\u00e8s des femmes hyper-photog\u00e9niques. Je sais, \u00e7a vous chiffonne. Vous voulez bien r\u00eaver d\u2019\u00eatre polygame (ou au moins monogame), mais plut\u00f4t avec des instagrameuses 10\/10. Et bien, c\u2019est la le\u00e7on la plus subtile que nous offre la vie de James Wharram&nbsp;: il a aim\u00e9 des femmes <em>capables<\/em> de le suivre dans son cadre aventureux, pas des poup\u00e9es fragiles. Les tr\u00e8s jolis jeunes femmes qui mettent \u00e0 profit leur physique pour extraire le maximum d\u2019attention et de b\u00e9n\u00e9fices de la masse des gar\u00e7ons na\u00effs ne sont pas le mat\u00e9riau id\u00e9al pour nouer une relation forte, durable et r\u00e9ciproque. \u00c0 moins que votre ambition dans la vie soit le prox\u00e9n\u00e9tisme&#8230; L\u00e0, je ne dis pas&#8230; Vous vous entendrez bien.<\/p>\n\n\n\n<p>Sinon, vous auriez profit \u00e0 consid\u00e9rer que la partenaire de vie id\u00e9al pour vous a s\u00fbrement d\u2019autres qualit\u00e9s qu\u2019un minois d\u2019adolescente assorti d\u2019une grosse paire de n\u00e9n\u00e9s. Certes, il n\u2019est pas impossible d\u2019avoir \u00e0 la fois la beaut\u00e9 et l\u2019intelligence dans une m\u00eame personne, mais quand une jeune femme a d\u00e9j\u00e0 l\u2019une en abondance, elle a moins de raisons de se fatiguer \u00e0 d\u00e9velopper l\u2019autre. Surtout, les femmes qui se savent tr\u00e8s attirantes sont ridiculement exigeantes avec les candidats \u00e0 l\u2019amour. Selon Rollo Tomassi&nbsp;: \u00ab&nbsp;L\u2019attachement monogame le plus s\u00fbr qu\u2019aura une femme a lieu avec un homme qu\u2019elle per\u00e7oit \u00e0 un ou deux degr\u00e9s au dessus de ce qu\u2019elle per\u00e7oit de sa propre valeur.&nbsp;\u00bb James \u00e9tait bourr\u00e9 de qualit\u00e9s. Ses compagnes aussi, mais pas sur le plan de l\u2019attractivit\u00e9 physique. En cons\u00e9quence, leur qu\u00eate hypergamique s\u2019est trouv\u00e9e satisfaite par cet homme qui \u00e9tait <em>leur meilleur choix possible<\/em>. Ainsi forme-t-on des relations ind\u00e9fectibles&nbsp;: en visant aussi haut que possible, mais pas plus.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2022&nbsp;Enfin, le poly-m\u00e9nage Wharram illustre cette maxime tomassienne&nbsp;: \u00ab&nbsp;Les femmes pr\u00e9f\u00e8rent partager un alpha que de s\u2019encombrer d\u2019un fid\u00e8le b\u00eata.&nbsp;\u00bb Cons\u00e9quence&nbsp;: le \u00ab&nbsp;polyamour&nbsp;\u00bb n\u2019est pas un mod\u00e8le de relations \u00ab&nbsp;d\u00e9construites&nbsp;\u00bb et modernis\u00e9es rempla\u00e7ant le couple ringardis\u00e9. C\u2019est juste le signe qu\u2019un homme coche les bonnes cases dans les crit\u00e8res instinctifs du d\u00e9sir de plusieurs femmes.<\/p>\n\n\n\n<p>Et maintenant, je vous laisse m\u00e9diter tout cela. Moi, j\u2019ai des bateaux \u00e0 dessiner.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quel homme n\u2019a jamais r\u00eav\u00e9 de prendre la mer sur un bateau construit de ses mains, et de voguer, sourire aux l\u00e8vres, vers les \u00eeles parfum\u00e9es en laissant dans son sillage le conformisme de sa terre natale et la ti\u00e9deur collante de son village&nbsp;? Pas vous&nbsp;? 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