{"id":1251,"date":"2022-12-10T16:46:54","date_gmt":"2022-12-10T15:46:54","guid":{"rendered":"https:\/\/leseffrontes.fr\/?p=1251"},"modified":"2023-01-08T16:11:34","modified_gmt":"2023-01-08T15:11:34","slug":"gare-le-papa-3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leseffrontes.fr\/index.php\/2022\/12\/10\/gare-le-papa-3\/","title":{"rendered":"Gare-le, papa\u00a0! (3)"},"content":{"rendered":"\n<p><em>Voici la troisi\u00e8me partie de la traduction d\u2019un extrait des m\u00e9moires de Jim Brown \u2014 un pionnier de la conception des multicoques de plaisance dans les ann\u00e9es 1960. Apr\u00e8s que <a href=\"https:\/\/leseffrontes.fr\/index.php\/2022\/09\/18\/gare-le-papa-2\/\">Russell l&rsquo;a laiss\u00e9 seul aux commandes de son d\u00e9concertant navire<\/a>, Jim s\u2019\u00e9tonne avec fiert\u00e9 des accomplissements de ses fils et de la docilit\u00e9 du prao Kauri. Mais la temp\u00eate n\u2019est pas loin&#8230; \u2014 TB<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Comme les anciens Austron\u00e9siens, Russell avait commenc\u00e9 \u00e0 naviguer sur des radeaux. Il avait construit le sien pour traverser le coin de natation de Big Creek Canyon, en Californie. C\u2019\u00e9tait assez normal pour un gamin de huit ans. Mais alors que je regardais le calme gris, en essayant de ne pas penser \u00e0 descendre prendre mes pilules contre le mal de mer, ce qui m\u2019\u00e9tonnait \u00e9tait ceci&nbsp;: \u00e0 l\u2019age de treize ans, quand notre famille vivait sur le Rio Dulce au Guatemala, pourquoi Russell avait-il entrepris d\u2019exp\u00e9rimenter avec les pirogues \u00e0 balancier&nbsp;? Il n\u2019avait aucune connaissance de l\u2019anthropologie du Pacifique, pourtant ses exp\u00e9rimentations ont commenc\u00e9 par une pirogue monoxyle grossi\u00e8re qu\u2019il avait stabilis\u00e9e par un balancier sur un c\u00f4t\u00e9. Elle \u00e9tait propuls\u00e9e par une voile de Sunfish abandonn\u00e9e et virait de bord comme un bateau normal, en recevant le vent d\u2019un c\u00f4t\u00e9 ou de l\u2019autre. Mais elle virait avec difficult\u00e9, n\u00e9cessitant que le gar\u00e7on pagaye \u00e0 la poupe avec l\u2019aviron de direction, et il fallait se mettre beaucoup au rappel, athl\u00e9tiquement, pour la garder sur ses pieds. La chose se montra \u00e0 peine g\u00e9rable, mais ce fut le v\u00e9hicule de choix de sa v\u00e9ritable premi\u00e8re aventure. Avec ma permission et celle de Jo Anna, donn\u00e9e avec des tremblements, Russell descendit dans sa pirogue quelques dix-huit milles sur le Rio Dulce pendant deux jours, passant par sa magnifique gorge et un peu d\u2019un vrai territoire de Tarzan, atteignant la ville isol\u00e9e de Livingston, au Guatemala, sur la c\u00f4te carib\u00e9enne. En remontant pendant trois jours, il rendit visite \u00e0 des amis et \u00e0 des familles indiennes le long du chemin. Je m\u2019interrogeais sur cette exp\u00e9rience pour un gar\u00e7on au d\u00e9but de l\u2019adolescence. S\u00fbrement, cela avait \u00e9t\u00e9 formateur. Et, avoir navigu\u00e9 sur une embarcation dont le balancier se pla\u00e7ait d\u2019un c\u00f4t\u00e9 ou de l\u2019autre avait-il quelque peu induit Russell \u00e0 choisir le prao de type pacifique, le balancier toujours au vent, pour continuer ses exp\u00e9rimentations&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>N\u2019ayant rien \u00e0 faire avec Kauri \u00e0 la d\u00e9rive, j\u2019essayais d\u2019ignorer le soul\u00e8vement maladif de la houle en laissant mes pens\u00e9es s\u2019\u00e9loigner. J\u2019avais vu mes fils grandir au milieu du d\u00e9veloppement des multicoques modernes, et pourtant ni eux ni moi n\u2019avions jamais vu un prao de type pacifique avant 1977, quand Russell con\u00e7u et construisit Jzero, son