{"id":1568,"date":"2023-05-30T13:09:49","date_gmt":"2023-05-30T11:09:49","guid":{"rendered":"https:\/\/leseffrontes.fr\/?p=1568"},"modified":"2025-01-20T10:27:03","modified_gmt":"2025-01-20T09:27:03","slug":"lecons-post-sovietiques-pour-un-siecle-post-americain-6","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leseffrontes.fr\/index.php\/2023\/05\/30\/lecons-post-sovietiques-pour-un-siecle-post-americain-6\/","title":{"rendered":"Le\u00e7ons post-sovi\u00e9tiques pour un si\u00e8cle post-am\u00e9ricain (6)"},"content":{"rendered":"\n<p><em>Au cours des ann\u00e9es 2000, quelques auteurs am\u00e9ricains boulevers\u00e8rent ma vision de l\u2019histoire, de l\u2019avenir et de ma propre situation dans le monde. Parmi ceux-ci, Dmitry Orlov pr\u00e9disait avec un humour glacial le d\u00e9clin des \u00c9tats-Unis en comparant leur trajectoire avec celle de l&rsquo;Union sovi\u00e9tique. La plupart des gens le prenaient pour un affreux farfelu \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Pourtant, \u00e0 mesure que nous nous enfon\u00e7ons dans le si\u00e8cle du d\u00e9clin, l\u2019histoire lui donne raison. \u2014 TB<\/em><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Humer les roses<\/h2>\n\n\n\n<p>Une autre note sur la culture&nbsp;: une fois que l&rsquo;\u00e9conomie s&rsquo;effondre, il y a g\u00e9n\u00e9ralement moins \u00e0 faire, ce qui en fait une bonne \u00e9poque pour les gens naturellement oisifs et une mauvaise pour ceux pr\u00e9dispos\u00e9s \u00e0 s&rsquo;affairer. La culture de l&rsquo;\u00e8re sovi\u00e9tique laissait de la place \u00e0 deux types d&rsquo;activit\u00e9&nbsp;: normale, ce qui signifiait g\u00e9n\u00e9ralement \u00e9viter de se faire suer, et h\u00e9ro\u00efque. L&rsquo;activit\u00e9 normale \u00e9tait attendue, et il n&rsquo;y avait jamais la moindre raison d&rsquo;en faire plus. En fait, ce genre de choses avait tendance \u00e0 \u00eatre d\u00e9sapprouv\u00e9 par la collectivit\u00e9 ou la pi\u00e9taille. L&rsquo;activit\u00e9 h\u00e9ro\u00efque \u00e9tait c\u00e9l\u00e9br\u00e9e, mais pas n\u00e9cessairement r\u00e9compens\u00e9e financi\u00e8rement.<\/p>\n\n\n\n<p>Les Russes ont tendance a consid\u00e9rer avec une confusion perplexe la compulsion am\u00e9ricaine \u00e0 \u00ab&nbsp;travailler dur et s&rsquo;amuser dur&nbsp;\u00bb [NdT&nbsp;: <em>work hard and play hard<\/em>]. Le terme \u00ab&nbsp;carri\u00e8re&nbsp;\u00bb \u00e9tait \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque sovi\u00e9tique un terme p\u00e9joratif \u2014 l&rsquo;attribut d&rsquo;un carri\u00e9riste \u2014 quelqu&rsquo;un d&rsquo;avide, sans scrupule et excessivement ambitieux (aussi un terme p\u00e9joratif). Des termes comme \u00ab&nbsp;le succ\u00e8s&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;la r\u00e9ussite&nbsp;\u00bb \u00e9taient tr\u00e8s rarement appliqu\u00e9s \u00e0 un niveau personnel, parce qu&rsquo;ils sonnaient pr\u00e9tentieux et pompeux. Ils \u00e9taient r\u00e9serv\u00e9s \u00e0 des d\u00e9clarations publiques emphatiques sur les grands succ\u00e8s du peuple sovi\u00e9tique. Non que des caract\u00e9ristiques personnelles positives n&rsquo;aient pas exist\u00e9&nbsp;: \u00e0 un niveau personnel, on accordait du respect au talent, au