{"id":1307,"date":"2023-01-08T16:10:07","date_gmt":"2023-01-08T15:10:07","guid":{"rendered":"https:\/\/leseffrontes.fr\/?p=1307"},"modified":"2023-01-08T17:16:42","modified_gmt":"2023-01-08T16:16:42","slug":"gare-le-papa-4","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leseffrontes.fr\/index.php\/2023\/01\/08\/gare-le-papa-4\/","title":{"rendered":"Gare-le, papa&nbsp;! (4)"},"content":{"rendered":"\n<p><em>Voici la quatri\u00e8me et derni\u00e8re partie de la traduction d\u2019un extrait des m\u00e9moires de Jim Brown \u2014 un pionnier de la conception des multicoques de plaisance dans les ann\u00e9es 1960. Apr\u00e8s <a href=\"https:\/\/leseffrontes.fr\/index.php\/2022\/07\/28\/gare-le-papa-1\/\">quatre jours de navigation<\/a> et de convivialit\u00e9 entre Jim et son fils Russell, le bout du voyage approche\u2026 \u2014 TB<\/em><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u00ab&nbsp;Prao volant, prao volant&#8230;&nbsp;\u00bb<\/h2>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Je me demande o\u00f9 nous sommes.&nbsp;\u00bb, dit Russ, tandis qu\u2019il reposait le panneau de descente sur sa bulle et que sa t\u00eate \u00e9mergeait. \u00ab&nbsp;Et ben, le vieux Gloup Stream est encore tout retourn\u00e9, hein&nbsp;?&nbsp;\u00bb La mer avait diminu\u00e9 mais le vent \u00e9tait tomb\u00e9 encore plus que les vagues, et Kauri labourait lentement la bouillie agit\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;H\u00e9, tu as pu te reposer&nbsp;?&nbsp;\u00bb, demandais-je.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Oui, bien s\u00fbr.&nbsp;\u00bb, r\u00e9pondit Russ. Je le soup\u00e7onnais de dire la v\u00e9rit\u00e9, car son bateau \u00e9tait si doux et tranquille en bas. Il n\u2019avait probablement pas id\u00e9e \u00e0 quel point ma s\u00e9ance dans ce coup de vent, avec son bateau, avait \u00e9t\u00e9 intense, merveilleusement intense. \u00ab&nbsp;Mais maintenant il faut que nous remettions de la toile, et que nous pompions le ballast liquide hors du flotteur. Il naviguera mieux comme \u00e7a. Et nous devons d\u00e9couvrir o\u00f9 nous sommes.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Tout en \u00e9tablissant la grand-voile, nous nous lamentions tous deux du manque de soleil visible. \u00c0 la demande de Russell j\u2019estimais que la route que j\u2019avais prise, qui \u00e9tait en fait sur toute la moiti\u00e9 nord du compas, avait pu nous emmener vers New York \u00e0 grande vitesse pendant quatre heures, et nous renvoyer vers Cape Cod pendant deux heures \u00e0 une vitesse d\u00e9croissante. Russell pris la barre et je descendis, regardais la carte et fis une estimation grossi\u00e8re de notre position. Je donnais \u00e0 Russ un cap approximatif \u00e0 suivre. \u00ab&nbsp;Okay&nbsp;\u00bb, dit Russ, \u00ab&nbsp;mais nous avons une id\u00e9e quelque peu meilleure d\u2019o\u00f9 nous sommes.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Je pr\u00e9parais deux sandwichs g\u00e9ants. Des tranches de fromage, de l\u2019\u0153uf brouill\u00e9, des tranches de tomate \u00e9paisses comme des palets de hockey, et de grandes feuilles d\u2019\u00e9pinards cuites \u00e0 point furent lamin\u00e9es ensemble avec assez de mayonnaise pour vous couler le long du bras, et avec des paquets de germes de soja \u00e9pais comme de la moquette entre chaque couche. Les germes fournissait le liant et la friction pour emp\u00eacher tout l\u2019\u00e9difice de se r\u00e9pandre en morceaux \u00e0 la premi\u00e8re bouch\u00e9e. Nous d\u00e9vor\u00e2mes le repas. Une heure plus tard, alors que la lumi\u00e8re diminuait, Russ souleva la bulle et me lan\u00e7a&nbsp;: \u00ab&nbsp;H\u00e9, papa, il y a une voile droit devant.