premier vrai prao, chez nous en Virginie. Il avait gagn\u00e9 les 600$ n\u00e9cessaires en travaillant dans les champs de fraises locaux, et avait nomm\u00e9 le bateau d\u2019apr\u00e8s une chanson de Cat Stevens \u00e0 propos un jeune se trouvant \u00eatre un proph\u00e8te extra-terrestre sur Terre, confondant tout le monde par ses v\u00e9rit\u00e9s simples. Apr\u00e8s une ann\u00e9e intense de modifications du prototype \u00e0 la maison, le voilier de 9 m\u00e8tres en contreplaqu\u00e9 devint son moyen de partir \u00e0 l\u2019\u00e2ge de seize ans. Jo Anna et moi avions r\u00e9alis\u00e9 qu\u2019il partirait d\u2019une fa\u00e7on ou d\u2019un autre, et tout ce que nous pouvions faire \u00e9tait de coop\u00e9rer. Jzero coop\u00e9ra aussi. Il \u00e9tait fantastique pour son prix, mais la coque ne faisait que soixante centim\u00e8tres de large. N\u00e9anmoins, Russell v\u00e9cu \u00e0 bord pendant deux ans, quelque fois avec une petite amie, et navigua dans de nombreuses \u00eele carib\u00e9ennes, profitant d\u2019une merveilleuse aventure de sa propre fabrication.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce ne fut pas tout. Tandis que Russell \u00e9tait au loin dans Jzero, Steven terminait son trimaran de 6 m\u00e8tres, Moksa, en Virginie et, comme Russell, quitta la maison dans son bateau, cap au sud. Malgr\u00e9 la tristesse de voir notre prog\u00e9niture nous quitter de cette mani\u00e8re, au moins nous \u00e9tions soulag\u00e9 que nos fils puissent sauter du nid sans le faire dans une voiture ou en devant payer un loyer, tout en ayant encore un chez-eux. Moksa \u00e9tait ainsi nomm\u00e9e selon la qu\u00eate hindoue d\u2019un \u00e9tat d\u2019esprit paradisiaque, et le bateau \u00e9tait con\u00e7u et construit comme une reproduction fid\u00e8le d\u2019une embarcation capricieuse qui apparaissait r\u00e9guli\u00e8rement dans les bandes-dessin\u00e9es de notre vieil ami californien Jo Hudson. L\u2019un des personnages des B.D. de Hudson \u00e9tait un gnome de Big Sur appel\u00e9 Zachary Bone, protagoniste d\u2019un long \u00e9pisode o\u00f9 le vieux Zack se construisait un petit cano\u00eb \u00e0 double balancier sur le flanc d\u2019une montagne, le lan\u00e7ait d\u2019une falaise et s\u2019en allait vers le Pacifique avec une jeune fille appel\u00e9e Violet Bush comme co\u00e9quipi\u00e8re. J\u2019ai pens\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;Oh, le leurre de l\u2019autonomie&nbsp;! Est-ce un fardeau ou est-ce un don&nbsp;? Et est-il juste d\u2019endoctriner ses enfants avec de tels buts tentateurs, et pourtant jamais pleinement atteignables&nbsp;?&nbsp;\u00bb Pendant des ann\u00e9es Moksa fut \u00ab&nbsp;la monture la plus amusante&nbsp;\u00bb \u00e0 Key West, en Floride, o\u00f9 Steven resta pendant un temps, et Jzero fut finalement vendu dans les Cara\u00efbes \u00e0 un acharn\u00e9 du surf qui comptait utiliser le bateau pour se transporter avec ses planches jusqu\u2019\u00e0 des sites de surf autrement inaccessibles.<\/p>\n\n\n\n<p>En rentrant en Floride, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 20 ans, Russ se construisit une version plus grande du prao. Baptis\u00e9 Kauri, selon le bois exotique de Nouvelle-Z\u00e9lande qui composait ses membrures, c\u2019\u00e9tait celui dans lequel je me me trouvais \u00e0 pr\u00e9sent, dans un moment de calme grumeleux du Gulf Stream. Il faisait 11 m\u00e8tres de long et, pour une travers\u00e9e comme celle-ci, \u00e9tait capable d\u2019accueillir un \u00e9quipage de seulement deux personnes. En m\u00e9ditant sur ma position je pouvais presque entendre ma vieille co\u00e9quipi\u00e8re Jeannie Miller me dire&nbsp;: \u00ab&nbsp;Tu vas tomber sur une fille, un de ces jours.