professionnalisme, \u00e0 la d\u00e9cence, parfois m\u00eame \u00e0 la cr\u00e9ativit\u00e9. Mais \u00ab&nbsp;bosseur&nbsp;\u00bb, pour un Russe, sonnait beaucoup comme \u00ab&nbsp;idiot&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Une \u00e9conomie en train de s&rsquo;effondrer est particuli\u00e8rement dure pour ceux qui sont habitu\u00e9s \u00e0 un service prompt et courtois. En Union sovi\u00e9tique, la plupart des services officiels \u00e9taient malpolis et lents, et impliquaient d&rsquo;attendre dans de longues files. Nombre des produits peu disponibles ne pouvaient \u00eatre obtenus m\u00eame de cette mani\u00e8re, et n\u00e9cessitaient quelque chose appel\u00e9e <em>blat<\/em>&nbsp;: une faveur ou un acc\u00e8s sp\u00e9cial, officieux. L&rsquo;\u00e9change de faveurs personnelles \u00e9tait bien plus important pour le fonctionnement r\u00e9el de l&rsquo;\u00e9conomie que l&rsquo;\u00e9change d&rsquo;argent. Pour les Russes, <em>blat<\/em> est presque une chose sacr\u00e9e&nbsp;: une part vitale de la culture qui cimente la soci\u00e9t\u00e9. C&rsquo;est aussi la seule partie de l&rsquo;\u00e9conomie qui est \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve de l&rsquo;effondrement et, en tant que telle, une pr\u00e9cieuse adaptation culturelle. La plupart des Am\u00e9ricains ont entendu parl\u00e9 du communisme, et croient automatiquement que c&rsquo;est une description appropri\u00e9e du syst\u00e8me sovi\u00e9tique, m\u00eame s&rsquo;il n&rsquo;y avait rien de particuli\u00e8rement collectif dans un \u00c9tat-providence et un vaste empire industriel dirig\u00e9 par une bureaucratie \u00e9litiste de planification centralis\u00e9e. Mais tr\u00e8s peu d&rsquo;entre eux ont entendu parler du -isme r\u00e9ellement op\u00e9ratoire qui dominait la vie sovi\u00e9tique&nbsp;: le <em>dofenisme<\/em>, ce qui peut se traduire librement par \u00ab&nbsp;en avoir rien \u00e0 foutre&nbsp;\u00bb. Beaucoup de gens, et de plus en plus durant la p\u00e9riode de stagnation des ann\u00e9es 1980, ne ressentaient que du m\u00e9pris pour le syst\u00e8me, faisaient le peu qu&rsquo;ils avaient \u00e0 faire pour s&rsquo;en sortir (veilleur de nuit et chauffeur de chaudi\u00e8re \u00e9taient deux boulots pris\u00e9s parmi les gens hautement \u00e9duqu\u00e9s) et tiraient tout leur plaisir de leurs amis, de leurs lectures, ou de la nature.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette sorte de disposition peut sembler \u00eatre une fa\u00e7on de se d\u00e9filer, mais quand il y a un effondrement \u00e0 l&rsquo;horizon, cela fonctionne comme une assurance psychologique&nbsp;: au lieu de passer par le processus d\u00e9chirant de la perte et de la red\u00e9couverte de son identit\u00e9 dans un environnement post-effondrement, on peut simplement se d\u00e9tendre et regarder les \u00e9v\u00e9nements se d\u00e9rouler. Si vous avez actuellement le bras long [NdT&nbsp;: <em>if you are currently a mover and a shaker<\/em>], sur les choses, les gens ou quoi que ce soit, alors l&rsquo;effondrement surviendra s\u00fbrement comme un choc pour vous, et il vous faudra longtemps, peut-\u00eatre toujours, pour trouver davantage de choses sur lesquelles allonger le bras \u00e0 votre satisfaction. Cependant, si votre occupation actuelle est d&rsquo;\u00eatre un observateur assidu de l&rsquo;herbe et des arbres alors, apr\u00e8s l&rsquo;effondrement, vous pourriez entreprendre quelque autre chose qui soit utile, telle que le d\u00e9mant\u00e8lement des choses inutiles.