{"id":3155,"date":"2025-08-06T17:47:09","date_gmt":"2025-08-06T15:47:09","guid":{"rendered":"https:\/\/leseffrontes.fr\/?p=3155"},"modified":"2025-09-26T15:24:27","modified_gmt":"2025-09-26T13:24:27","slug":"esclaves-pour-la-cuisine-et-esclaves-pour-le-lit","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leseffrontes.fr\/index.php\/2025\/08\/06\/esclaves-pour-la-cuisine-et-esclaves-pour-le-lit\/","title":{"rendered":"Esclaves pour la cuisine et esclaves pour le lit"},"content":{"rendered":"\n<p>Mes courtes vacances d\u2019\u00e9t\u00e9 m\u2019offrent enfin le r\u00e9pit n\u00e9cessaire \u00e0 la lecture. \u00c9tendant le bras jusqu\u2019\u00e0 ma r\u00e9serve de livres encore inexplor\u00e9s, j\u2019ai saisi un petit volume bleu au titre parfum\u00e9 d\u2019exotisme&nbsp;: <em>P\u00eacheurs de perles<\/em>. Publi\u00e9 en 1931, c\u2019est un long reportage dans la p\u00e9ninsule arabique, avec pour but et conducteur le sort des hommes qui, sans \u00e9quipement, plongeaient \u00e0 la recherche des perles dont on fait les colliers de luxe, jusqu\u2019\u00e0 s\u2019en faire p\u00e9ter les tympans, les yeux, le c\u0153ur et les poumons. C\u2019est surtout une visite \u00e9prouvante et moite du monde arabe au tout d\u00e9but des ann\u00e9es 1930. On y est surpris, mais moins par des faits insoup\u00e7onn\u00e9s que par leurs d\u00e9tails sordides joints \u00e0 la chaleur accablante qui tombe de ces pages. Albert Londres fut l\u2019exemple de ces grands reporters \u00e9crivant aussi bien que les auteurs de leur temps \u2014 c\u2019est-\u00e0-dire mieux que les n\u00f4tres \u2014 et risquant sa personne pour \u00e9clairer notre compr\u00e9hension des coins r\u00e9cul\u00e9s du monde. Voici un aper\u00e7u de cette autre humanit\u00e9, dans cet autre temps&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>En cherchant des perles, allais-je trouver des esclaves&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Avant 1925, ma route en e\u00fbt \u00e9t\u00e9 sem\u00e9e. Le Hedjaz et le Nedj [<em>sic, l\u2019ouest et le centre de la p\u00e9ninsule arabique<\/em>] absorbaient toute la cargaison humaine. Venant d\u2019Abyssinie, de la c\u00f4te des Somalis, de l\u2019\u00c9rythr\u00e9e, du Soudan, des troupeaux noirs d\u00e9barquaient franchement \u00e0 Djeddah. La douane levait m\u00eame sur les n\u00e9griers un imp\u00f4t de dix pour cent, c\u2019est-\u00e0-dire que sur cent esclaves elle choisissait les dix plus beaux qu\u2019elle vendait \u00e0 son b\u00e9n\u00e9fice. Ainsi op\u00e9rait-on jusqu\u2019au roi Hussein. Mais vint Ibn S\u00e9oud. Ibn S\u00e9oud n\u2019abolit pas l\u2019esclavage\u00a0: le Coran l\u2019admet. Il en interdit les march\u00e9s. L\u2019esclave ne se vend plus sur la place publique mais sous le manteau\u2026 le manteau de poil de chameau.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Il faut pr\u00e9ciser qu\u2019Ibn Saoud (comme on l\u2019orthographie aujourd\u2019hui) avait une raison diplomatique de mod\u00e9rer le trafic des esclaves&nbsp;: c\u2019\u00e9tait une exigence des Britanniques, lors de la signature du trait\u00e9 de Djeddah, en 1927. L\u2019homme blanc a de dr\u00f4les d\u2019id\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>O\u00f9 sont les sambouks [<em>boutre<\/em><em>s<\/em><em>, navire<\/em><em>s<\/em><em> \u00e0 voile<\/em><em>s<\/em><em> latine<\/em><em>s<\/em>] de chair humaine traversant sournoisement la mer Rouge de la c\u00f4te d\u2019Afrique \u00e0 la c\u00f4te d\u2019Asie, louvoyant pour \u00e9viter les torpilleurs fran\u00e7ais et anglais charg\u00e9s de leur parler au nom des droits de l\u2019homme et enfin, drapeau d\u00e9ploy\u00e9, touchant en fanfare le port arabique&nbsp;? Le <em>cheikh ad dalal ar ragig<\/em>, le chef des courtiers en esclaves, enlevait imm\u00e9diatement le gouvernail et courait \u00e0 travers Djeddah le planter \u00e0 sa fen\u00eatre. C\u2019\u00e9tait le signal. La foire commen\u00e7ait. On s\u00e9parait le troupeau en deux parties&nbsp;: les esclaves pour la cuisine&nbsp;: <em>djaria nel melbach<\/em>, et les esclaves pour le lit&nbsp;: <em>djaria nel sarir<\/em>. Les bourgeois de la ville arrivaient. Ce jour \u00e9tait un jour de f\u00eate. Le p\u00e8re et les fils se r\u00e9jouissaient, tapant sur leurs bourses. On palpait la marchandise, s\u2019assurant de la souplesse des articulations&nbsp;; on enfon\u00e7ait son doigt dans les bouches pour juger du bon \u00e9tat des m\u00e2choires. Un petit Abyssin valait quatre-vingt livres. Une jolie fille se payait cent quarante livres. Pour cinquante livre on avait un <em>djaria nel melbach<\/em>. Le harem l\u2019emportait sur la cuisine. Le lendemain, le joli courtier emmenait dans le souk ceux qui n\u2019avaient pas trouv\u00e9 acqu\u00e9reur. Les prix \u00e9taient moins \u00e9lev\u00e9s. C\u2019\u00e9tait une vente au rabais pour cause de d\u00e9fauts de fabrication&nbsp;! [\u2026]<\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd\u2019hui, la