&nbsp;\u00bb Russell trouverait-il son \u00e9quivalent de Violet Bush&nbsp;? Je ne pouvais m\u2019emp\u00eacher de me demander&nbsp;: cette vieille promesse que je m\u2019\u00e9tais faite de suivre la mer \u00e9tait-elle tenue par mes fils&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Mes relations avec Steve et Russ durant l\u2019\u00e9volution des deux praos et du trimaran de Steve avaient r\u00e9sult\u00e9 en la plus pure forme de fiert\u00e9, le genre qui vient \u00e0 un parent qui apprend de sa prog\u00e9niture, et dont la prog\u00e9niture le sait. En d\u00e9pit de mon scepticisme initial envers Jzero, la r\u00e9ussite de Russell avec lui m\u2019avait vraiment renvers\u00e9e. Avec l\u2019exp\u00e9rience d\u2019un peu de navigation c\u00f4ti\u00e8re sur Kauri, j\u2019avais appris que c\u2019\u00e9tait en effet une s\u00e9rieuse machine \u00e0 naviguer, et l\u2019embarcation la plus douce et la plus pr\u00e8s du vent que j\u2019avais jamais connue. J\u2019ai soup\u00e7onn\u00e9 alors, et je le pense encore, que le prao moderne a un vrai potentiel, avec beaucoup de choses \u00e0 montrer au monde. Cette suspicion fut \u00e0 la fois d\u00e9fi\u00e9e et confirm\u00e9e par ce qui arriva alors.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Juste, tu tires\u2026<\/h2>\n\n\n\n<p>La pluie avait aplatie les vagues, mais comme d\u2019habitude dans l\u2019Atlantique nord, une houle consid\u00e9rable restait et elle \u00e9tait confuse, venant \u00e0 la fois de l\u2019est et du sud-ouest. Un conflit occasionnel ajoutait un cr\u00eate \u00e0 une autre, et quand cela arrivait sous le bateau, elle le soulevait puis laisser choir le grand prao comme s\u2019il \u00e9tait dans un ascenseur fou furieux. Mais il n\u2019y avais pas de grand roulis comme il y en aurait eu dans un monocoque, et \u00e7a ne tapait pas d\u2019un flotteur \u00e0 l\u2019autre comme ce serait arriv\u00e9 dans un trimaran. Je suspectais qu\u2019un trimaran dans de telles conditions aurait subi occasionnellement un coup de roulis, quand l\u2019ascenseur passait brusquement de la mont\u00e9e \u00e0 la descente entre deux coques. Je songeais \u00e0 prendre une pilule contre le mal de mer, mais d\u00e9cidait \u00e0 nouveau que je n\u2019en avait pas vraiment besoin.<\/p>\n\n\n\n<p>Au d\u00e9but, la brise \u00e9tait difficile \u00e0 distinguer dans le creux de la houle, mais bient\u00f4t je vis des pattes de chat sur l\u2019eau, juste des petites t\u00e2ches ondul\u00e9es, laiss\u00e9es par les z\u00e9phyrs autrement invisibles qui bondissaient au ralenti par dessus les mottes huileuses. \u00c0 mesure que la nouvelle masse d\u2019air trouvait son chemin dans les creux, ses pistes se rassemblaient, ne laissant que des t\u00e2ches de gras sur la surface finement martel\u00e9e. \u00c0 ce point, je fus capable de discerner s\u00fbrement que ce nouveau mouvement venait de l\u2019est, et bien s\u00fbr le balancier de Kauri \u00e9tait du mauvais c\u00f4t\u00e9. Je ravalais l\u2019envie d\u2019appeler Russ, et essayais de me figurer quoi faire. J\u2019\u00e9tais content que Russ ait affal\u00e9 le g\u00e9nois pour laisser passer le calme, mais je remarquais que la grande voile enti\u00e8rement latt\u00e9e, m\u00eame \u00e0 contre, portait toujours, essayant de faire avancer le bateau \u00ab&nbsp;en arri\u00e8re&nbsp;\u00bb, du moins du point de vue de la voile. Je d\u00e9cidais d\u2019essayer quelque chose que j\u2019avais vu Russ faire. Apr\u00e8s quelques minutes \u00e0 jouer avec les manches \u00e0 balais, la b\u00f4me et les safrans coulissants, qui se levaient et se baissaient facilement par des drisses ramen\u00e9es au cockpit, je r\u00e9ussis \u00e0 faire virer l\u2019\u00e9trave actuelle du nord vers l\u2019est et jusqu\u2019au sud, pla\u00e7ant ainsi le balancier du c\u00f4t\u00e9 au vent, o\u00f9 