<\/p>\n\n\n\n<p>La capacit\u00e9 de s&rsquo;arr\u00eater et de humer les roses \u2014 de laisser aller, de refuser d&rsquo;entretenir des regrets ou de nourrir du ressentiment, de cantonner son attention s\u00e9rieuse seulement \u00e0 ce qui est imm\u00e9diatement n\u00e9cessaire, et de ne pas trop s&rsquo;inqui\u00e9ter du reste \u2014 est peut-\u00eatre la plus critique pour la survie apr\u00e8s l&rsquo;effondrement. Les gens les plus d\u00e9vast\u00e9s psychologiquement sont habituellement ceux qui faisaient bouillir la marmite, et qui, une fois qu&rsquo;ils ne sont plus lucrativement employ\u00e9s, se sentent compl\u00e8tement perdus. Le d\u00e9tachement et l&rsquo;indiff\u00e9rence peuvent \u00eatre tr\u00e8s salutaires, pourvu qu&rsquo;ils ne deviennent pas morbides. Il est bon de prendre sa nostalgie sentimentale pour ce qui fut, est, et ne sera bient\u00f4t plus, de face, et d&rsquo;en finir avec elle.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le d\u00e9pe\u00e7age des actifs<\/h2>\n\n\n\n<p>L&rsquo;\u00e9conomie de la Russie post-effondrement fut pendant un temps domin\u00e9e par un type de commerce de gros&nbsp;: le d\u00e9pe\u00e7age des actifs. Pour placer cela dans un cadre am\u00e9ricain&nbsp;: supposons que vous ayez un titre de propri\u00e9t\u00e9, ou un autre acc\u00e8s sans restriction \u00e0 un sous-ensemble p\u00e9riurbain entier, qui n&rsquo;est plus accessible par le transport, public ou priv\u00e9, trop loin pour \u00eatre accessible \u00e0 bicyclette, et qui n&rsquo;est g\u00e9n\u00e9ralement plus ad\u00e9quat \u00e0 sa destination initiale de logement et d&rsquo;accumulation de capital pour des migrants journaliers pleinement employ\u00e9s qui faisaient leurs courses au centre commercial voisin \u00e0 pr\u00e9sent d\u00e9funt. Apr\u00e8s que les hypoth\u00e8ques ont \u00e9t\u00e9 saisies et les propri\u00e9t\u00e9s reprises, qu&rsquo;y a-t-il de plus \u00e0 faire, sauf tout barricader et laisser pourrir&nbsp;? Et bien, ce qui a \u00e9t\u00e9 construit peut \u00eatre tout aussi facilement d\u00e9construit.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce que vous faites est d&rsquo;en d\u00e9pecer tout ce qui est valable ou r\u00e9utilisable, et de vendre ou de stocker les mat\u00e9riaux. Retirez le cuivre des rues et des murs. Emportez les bordures de trottoir et les poteaux. D\u00e9montez les panneaux en vinyle. Arrachez l&rsquo;isolation en laine de verre. Les \u00e9viers et les fen\u00eatres peuvent s\u00fbrement trouver un nouvel emploi ailleurs, particuli\u00e8rement si l&rsquo;on n&rsquo;en fabrique plus de nouveaux.