&nbsp;\u00bb J\u2019\u00e9tais mort au monde, mais assez remu\u00e9 pour acquiescer. \u00ab&nbsp;Pourquoi tu n\u2019essayes pas de les avoir \u00e0 la radio&nbsp;?&nbsp;\u00bb Vaseux, je me levait et passait la t\u00eate au dessus du pont pour regarder. Russell pointa une direction, plus au vent que je ne regardais. Apr\u00e8s des plissements d\u2019yeux somnolents, je vis la voile.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Ils vont dans la m\u00eame direction que nous&nbsp;\u00bb, dit Russell, \u00ab&nbsp;et je paris que c\u2019est l\u2019un de ces bateaux qui est parti des Bermudes avant nous. Ils ont probablement de l\u2019\u00e9lectronique de navigation \u00e0 bord. La plupart des yachts en ont de nos jours. Peut-\u00eatre que tu pourrais l\u2019avoir \u00e0 la radio et voir s\u2019ils peuvent nous dire o\u00f9 nous sommes.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019essayais la VHF, mais n\u2019eus pas de r\u00e9ponse. \u00ab&nbsp;Okay.&nbsp;\u00bb, dit Russ, \u00ab&nbsp;Ils n\u2019ont pas de raison d\u2019avoir quoi que ce soit d\u2019allum\u00e9 par ici. Il va falloir se rapprocher et leur crier.&nbsp;\u00bb J\u2019avais l\u2019air intrigu\u00e9. \u00ab&nbsp;Si tu prends la barre&nbsp;\u00bb, dit Russ, \u00ab&nbsp;je vais remettre le grand foc et nous allons juste leur tirer la sonnette et dire bonjour.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Quand la nouvelle voile fut mise et porta, Kauri recommen\u00e7a \u00e0 lancer des embruns, et Russ me demanda de lui laisser la barre, ce que je fis avec plaisir. Russ fit lofer le bateau au pr\u00e8s et commen\u00e7a \u00e0 foncer \u00e0 travers les vagues. Pourtant, il se faisait tard lorsque nous rattrap\u00e2mes la jolie yole. Seul dans le cockpit, un marin en cir\u00e9 \u00e9tait pench\u00e9 sur la barre, sa capuche pointant avec h\u00e9b\u00e9tude le compas. Alors que Russ arrivait sur sa hanche au vent, encore hors de port\u00e9e de voix, il me dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Pourquoi tu n\u2019irais pas te promener sur le balancier, et nous lui donnerons un petit spectacle&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Avec enthousiasme, je passais par dessus les deux kayaks, la planche \u00e0 voile et l\u2019annexe qui \u00e9taient tous amarr\u00e9s sur le trampoline. Je montais sur le flotteur, agrippant la patte d\u2019oie du hauban retenait le m\u00e2t. \u00ab&nbsp;Attend que je te fasses voler avant de le siffler.&nbsp;\u00bb, dit Russ avec un rictus. Je souriais tandis que Russ virait au vent pour \u00e9viter une cr\u00eate, embardait pour planter le bateau dans la face d\u2019une autre, et abattait, prenant de la vitesse et soulevant le flotteur et moi un bon m\u00e8tre et demi au dessus du sommet des vagues. Je poussais le m\u00eame cri musical per\u00e7ant avec lequel j\u2019attirais l\u2019attention de mes fils par dessus l\u2019eau. Je n\u2019\u00e9tais qu\u2019\u00e0 quelques m\u00e8tres de l\u2019homme et il bondit comme s\u2019il avait \u00e9t\u00e9 piqu\u00e9 avec une \u00e9pingle \u00e0 chapeau. Se tournant vers le bruit insens\u00e9, il repoussa sa capuche et resta bouche b\u00e9e devant nous. Tandis que Kauri croisait sa poupe pr\u00e9cipitamment, le flotteur et moi descendirent avec bruit et \u00e9claboussures, et les sourcils de l\u2019homme grimp\u00e8rent \u00e0 la moiti\u00e9 de son front.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;RAAAADIO&nbsp;!&nbsp;\u00bb, cria Russ, tenant son poing contre sa joue comme s\u2019il parlait au t\u00e9l\u00e9phone. \u00ab&nbsp;Canal 16&nbsp;!