il doit \u00eatre. Quel soulagement&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>La grande voile, avec sa b\u00f4me, \u00e9tait maintenant libre de pivoter sur presque 180 degr\u00e9s du c\u00f4t\u00e9 sous le vent du bateau, alors je mollis l\u2019\u00e9coute juste assez pour permettre \u00e0 la b\u00f4me de se mettre sous le vent comme un drapeau. \u00c0 pr\u00e9sent je trouvais le bateau effectivement \u00ab&nbsp;gar\u00e9&nbsp;\u00bb. De plus, il \u00e9tait directionnellement stable dans cette position. Contrairement au prao \u00ab&nbsp;atlantique&nbsp;\u00bb, qui essaye de garder son flotteur sous le vent, l\u2019ancien type pacifique, comme Kauri, laissera naturellement son balancier reposer au vent, m\u00eame laiss\u00e9 enti\u00e8rement \u00e0 lui-m\u00eame. Dans cette attitude, avec sa voile ne portant ni ne faseyant (gr\u00e2ce \u00e0 ses lattes), il se trouvait comme voulu, le flotteur au vent et la nacelle sous le vent. Il attendait patiemment que je retrouve mes esprits&nbsp;; j\u2019aurais pu faire une sieste, finir un repas, changer de voile ou m\u00eame faire un plongeon. (Le prao \u00ab&nbsp;atlantique&nbsp;\u00bb ne se tient pas naturellement dans cette position stable.) De plus, quand le moment viendrait de quitter le stationnement, j\u2019aurais le contr\u00f4le complet pour mettre d\u2019abord en mouvement une extr\u00e9mit\u00e9 ou l\u2019autre, dans presque n\u2019importe quelle direction. En effet, j\u2019avais vu Russell passer brusquement la marche arri\u00e8re de son embarcation plusieurs fois. Naviguant avec la grand-voile seule, cette cascade pouvait \u00eatre utilis\u00e9e pour man\u0153uvrer merveilleusement le bateau afin d\u2019\u00e9viter le trafic, r\u00e9cup\u00e9rer des gens au ponton et repartir, et s\u2019arracher d\u2019une barre sableuse apr\u00e8s s\u2019\u00eatre \u00e9chou\u00e9. Les proc\u00e9dures \u00e9taient diff\u00e9rentes, mais certainement pas plus limitantes qu\u2019avec les voiliers habituels, qui doivent bouger assez dans la direction de leur seule extr\u00e9mit\u00e9 pointue pour avoir le moindre contr\u00f4le.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce n\u2019est pas dire, cependant, que barrer un prao pacifique est intuitif pour l\u2019esprit occidental. Par exemple&nbsp;: vent arri\u00e8re ou au grand largue, quand un changement de cap mineur rend n\u00e9cessaire de \u00ab&nbsp;virer de bord&nbsp;\u00bb, on doit envisager la man\u0153uvre comme l\u2019ancien co\u00e9quipier de Russell, Mark Balogh, qui disait&nbsp;: \u00ab&nbsp;Tu descends la rue, tournes dans une all\u00e9e, et ressort en reculant pour continuer \u00e0 descendre la rue en marche arri\u00e8re dans la m\u00eame direction que tu avais.&nbsp;\u00bb (Cette analogie est mieux visualis\u00e9e si elle est accomplie par une moto avec un side-car.)<\/p>\n\n\n\n<p>Avec confiance, j\u2019allais \u00e0 pr\u00e9sent sur \u00ab&nbsp;l\u2019ex-proue&nbsp;\u00bb, enlevais le grand foc de \u00ab&nbsp;l\u2019ex-\u00e9tai&nbsp;\u00bb, le tra\u00eenais jusqu\u2019\u00e0 la \u00ab&nbsp;proue actuelle&nbsp;\u00bb et l\u2019endraillais sur \u00ab&nbsp;l\u2019\u00e9tai actuel&nbsp;\u00bb, rattachais l\u2019\u00e9coute et retournais au cockpit central. L\u00e0, je hissais et r\u00e9glais le foc sur la \u00ab&nbsp;proue actuelle&nbsp;\u00bb, bordais la grand-voile au dessus de la \u00ab&nbsp;poupe actuelle&nbsp;\u00bb du bateau et mettais le cap \u00e0 nouveau sur Cape Cod, le navire et les voiles ayant \u00e9t\u00e9 enti\u00e8rement retourn\u00e9s afin de recevoir le nouveau vent sur le m\u00eame c\u00f4t\u00e9 que pr\u00e9c\u00e9demment, le c\u00f4t\u00e9 du balancier. Je pensais que c\u2019\u00e9tait comme naviguer dans un miroir. Je ne savais pas tout \u00e0 fait comment j\u2019avais r\u00e9ussi la man\u0153uvre, particuli\u00e8rement la partie o\u00f9 j\u2019avais tir\u00e9 les deux manches l\u2019un vers l\u2019autre et utilis\u00e9 l\u2019un des safrans coulissants \u00e0 l\u2019envers, mais j\u2019\u00e9tais tr\u00e8s content de moi et de faire route \u00e0 nouveau. Peut-\u00eatre que je commen\u00e7ais \u00e0 saisir cet engin.