<\/p>\n\n\n\n<p>Voir des bouts du paysage dispara\u00eetre peut \u00eatre une rude surprise. Un \u00e9t\u00e9, je suis arriv\u00e9 \u00e0 Saint-P\u00e9tersbourg et j&rsquo;ai d\u00e9couvert qu&rsquo;un nouveau fl\u00e9au \u00e9tait descendu sur terre pendant que j&rsquo;\u00e9tais parti&nbsp;: bon nombre des couvercles des bouches d&rsquo;\u00e9gout avaient myst\u00e9rieusement disparu. Personne ne savait o\u00f9 ils \u00e9taient partis ou qui avait profit\u00e9 de leur enl\u00e8vement. Une hypoth\u00e8se \u00e9tait que les employ\u00e9s municipaux, qui n&rsquo;avaient pas \u00e9t\u00e9 pay\u00e9s depuis des mois, les avaient emport\u00e9s chez eux, pour les rendre une fois qu&rsquo;ils seraient pay\u00e9s. Ils ont fini par r\u00e9appara\u00eetre, alors cette th\u00e9orie a peut-\u00eatre des m\u00e9rites. Avec des bouches b\u00e9antes positionn\u00e9es \u00e0 travers la ville comme autant de pi\u00e8ges \u00e0 fourmi pour les voitures, vous aviez le choix de conduire soit tr\u00e8s lentement et prudemment, soit tr\u00e8s vite, en pariant votre vie sur le fonctionnement correct des amortisseurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Le parc de logements de la Russie post-effondrement est rest\u00e9 largement intact, mais une orgie de d\u00e9pe\u00e7age d&rsquo;actifs d&rsquo;un genre diff\u00e9rent a eu lieu&nbsp;: pas seulement l&rsquo;inventaire restant, mais des usines enti\u00e8res ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9pec\u00e9es et export\u00e9es. Ce qui s&rsquo;est pass\u00e9 en Russie sous couvert de privatisation, est un sujet pour un autre article, mais qu&rsquo;on l&rsquo;appelle privatisation ou liquidation ou vol n&rsquo;importe pas&nbsp;: ceux qui ont un titre de propri\u00e9t\u00e9 sur quelque chose d&rsquo;inutile trouveront une mani\u00e8re d&rsquo;en extraire de la valeur, la rendant encore plus inutile. Un sous-ensemble p\u00e9riurbain abandonn\u00e9 pourrait \u00eatre inutile en tant que logement, mais valable comme d\u00e9charge de d\u00e9chets toxiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce n&rsquo;est pas parce que l&rsquo;\u00e9conomie va s&rsquo;effondrer dans le pays le plus d\u00e9pendant du p\u00e9trole au monde que cela signifie n\u00e9cessairement que les choses seront aussi mauvaises partout ailleurs. Comme le montre l&rsquo;exemple sovi\u00e9tique, si le pays entier est \u00e0 vendre, des acheteurs se mat\u00e9rialiseront de nulle part, l&#8217;emballeront et partiront avec. Ils exporteront tout&nbsp;: le mobilier, l&rsquo;\u00e9quipement, les \u0153uvres d&rsquo;art, les antiquit\u00e9s. Le dernier vestige de l&rsquo;activit\u00e9 industrielle est habituellement le commerce de la ferraille. Il semble qu&rsquo;il n&rsquo;y ait aucune limite \u00e0 la quantit\u00e9 de m\u00e9tal que l&rsquo;on puisse extraire d&rsquo;un site post-industriel m\u00fbr.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La nourriture<\/h2>\n\n\n\n<p>L&rsquo;\u00e9tat lamentable de l&rsquo;agriculture sovi\u00e9tique s&rsquo;est av\u00e9r\u00e9 paradoxalement b\u00e9n\u00e9fique pour encourager une \u00e9conomie potag\u00e8re, laquelle a aid\u00e9 les Russes \u00e0 survivre \u00e0 l&rsquo;effondrement. \u00c0 un certain point il s&rsquo;est su informellement que dix pour cent de la terre agricole \u2014 la part allou\u00e9e aux parcelles priv\u00e9es \u2014 \u00e9tait utilis\u00e9e pour produire quatre-vingt-dix pour cent de la nourriture. En plus de souligner l&rsquo;inad\u00e9quation grossi\u00e8re du commandement et du contr\u00f4le de l&rsquo;agriculture industrielle dans le style sovi\u00e9tique, cela indique un fait g\u00e9n\u00e9ral&nbsp;: l&rsquo;agriculture est bien plus efficace quand elle est r\u00e9alis\u00e9e sur une petite \u00e9chelle, en utilisant du travail manuel. [NdlR&nbsp;: Une observation faite pour la premi\u00e8re fois en Inde au d\u00e9but des ann\u00e9es 1960 par l&rsquo;\u00e9conomiste Amartya Sen, et maintes fois v\u00e9rifi\u00e9e dans divers pays.]