&nbsp;\u00bb L\u2019homme se recomposa, acquies\u00e7a vivement et se retrouva hors de vue derri\u00e8re son foc tandis que Kauri passait \u00e0 toute allure. Je courru \u00e0 la nacelle et Russell sauta dans la descente. En une demi minute, j\u2019entendis la radio beugler en bas&nbsp;: \u00ab&nbsp;Prao volant, prao volant. Ici le yacht Pinochle. Vous me recevez&nbsp;?&nbsp;\u00bb Russ baissa le volume, et tout ce que je pus entendre de la conversation qui s\u2019ensuivit fut l\u2019habituel marmonnement, les chuintements et les craquements, m\u00e9lang\u00e9s avec le rire occasionnel de Russell. Quand ce fut termin\u00e9, Russ passa la t\u00eate au dessus du capot. \u00ab&nbsp;Et bien, il a dit que nous lui avons fait une peur du diable, mais que nous \u00e9tions incroyablement beaux. N\u2019est-ce pas gentil&nbsp;? Et il nous a donn\u00e9 deux positions, l\u2019une par SATNAV, l\u2019autre par LORAN, mais ce ne sont pas tout \u00e0 fait les m\u00eames. En tout cas, je te donnerai un cap et une distance dans une minute. Mais le gars \u00e9tait vraiment sympa. Il savait vraiment ce qu\u2019\u00e9tait un prao&nbsp;! La plupart des plaisanciers ne seraient pas si aimables apr\u00e8s une surprise comme \u00e7a.&nbsp;\u00bb Reconnaissant envers la yole, p\u00e8re et fils s\u2019enfonc\u00e8rent dans la nuit.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u00c9trange regret\u2026<\/h2>\n\n\n\n<p>Au matin la mer \u00e9tait calme et le vent revenu \u00e0 l\u2019est mais tr\u00e8s l\u00e9ger. Le petit moteur hors-bord de Kauri bourdonnait, essayant de mouvoir suffisamment le bateau dans l\u2019air pour amplifier le souffle de brise r\u00e9elle avec du vent apparent. Ils aidaient le moteur juste un peu, et il gonflait les voiles. Au milieu de l\u2019apr\u00e8s-midi, la brise \u00e9tait partie, les voiles affal\u00e9es, et le moteur continuait de bourdonner. Russ avait rempli le r\u00e9servoir d\u2019essence avec ses jerrycans trois fois. \u00c0 pr\u00e9sent les jerrycans \u00e9taient vides, mais le r\u00e9servoir et l\u2019\u00e9quipage \u00e9taient pleins. Tandis que le bateau avan\u00e7ait sous pilote automatique, Russ et moi avions pass\u00e9 la plus grande partie du jour \u00e0 manger et dormir. Il n\u2019y avait toujours pas de soleil. Nous avions vu un cargo \u00e0 l\u2019horizon, en route vers New York, mais Russ ne pu l\u2019avoir \u00e0 la radio.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019apr\u00e8s-midi vieillit. Pour \u00e9chapper au bruit du moteur, nous nous retrouv\u00e2mes assis l\u2019un \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019autre sur la banquette de la cabine, \u00e0 \u00e9couter des cassettes. Russell avait une vaste collection de musique moderne et un bon syst\u00e8me sonore dans le bateau. La construction l\u00e9g\u00e8re de la car\u00e8ne, et la large carapace qui formait le pont par dessus la coque principale et la nacelle se combinaient pour faire de tout l\u2019espace habitable une enceinte g\u00e9ante. Je m\u2019aper\u00e7us que j\u2019arrivais \u00e0 comprendre les paroles de la musique nouvelle sans devoir utiliser le casque. Je suis un homme de mots, et je m\u2019irrite normalement de la propension de nombreux chanteurs modernes \u00e0 manger leur prononciation. \u00c0 pr\u00e9sent les paroles se r\u00e9v\u00e9laient, et je fut captiv\u00e9 par le portrait po\u00e9tique qu\u2019elles dressaient de l\u2019\u00e9poque et de la vie de mon fils.<\/p>\n\n\n\n<p>Russ se levait occasionnellement et passait la t\u00eate par la descente, regardant longuement l\u2019horizon, mais surtout nous \u00e9coutions des chansons en bouffant&nbsp;; c\u2019\u00e9tait des tacos au beurre de cacahu\u00e8te chaud avec de la sauce sur des tranches de bananes trop m\u00fbres, des oignons des Bermudes mang\u00e9s comme des pommes, et continuellement des M&amp;M\u2019s. Je r\u00e9alisait que je n\u2019avais pas pris une pilule contre le mal de mer depuis que nous \u00e9tions partis des Bermudes.