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 pr\u00e9sent je r\u00e9alisais qu\u2019il y avait en effet du vent. Il s\u2019\u00e9tait lev\u00e9 rapidement \u00e0 partir des pattes de chat, remplissant les trou\u00e9es huileuses et poussant des vaguelettes compactes rapproch\u00e9es les unes des autres. C\u2019\u00e9tait le r\u00e9sultat visible, suppos\u00e9-je, de l\u2019air et de l\u2019eau glissant maintenant l\u2019un sur l\u2019autre. J\u2019ajustais les \u00e9coutes et surveillais le cap, qui \u00e9tait lu \u00e0 pr\u00e9sent sur le bord oppos\u00e9 du compas. S\u2019il avait fait sombre, j\u2019aurais retourn\u00e9 les feux de route.<\/p>\n\n\n\n<p>Je n\u2019avais pas plus t\u00f4t r\u00e9-initialis\u00e9 le pilote automatique que vint un forcissement substantiel de la brise. Juste au cas o\u00f9 il y aurait des rafales dans ce nouveau syst\u00e8me, je d\u00e9connectais le pilote et barrais \u00e0 la main. H\u00e9&nbsp;! C\u2019\u00e9tait amusant. \u00c0 pr\u00e9sent Kauri jetait en l\u2019air des embruns et la tenue de barre \u00e9tait amusante. Je devais exp\u00e9rimenter de temps en temps pour voir de quel c\u00f4t\u00e9 la \u00ab&nbsp;proue actuelle&nbsp;\u00bb tournait quand je poussais ou tirais le \u00ab&nbsp;manche actuel&nbsp;\u00bb, mais juste le tenir me faisait me sentir absolument connect\u00e9 au bateau. Sa r\u00e9ponse \u00e9tait si imm\u00e9diate qu\u2019il importait peu que je barre mal, car je pouvais rapidement envoyer l\u2019autre message et il alt\u00e9rait aussi rapidement sa r\u00e9ponse. Mais ce vent \u00e9tait\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Bam&nbsp;! Soudainement le bateau est survent\u00e9. Je lofe mais pourtant le bateau acc\u00e9l\u00e8re, le grand foc tambourinant bruyamment.<\/p>\n\n\n\n<p>Presque imm\u00e9diatement Russell bondit de la descente en sous-v\u00eatements. Je suis fig\u00e9 \u00e0 la barre, les yeux \u00e9carquill\u00e9s et fix\u00e9s au foc, faisant de mon mieux pour rester \u00e0 la limite de l\u2019aulof\u00e9e. Il laisse filer la drisse du foc, qui se met \u00e0 battre comme un tambour. Il rampe vers l\u2019avant pour tirer la voile vers le bas. En luttant pour la contenir, il me crie&nbsp;: \u00ab&nbsp;Gare-le, papa. Faut juste le garer&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Pourquoi n\u2019ai-je pas commencer par cela&nbsp;? Je laisse filer enti\u00e8rement l\u2019\u00e9coute de grand-voile. Soudainement, tout est sous contr\u00f4le. Le vent souffle mais bateau est immobile dans l\u2019eau, sans s\u2019\u00e9lancer et sauter par dessus les vagues. Russ met le foc dans le sac et l\u2019attache sur le trampoline, vient au cockpit pour relever le safran coulissant et dit finalement par dessus le vent&nbsp;: \u00ab&nbsp;Pur\u00e9e, \u00e7a a forci d\u2019un coup.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Et \u00e7a continue de forcir. Que penses-tu de ces vagues&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Et bien, elles deviennent de plus en plus raides. Le vent en souffle d\u00e9j\u00e0 un peu les cr\u00eates, et si \u00e7a continue de monter, contre le courant, comme \u00e7a, le vieux Gulf Stream va faire des pirouettes. Nous ferions mieux de nous y pr\u00e9parer.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Tu ne veux pas te s\u00e9cher et te couvrir&nbsp;?&nbsp;\u00bb, lui demandais-je, remarquant qu\u2019il \u00e9tait couvert d\u2019embruns et tremblant.