<\/p>\n\n\n\n<p>Les Russes ont toujours fait pousser une partie de leur propre nourriture, et la raret\u00e9 des produits de bonne qualit\u00e9 dans les magasins du gouvernement a entretenu la tradition des jardins potagers m\u00eame durant les p\u00e9riodes plus prosp\u00e8res des ann\u00e9es 1960 et 1970. Apr\u00e8s l&rsquo;effondrement, ces jardins potagers se sont av\u00e9r\u00e9s \u00eatre des planches de salut. Ce que de nombreux Russes pratiquaient, soit par tradition, soit par essai et erreur, soit par pure paresse, \u00e9tait de certaines fa\u00e7ons semblables aux nouvelles techniques d&rsquo;agriculture biologique et d&rsquo;agriculture permanente. De nombreuses parcelles productives en Russie ressemblaient \u00e0 une bataille d&rsquo;herbes, de l\u00e9gumes et de fleurs poussant dans une profusion sauvage.<\/p>\n\n\n\n<p>Les for\u00eats en Russie ont toujours \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9es comme une source importante de nourriture additionnelle. Les Russes reconnaissent et mangent, presque toutes les vari\u00e9t\u00e9s de champignons comestibles, et toutes les baies comestibles. Durant la saison des champignons, qui est g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 l&rsquo;automne, les for\u00eats sont envahies de ramasseurs. Les champignons sont soit marin\u00e9s, soit s\u00e9ch\u00e9s et mis en r\u00e9serve, et durent souvent tout l&rsquo;hiver.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"576\" height=\"383\" src=\"https:\/\/leseffrontes.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/lecons_post_sovietiques_camion_alimentaire.jpg\" alt=\"Vente \u00e0 la sauvette en Union sovi\u00e9tique\" class=\"wp-image-1569\" title=\"Vente \u00e0 la sauvette en Union sovi\u00e9tique\" srcset=\"https:\/\/leseffrontes.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/lecons_post_sovietiques_camion_alimentaire.jpg 576w, https:\/\/leseffrontes.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/lecons_post_sovietiques_camion_alimentaire-300x199.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 576px) 100vw, 576px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">La nourriture arrivait des fermes \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur de la ville, mais elle \u00e9tait rarement transport\u00e9e jusqu&rsquo;aux magasins du centre-ville. Les chauffeurs s&rsquo;arr\u00eataient aux premi\u00e8res rang\u00e9es d&rsquo;immeubles et vendaient les produits de d\u00e9tail au cul du camion. Ils avaient habituellement tout vendu tr\u00e8s rapidement, et en tiraient un meilleur prix qu&rsquo;ils n&rsquo;en auraient obtenu des grands magasins d&rsquo;alimentation \u2014&nbsp;Albert Bates<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L&rsquo;utilisation des drogues r\u00e9cr\u00e9atives<\/h2>\n\n\n\n<p>Une similitude plut\u00f4t frappante entre les Russes et les Am\u00e9ricains est leur propension \u00e0 l&rsquo;autom\u00e9dication. Tandis que le Russe se consacre traditionnellement sans r\u00e9serve au passe-temps de la vodka, l&rsquo;Am\u00e9ricain a le plus souvent essay\u00e9 aussi le cannabis. La coca\u00efne aussi a eu un grand effet sur la culture am\u00e9ricaine, tout comme les opiac\u00e9s. Il y a des diff\u00e9rences aussi&nbsp;: le Russe est quelque peu moins susceptible de boire seul, ou d&rsquo;\u00eatre appr\u00e9hend\u00e9 pour avoir bu, ou \u00eatre saoul, en public. Pour un Russe, \u00eatre saoul est presque un droit sacr\u00e9&nbsp;; pour un Am\u00e9ricain, c&rsquo;est un plaisir coupable. Nombre des Am\u00e9ricains les moins heureux sont forc\u00e9s par les circonstances de boire et de conduire&nbsp;; cela ne les rends pas \u2014 ni les autres conducteurs, ni les pi\u00e9tons (s&rsquo;il en existait encore) \u2014 plus heureux.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Russe peut devenir furieusement ivre en public, tituber en chantant des chansons patriotiques, tomber dans un tas de neige, et geler \u00e0 mort ou \u00eatre port\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 une cellule de d\u00e9grisement. Tout cela produit peu ou pas de remords chez lui. D&rsquo;apr\u00e8s mes lectures de H. L. Mencken, l&rsquo;Am\u00e9rique aussi fut autrefois une terre d&rsquo;ivrognes heureux, o\u00f9 une bouteille de whisky faisait le tour du tribunal au d\u00e9but des d\u00e9lib\u00e9rations, et o\u00f9 un jury ivre rendait plus tard un verdict ivre, mais la prohibition a ruin\u00e9 tout cela. La prohibition russe n&rsquo;a dur\u00e9 que quelques courtes ann\u00e9es, quand Gorbatchev a essay\u00e9 de sauver la nation d&rsquo;elle-m\u00eame, et a \u00e9chou\u00e9 mis\u00e9rablement.<\/p>\n\n\n\n<p>[NdT&nbsp;: Henry Louis Mencken fut un journaliste, un \u00e9crivain et un satiriste de la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Au cours de la p\u00e9riode de prohibition de l&rsquo;alcool aux \u00c9tats-Unis, de 1920 \u00e0 1933, Mencken \u00e9crivait&nbsp;: \u00ab&nbsp;Cinq ann\u00e9es de prohibition ont eu, au moins, ce seul effet b\u00e9nin&nbsp;: elles ont compl\u00e8tement an\u00e9anti tous les arguments favoris des prohibitionnistes. Aucun des grands bienfaits et usufruits qui devaient suivre le vote du dix-huiti\u00e8me amendement ne s&rsquo;est produit. Il n&rsquo;y a pas moins d&rsquo;ivresse dans la r\u00e9publique, mais plus. Il n&rsquo;y a pas moins de crime, mais plus. Il n&rsquo;y a pas moins de d\u00e9mence, mais plus. Le co\u00fbt du gouvernement n&rsquo;est pas plus faible, mais beaucoup plus lourd. Le respect pour la loi ne s&rsquo;est pas accru, mais a diminu\u00e9.&nbsp;\u00bb]<\/p>\n\n\n\n<p>Quand l&rsquo;\u00e9conomie s&rsquo;effondre, les ivrognes de partout trouvent encore plus de raisons de se saouler, mais beaucoup moins de moyens pour se procurer de la boisson. En Russie, des solutions de march\u00e9 innovantes ont \u00e9t\u00e9 rapidement improvis\u00e9es, que j&rsquo;ai eu le privil\u00e8ge d&rsquo;observer. C&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;\u00e9t\u00e9, et j&rsquo;\u00e9tais dans un train \u00e9lectrique se dirigeant vers Saint-P\u00e9tersbourg. Il \u00e9tait bond\u00e9, alors je me tenais dans le vestibule