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 nouveau Russ \u00e9tudia la carte et l\u2019horloge. \u00c0 ma surprise, il baissa le volume sur le lecteur de cassettes. Puis il dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;H\u00e9, papa, c\u2019\u00e9tait un super voyage, tu ne trouves pas&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Le meilleur, Russ. J\u2019y pensais. Nous n\u2019avons pas souvent quatre jours ensemble, juste nous deux, et un bateau fabuleux pour jouer dans le Gloup Stream.&nbsp;\u00bb Nous avons souris tous les deux.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Et maintenant&nbsp;\u00bb, dit Russ, \u00ab&nbsp;tout ce dont nous avons besoin c\u2019est d\u2019un peu de vent, ou d\u2019un peu d\u2019essence, et nous pourrons probablement atteindre Block Island avant l\u2019obscurit\u00e9.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Vraiment\u00a0?\u00a0\u00bb, me suis-je exclam\u00e9 en me levant pour regarder au dessus de la descente. En cherchant \u00e0 l\u2019horizon par dessus l\u2019\u00e9trave actuelle je vis\u2026 \u00c9tait-ce quelque chose\u00a0? Oui, c\u2019\u00e9tait quelque chose. \u00ab\u00a0Terre.\u00a0\u00bb, dis-je sans exclamation, parce que je ressentais cet \u00e9trange regret qui saisit parfois le marin quand il approche de la fin d\u2019une travers\u00e9e. Je ne me sentais pas fou de joie \u00e0 l\u2019id\u00e9e de terminer celle-ci. Nous \u00e9tions partis juste assez longtemps pour nous acclimater compl\u00e8tement \u00e0 la vie en mer, et je sentais que nous avions besoin de plus de temps pour nous dire des choses, le genre de choses qui demeurent trop souvent tues entre p\u00e8re et fils. Je savais que ce serait un d\u00e9chirement de retomber sur terre. Mais ce que je voyais semblait en effet pouvoir \u00eatre Block Island, cette grosse gare commode entre l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 orientale de Long Island et Marthas Vineyard. Dans cette apr\u00e8s-midi grise et confuse sur la mer vitreuse, elle n\u2019\u00e9tait pas tout \u00e0 fait \u00ab\u00a0providentielle\u00a0\u00bb, mais c\u2019\u00e9tait une \u00eele n\u00e9anmoins. \u00ab\u00a0Je vois.\u00a0\u00bb, dis-je dans la descente, sous mon aisselle, pour Russ. Ensuite, pour repousser mon regret et \u00e9gailler notre atterrissage je citais l\u2019un de nos dessins pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s de Jo Hudson. Le dessin, que nous connaissions tous deux par c\u0153ur, montrait une silhouette de marin hagard, fou de joie \u00e0 la vue de la terre, criant\u00a0: \u00ab\u00a0Terre\u00a0! Ho ho ho, ha ha, h\u00e9 h\u00e9, arf\u2026 beurk.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Nous nous sommes rassis ensemble, avec la musique basse, et nous avons parl\u00e9 du grand soulagement dont on fait parfois l\u2019exp\u00e9rience en achevant une travers\u00e9e oc\u00e9anique, sp\u00e9cialement si elle a \u00e9t\u00e9 difficile. Mais \u00e0 la place, \u00e0 pr\u00e9sent, nous confessions tous deux le sentiment d\u2019une \u00e9trange d\u00e9ception. \u00ab&nbsp;C\u2019est comme si, maintenant que nous nous sommes finalement habitu\u00e9s \u00e0 patauger dans ce d\u00e9cor&nbsp;\u00bb, dit Russ, \u00ab&nbsp;j\u2019aimerais que \u00e7a puisse continuer toujours.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Oui. Juste naviguer \u00e0 travers la vie.