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Non, les embruns sont chauds et je ferai aussi bien de ne me s\u00e9cher qu\u2019une fois. Affalons la b\u00f4me et la grand-voile sur le pont, et puis hissons le tourmentin. Comme \u00e7a, tu seras invuln\u00e9rable quoi qu\u2019il arrive, parce que je dois vraiment me reposer.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Je me crispe \u00e0 la perspective d\u2019\u00eatre laiss\u00e9 seul avec le bateau dans des conditions venteuses, mais j\u2019aide \u00e0 pr\u00e9parer Kauri du mieux que je peux.<\/p>\n\n\n\n<p>Russ frissonne en hissant le petit foc et met le navire \u00e0 nouveau en route. Le bateau glisse de son stationnement dans un trafic croissant. Tout en testant la barre d\u2019une main, Russ commence \u00e0 activer la grosse pompe \u00e0 diaphragme de l\u2019autre main, cela pour charger le flotteur du balancier d\u2019un ballast d\u2019eau. Il me donne les instructions&nbsp;: \u00ab&nbsp;Installe-toi dans le cockpit tr\u00e8s bas, comme ceci, papa, et passe ton bras autour de la baume juste ici. Comme \u00e7a tu ne peux pas \u00eatre \u00e9ject\u00e9. Et avec ce petit bout de voile, plus de l\u2019eau en ballast l\u00e0-bas, dans le flotteur, il n\u2019y a pratiquement aucune chance que le vent chavire le bateau.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Je vois ce que tu veux dire&nbsp;\u00bb, dis-je.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Mais ce dont nous devons nous inqui\u00e9ter, ce sont les vagues sc\u00e9l\u00e9rates. Nous sommes en plein dans le Gulf Stream, ou un gros tourbillon peut causer des vagues monstrueuses. Alors si tu en vois venir une grosse, souviens-toi juste de tirer. C\u2019est tout ce que tu dois te souvenir&nbsp;: tire sur le manche, et le bateau abattra et fuira ce qui approche. Okay&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Okay, je devrais pouvoir me souvenir de cela.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Bien.&nbsp;\u00bb, implore Russ. \u00ab&nbsp;Si tu as un doute, juste, tu tires&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Avec cela, Russell se tortilla dans la descente, mais tandis qu\u2019il fermait le capot, il me regarda \u00e0 travers la bulle et sourit. Je parvins \u00e0 grimacer en retour. Russell souleva le capot juste assez pour que je vois ses yeux, en me criant&nbsp;: \u00ab&nbsp;Souviens-toi juste de tirer.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les quelques minutes qui suivirent, nous e\u00fbmes une autre augmentation significative du vent, et je me sentis trembler dans le cockpit en side-car. Le bateau acc\u00e9l\u00e9ra \u00e0 une vitesse surprenante pour la taille de son tourmentin. \u00ab&nbsp;C\u2019est \u00e0 moi de jouer.&nbsp;\u00bb, me dis-je. \u00ab&nbsp;Le pauvre gar\u00e7on a barr\u00e9 toute la nuit sous la pluie, et il me fait confiance pour le remplacer.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant l\u2019heure suivante, je barrais le bateau \u00e0 travers des vagues de plus en plus f\u00e2ch\u00e9es en esquivant les cr\u00eates. J\u2019en vis certaines qui \u00e9taient vraiment en forme mais je parvins \u00e0 les manquer avec une grande marge. Il semblait \u00e0 pr\u00e9sent qu\u2019elles se d\u00e9veloppaient rapidement, bondissant et s\u2019effondrant partout. Je ne voulais pas tourner les fuir toutes, car cela nous aurait emmen\u00e9 au New Jersey au lieu de Cape Cod. Si \u00e7a devenait vite chaud juste devant, je devrais prendre un d\u00e9cision imm\u00e9diate&nbsp;: \u00ab&nbsp;Dois-je lofer et passer son sommet face au vent ou abattre et la fuir&nbsp;?&nbsp;\u00bb Russell disait de tirer, d\u2019abattre dans le doute, c\u2019est donc ce que je ferais.