vente se fait en secret&nbsp;: \u00ab&nbsp;Bid-Dais&nbsp;\u00bb. Plus de gouvernail aux fen\u00eatres, plus de sambouks s\u2019enfon\u00e7ant sous le poids. On voit arriver une malheureuse ayant travers\u00e9 la mer Rouge sur un minuscule houri [<em>bateau de p\u00eacheur<\/em>], seule, couch\u00e9e entre deux n\u00e8gres qui rament. D\u2019autres patrons en fourrent dans des sacs, comme une marchandise. Qu\u2019un torpilleur montre ses chemin\u00e9es, aussit\u00f4t les cas humains disparaissent sous les sacs de riz. Si le corps du d\u00e9lit ne peut passer inaper\u00e7u, le sac est lest\u00e9 et confi\u00e9 au fond de la mer&nbsp;! Ceux et celles qui \u00e9chappent ne d\u00e9barquent plus dans le port. On les cache dans la ville. Les acheteurs finissent par les trouver. L\u2019Abyssinie n\u2019en exporte plus que de trente \u00e0 trente-cinq par ans, le Y\u00e9men une quinzaine. Quelques-uns proviennent du Soudan, c\u2019est tout. Ah&nbsp;! les beaux jours n\u2019ont qu\u2019un temps&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant on vit encore sur le pass\u00e9. Toute famille riche du Hedjaz poss\u00e8de des esclaves pour la cuisine, et pour le lit. L\u2019homme de bonne souche, en se mariant, offre une esclave \u00e0 sa femme&nbsp;: c\u2019est la bague de fian\u00e7ailles de l\u2019Arabie. On dit m\u00eame que dans les territoire inviol\u00e9s, \u00e0 Riad, des esclaves blanches donnent \u00e0 Ibn S\u00e9oud une raison suppl\u00e9mentaire de trouver que Dieu est grand&nbsp;! Ce serait des Arm\u00e9niennes dont le rapt r\u00e9pondrait \u00e0 la loi sainte du Coran&nbsp;: \u00ab&nbsp;La guerre contre l\u2019incroyant te pourvoira d\u2019esclaves.&nbsp;\u00bb Belles incroyantes aux maris massacr\u00e9s, \u00eates-vous au moins un peu heureuses&nbsp;?<\/p>\n<cite> Albert Londres, <em>P\u00eacheurs de perles<\/em>, 1931<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Au premier quart du XXI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 pr\u00e9sent, les \u00ab&nbsp;torpilleurs&nbsp;\u00bb Fran\u00e7ais, Anglais et Am\u00e9ricains patrouillent toujours en mer Rouge et dans le golfe d\u2019Aden. Ni les droits de l\u2019Homme, ni le Code civil, ni la <em>common law<\/em> n\u2019ont \u00e9clips\u00e9 la <em>ch\u00e9ria<\/em> (telle que l\u2019orthographiait Albert). Les m\u0153urs de la r\u00e9gion semblent avoir assez peu chang\u00e9, sur mer comme sur terre. Hors de l\u2019Occident douillet, le monde est cruel. Ou juste indiff\u00e9rent au sort des captifs et des mis\u00e9reux. Aux id\u00e9es enfantines de nos intellectuels, tout autant.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mes courtes vacances d\u2019\u00e9t\u00e9 m\u2019offrent enfin le r\u00e9pit n\u00e9cessaire \u00e0 la lecture. \u00c9tendant le bras jusqu\u2019\u00e0 ma r\u00e9serve de livres encore inexplor\u00e9s, j\u2019ai saisi un petit volume bleu au titre parfum\u00e9 d\u2019exotisme&nbsp;: P\u00eacheurs de perles. Publi\u00e9 en 1931, c\u2019est un long reportage dans la p\u00e9ninsule arabique, avec pour but et&hellip;<\/p>\n<p><a class=\"excerpt-readmore\" href=\"https:\/\/leseffrontes.fr\/index.php\/2025\/08\/06\/esclaves-pour-la-cuisine-et-esclaves-pour-le-lit\/\">Read More<\/a><\/p>","protected":false},"author":2,"featured_media":3156,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"twitterCardType":"","cardImageID":0,"cardImage":"","cardTitle":"","cardDesc":"","cardImageAlt":"","cardPlayer":"","cardPlayerWidth":0,"cardPlayerHeight":0,"cardPlayerStream":"","cardPlayerCodec":"","footnotes":""},"categories":[4],"tags":[63],"class_list":["post-3155","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-recit","tag-livre","odd"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/leseffrontes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3155","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/leseffrontes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/leseffrontes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leseffrontes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leseffrontes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3155"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/leseffrontes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3155\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3231,"href":"https:\/\/leseffrontes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3155\/revisions\/3231"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leseffrontes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/3156"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/leseffrontes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3155"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/leseffrontes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3155"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/leseffrontes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3155"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}