de la voiture [NdT&nbsp;: \u00c0 ne pas confondre avec le wagon, que l&rsquo;on r\u00e9serve aux marchandises, aux bestiaux et aux minorit\u00e9s vou\u00e9es au g\u00e9nocide.], et j&rsquo;observais les arcs-en-ciel (il venait de pleuvoir) par la vitre manquante. Bient\u00f4t, l&rsquo;activit\u00e9 dans le vestibule attira mon attention&nbsp;: \u00e0 chaque arr\u00eat, des m\u00e9m\u00e9s avec des pichets de gn\u00f4le approchaient des portes de la voiture et offraient un reniflement aux passagers avides attendant \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur. Le prix et la qualit\u00e9 \u00e9taient rapidement discut\u00e9s, et la quantit\u00e9 convenue \u00e9tait dispens\u00e9e en \u00e9change d&rsquo;une poign\u00e9e de billets, du pichet au gobelet, et le train repartait. C&rsquo;\u00e9tait une atmosph\u00e8re tendue, parce qu&rsquo;avec les clients payants en venaient beaucoup d&rsquo;autres, qui n&rsquo;\u00e9taient l\u00e0 que pour le trajet, mais esp\u00e9raient quand m\u00eame leur juste part. Je fus forc\u00e9 de sortir pr\u00e9cipitamment et de m&rsquo;entasser dans le compartiment, parce que les resquilleurs pensaient que je prenais une pr\u00e9cieuse place de resquillage.<\/p>\n\n\n\n<p>Il reste peut-\u00eatre quelques bouilleurs de cru dans les coins ruraux des \u00c9tats-Unis, mais la plus grande partie du pays semble accroch\u00e9e aux boites et aux canettes de bi\u00e8res, ou \u00e0 des pichets d&rsquo;alcool en plastique ou en verre. Quand cette source s&rsquo;ass\u00e9chera en raison des difficult\u00e9s de camionnage entre \u00c9tats, les brasseries locales continueront sans aucun doute de fonctionner, et m\u00eame d&rsquo;accro\u00eetre leur production, pour r\u00e9pondre \u00e0 la fois \u00e0 la demande ancienne et nouvelle, mais il y aura encore beaucoup d&rsquo;espace pour l&rsquo;improvisation. Je m&rsquo;attendrais aussi \u00e0 ce que le cannabis deviennent encore plus r\u00e9pandu&nbsp;; il rend les gens moins enclins \u00e0 la violence que l&rsquo;alcool, ce qui est bien, mais il stimule aussi leur app\u00e9tit, ce qui est mauvais s&rsquo;il n&rsquo;y a pas beaucoup de nourriture. N\u00e9anmoins, il est bien moins cher \u00e0 produire que l&rsquo;alcool, qui n\u00e9cessite du grain ou du gaz naturel et une chimie compliqu\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Au total, je m&rsquo;attends \u00e0 ce que les drogues et l&rsquo;alcool deviennent l&rsquo;une des plus grandes opportunit\u00e9s entrepreneuriales post-effondrement \u00e0 court terme aux \u00c9tats-Unis, avec le d\u00e9pe\u00e7age des actifs et la s\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>(<a href=\"https:\/\/leseffrontes.fr\/index.php\/2023\/06\/18\/lecons-post-sovietiques-pour-un-siecle-post-americain-7\/\">Suite&#8230;<\/a>)<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Au cours des ann\u00e9es 2000, quelques auteurs am\u00e9ricains boulevers\u00e8rent ma vision de l\u2019histoire, de l\u2019avenir et de ma propre situation dans le monde. Parmi ceux-ci, Dmitry Orlov pr\u00e9disait avec un humour glacial le d\u00e9clin des \u00c9tats-Unis en comparant leur trajectoire avec celle de l&rsquo;Union sovi\u00e9tique. 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