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019effet du ballast d\u2019eau dans le flotteur, loin au vent, ajoutait une r\u00e9elle sensation de s\u00e9curit\u00e9 \u00e0 l\u2019allure du bateau, et je r\u00e9alisais que Russell avait raison. Tout ce dont nous devions nous inqui\u00e9ter \u00e9tait d\u2019\u00eatre pris en travers par une vraie grogneuse cascadante.<\/p>\n\n\n\n<p>Juste \u00e0 la fin de cette pens\u00e9e je sentis l\u2019ascenseur monter. Il montait vite, de plus en plus haut. Je tirais sur le manche instantan\u00e9ment, mais il fallut de pr\u00e9cieuse microsecondes pour que ma traction spasmodique le d\u00e9place, et il fallut ce qui sembla des heures \u00e0 la \u00ab&nbsp;proue actuelle&nbsp;\u00bb pour glisser vers le creux.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous sommes jet\u00e9s par une catapulte g\u00e9ante, d\u2019une grande hauteur, vers bas&nbsp;; d\u00e9passant la gravit\u00e9, passant en apesanteur, en piqu\u00e9&nbsp;; pris sous le marteau dans les profondeurs&nbsp;; renvoy\u00e9 dans le side-car par un canon \u00e0 eau, dans le noir&nbsp;; remontant les chutes du Niagara dans un tonneau ouvert. La saumure chaude me ramone le nez, passe dans ma gorge et mes manches. Mon bras droit est agripp\u00e9 \u00e0 la b\u00f4me et \u00e0 la grand-voile ferl\u00e9e, mon bras gauche tire toujours sur le manche. Les vagues rugissent profond\u00e9ment et le safran g\u00e9mit bruyamment&nbsp;; les deux sons se ressentent dans le manche.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons pris la vague, j\u2019en suis s\u00fbr, mais je ne peux pas le voir. Mon visage est tabass\u00e9 par l\u2019eau d\u00e9ferlant. Je ne peux ni respirer, ni ouvrir les yeux. Je dois \u00eatre en train de sur-barrer la vague. Toussant la bouche close, crachant le souffle de mes joues gonfl\u00e9es contre le jet, je visualise le bateau faisant un cent quatre-vingt sous la cascade. Cela mettrait le balancier du mauvais c\u00f4t\u00e9 et pourrait nous retourner sur notre pont. Je dois faire un pas en aveugle vers le Grand Peut-\u00catre en poussant le manche pour corriger notre invisible course sur la vague. Je me force aveugl\u00e9ment \u00e0 remettre le manche \u00e0 la verticale.<\/p>\n\n\n\n<p>Le rugissement et le g\u00e9missement continuent mais la lance \u00e0 eau dans la figure diminue. J\u2019ouvre les yeux, avale de l\u2019air, et voit l\u2019eau couler du pont, et il n\u2019y a que deux longs \u00e9ventails d\u2019embruns, l\u2019un de chaque c\u00f4t\u00e9 de la \u00ab&nbsp;proue actuelle&nbsp;\u00bb, s\u2019\u00e9caillant en l\u2019air, fantastiques dans la lumi\u00e8re du soleil. Celui du c\u00f4t\u00e9 du side-car a \u00e9t\u00e9 la source de la lance \u00e0 eau, mais \u00e0 pr\u00e9sent il passe \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de mon oreille. Au del\u00e0 de la proue, je vois le creux de la vague, courant devant loin en dessous. Par r\u00e9flexe, je secoue et tire le manche, disant \u00e0 Kauri de poursuivre cette vall\u00e9e. Il le fait, et le g\u00e9missement de son safran faiblit progressivement devant les chocs et les cahots qu\u2019il prend en courant par dessus les bosses sur le chemin.<\/p>\n\n\n\n<p>Kauri d\u00e9passe maintenant le creux et entre dans le contre-courant coulant de l\u2019autre versant. Le bateau ralenti mais la lance \u00e0 eau reprend. Je m\u2019en d\u00e9tourne, \u00e9tirant le cou pour regarder d\u2019un \u0153il en arri\u00e8re. L\u00e0, je vois la cascade. Quelques instants avant elle a d\u00fb \u00eatre presque verticale, dressant Kauri sur son nez, mais maintenant c\u2019est un grand arpent de saumure blanche et bleue aplatie en un bouillon tourbillonnant. Je t\u00e2te mes lunettes&nbsp;; elles sont parties.