&nbsp;\u00bb, dis-je, \u00e0 demi s\u00e9rieusement.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Et bien d\u2019une certaine fa\u00e7on, j\u2019esp\u00e8re que cela continue toujours, papa. Je ne sais pas ce que je ferais dans la vie s\u2019il n\u2019y avait pas ces bateaux.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Je sais ce que tu veux dire, mais je voudrais te rappeler autre chose.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Ah&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Oui. Gr\u00e2ce \u00e0 toi, je viens de red\u00e9couvrir que naviguer dans la vie avec son fils, sa fille ou autre peut mener \u00e0 certaines des plus belles navigations qu\u2019on puisse conna\u00eetre, et cela veut dire la meilleure vie qu\u2019on puisse avoir.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Je suis cens\u00e9 comprendre quelque chose&nbsp;?&nbsp;\u00bb, dit Russ en souriant.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Non, je ne te ferai pas du tout de reproche si tu n\u2019as jamais de famille. \u00c7a d\u00e9pend de toi. C\u2019est juste que faire un voyage comme celui-l\u00e0 avec toi\u2026 Quand j\u2019y repense\u2026 Laisse-moi te dire&nbsp;: quand soudainement on devient p\u00e8re, on ne pense pas \u00e0 des moments comme celui-ci, qui en r\u00e9sulteront un jour. Avoir une famille m\u2019a presque rendu dingue parfois, je l\u2019avoue. Mais maintenant, je ne saurais m\u00eame pas qui je suis sans toi et Steve.&nbsp;\u00bb Je mis une tape sur le genou de Russell, en essayant de fanfaronner, en sachant que j\u2019\u00e9tais en train de fondre.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Une vol\u00e9e de coups de pagaie\u2026<\/h2>\n\n\n\n<p>Nous approchons de l\u2019\u00eele tard dans l\u2019apr\u00e8s-midi. Je soul\u00e8ve et secoue le r\u00e9servoir d\u2019essence&nbsp;; il y a \u00e0 peine un gargouillement \u00e9touff\u00e9 dans le fond. Alors que nous approchons de l\u2019entr\u00e9e du port, le petit moteur bourdonne jusqu\u2019\u00e0 ce que nous ne soyons plus qu\u2019\u00e0 un stade de foot du brise-lames. Quand le hors-bord meurt, le silence tombe alors que Kauri glisse jusqu\u2019\u00e0 s\u2019arr\u00eater.<\/p>\n\n\n\n<p>Deux autres voilier approchent au moteur, rentrant apr\u00e8s ce qui a d\u00fb \u00eatre un jour morne dans le d\u00e9troit de Long Island. Je trouve une gl\u00e8ne et, debout sur la proue actuelle, l\u2019agite humblement pour \u00eatre remorqu\u00e9. Le premier voilier pas sans que l\u2019\u00e9quipage ne semble nous remarquer, bien que nous soyons presque sur leur chemin. Quelques minutes plus tard le second passe, son seul occupant pin\u00e7ant manifestement le nez \u00e0 l\u2019id\u00e9e de prendre en remorque \u00e0 un si \u00e9trange engin. Je peste, mais Russ secoue la t\u00eate et dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u00c7a va papa, on va y arriver.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Il d\u00e9tache son kayak, le glisse dans l\u2019eau, saute dedans et attrape une pagaie. Il recule dans le tunnel entre les coques o\u00f9 je me penche pour attacher la remorque \u00e0 la poupe du kayak.<\/p>\n\n\n\n<p>Russell envoie une vol\u00e9e de coups de pagaie. Quand la remorque se tend, Kauri se raidit docilement \u00e0 la traction, et lentement suit son cr\u00e9ateur dans le port. Nous nous ancrons au cr\u00e9puscule.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Voici la quatri\u00e8me et derni\u00e8re partie de la traduction d\u2019un extrait des m\u00e9moires de Jim Brown \u2014 un pionnier de la conception des multicoques de plaisance dans les ann\u00e9es 1960. 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