<\/p>\n\n\n\n<p>Puis je m\u2019interroge sur ma propre conscience, car j\u2019entends le son d\u2019un rire&nbsp;! Je me tourne et je vois le visage de Russell dans la bulle, la bouche en forme de \u00ab&nbsp;Ha&nbsp;!&nbsp;\u00bb. Le capot se soul\u00e8ve d\u2019un pouce, et Russ lance \u00ab&nbsp;Je parie que \u00e7a fait longtemps que tu n\u2019avais pas surf\u00e9 sur une vague pareille\u2026 Ha ha ha ha&nbsp;!&nbsp;\u00bb Le capot se referme et le visage dispara\u00eet. Ma confusion se transforme en chagrin, puis en d\u00e9pit, puis en fiert\u00e9. Je ris aussi.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;\u201cHa ha ha\u201d toi-m\u00eame.&nbsp;\u00bb, je crie. \u00ab&nbsp;Tu me prends pour qui, un cascadeur&nbsp;?&nbsp;\u00bb J\u2019entends Russell rire en dessous. Puis je murmure pour moi-m\u00eame&nbsp;: \u00ab&nbsp;Bon dieu&nbsp;! Pour qui me prend-t-il&nbsp;? Je n\u2019avais jamais vu, et encore moins surf\u00e9 sur une vague pareille.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Ces mots me sortirent de ma frousse. Je regardais anxieusement vers le vent. Avec pr\u00e9caution, je remis le bateau sur le cap et le sentis acc\u00e9l\u00e9rer rapidement. Je remarquais que la capuche de mon cir\u00e9, souffl\u00e9e, pendait dans mon dos remplie d\u2019eau, et mes lunettes pendaient \u00e0 leur ficelle dans la capuche. L\u2019eau avait trouv\u00e9 son chemin dans mon cou et jusqu\u2019\u00e0 mon entrejambe. En effet, je me rappelais maintenant avoir senti l\u2019eau pomp\u00e9e dans ma manche et sortant par mon col. J\u2019\u00e9tais assis dans ce qui semblait une barrique de pisse contenue dans le fond de mes v\u00eatements \u00ab&nbsp;imperm\u00e9ables&nbsp;\u00bb. Cela n\u2019avait pas d\u2019importance, n\u2019est-ce pas&nbsp;? Ce qui importait, c\u2019\u00e9tait les autres vagues. Il y en avait plein partout, mais rien en vu comme celle sur laquelle j\u2019avais surf\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00eame si le coup de vent ne dura que cinq heures, il y eut des centaines de brisants et plusieurs autres cascades \u00e0 s\u2019occuper pendant ce temps. J\u2019appris \u00e0 les \u00e9viter. Je regardais plus loin et plus au vent, me permettant de juger pour quelles vagues en construction tirer et pour lesquelles pousser. Avec notre mini-foc nous gardions une vitesse dans les quinze n\u0153uds, je pouvais donc litt\u00e9ralement les contourner, comme on serpente entre des dunes en moto, sauf que ces dunes bougeaient aussi. Bient\u00f4t j\u2019eus le coup de main, et je me sentis assez confiant pour rel\u00e2cher ma prise sur la b\u00f4me. Avant longtemps je pris du plaisir, esp\u00e9rant, en fait, l\u2019occasion de prendre les prochaines d\u00e9cisions quant au chemin \u00e0 prendre pour contourner les cr\u00eates. Pendant un long moment je continuais ainsi, sculptant la tra\u00een\u00e9e vaporeuse de Kauri le long des vall\u00e9es renversantes et par dessus les cols connectant les vagues. Il me semblait qu\u2019avec de la pratique on pourrait apprendre \u00e0 faire cela toute la nuit, mais il serait plus s\u00fbr, pensais-je, de courir vent arri\u00e8re en remorquant un tra\u00eenard. \u00c0 pr\u00e9sent c\u2019\u00e9tait le jour et la navigation \u00e9tait glorieuse. M\u00eame en atteignant une vitesse casse-cou dans une sorte de slalom g\u00e9ant continuel, le bateau m\u2019envoyait le message qu\u2019il \u00e9tait absolument coll\u00e9 \u00e0 la route oc\u00e9anique.<\/p>\n\n\n\n<p>(\u00c0 suivre&#8230;)<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Voici la troisi\u00e8me partie de la traduction d\u2019un extrait des m\u00e9moires de Jim Brown \u2014 un pionnier de la conception des multicoques de plaisance dans les ann\u00e9es 1960. 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