{"id":3235,"date":"2025-09-29T20:02:36","date_gmt":"2025-09-29T18:02:36","guid":{"rendered":"https:\/\/leseffrontes.fr\/?p=3235"},"modified":"2026-01-22T09:29:22","modified_gmt":"2026-01-22T08:29:22","slug":"belle-du-seigneur","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leseffrontes.fr\/index.php\/2025\/09\/29\/belle-du-seigneur\/","title":{"rendered":"Belle du seigneur"},"content":{"rendered":"\n<p>Je l\u2019ai d\u00e9j\u00e0 dit ici&nbsp;: on apprend plus sur les relations entre homme et femme dans la litt\u00e9rature \u00e9crite avant la R\u00e9volution sexuelle que dans celle qui a \u00e9t\u00e9 piss\u00e9e depuis. \u00c0 l\u2019appui de cette affirmation voici un formidable exemple paru en 1968, au cr\u00e9puscule des temps prudes. Albert Cohen a 73 ans au moment de la parution de <em>Belle du seigneur<\/em> (c\u2019est, litt\u00e9ralement, un homme du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle&nbsp;: il est n\u00e9 en 1895), et son h\u00e9ros sait d\u00e9j\u00e0 ce que red\u00e9couvriront les artistes de la drague (<em>PUA, pick up artists<\/em>) et les pionniers de la <em>pilule rouge<\/em> dans les ann\u00e9es 2000. Voici comment il explique la s\u00e9duction des femmes et les ressorts de leur d\u00e9sir&nbsp;; vous allez voir, tout y est&nbsp;! Il commence m\u00eame par une audace que je n\u2019ai pas vue mentionn\u00e9e ce si\u00e8cle-ci&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><strong>Premier man\u00e8ge<\/strong>, <em>avertir<\/em> la bonne femme <em>qu\u2019on va la s\u00e9duire<\/em>. D\u00e9j\u00e0 fait. C\u2019est un bon moyen pour l\u2019emp\u00eacher de partir. Elle reste par d\u00e9fi, pour assister \u00e0 la d\u00e9confiture du pr\u00e9somptueux. <strong>Deuxi\u00e8me man\u00e8ge<\/strong>, <em>d\u00e9molir le mari<\/em>. D\u00e9j\u00e0 fait. <strong>Troisi\u00e8me man\u00e8ge<\/strong>, <em>la farce de po\u00e9sie<\/em>. Faire le grand seigneur insolent, le romantique hors du social, avec somptueuse robe de chambre, chapelet de santal, monocle noir, appartement au Ritz et crises h\u00e9patiques soigneusement dissimul\u00e9es. Tout cela pour que l\u2019idiote d\u00e9duise que je suis de l\u2019esp\u00e8ce miraculeuse des amants, le contraire d\u2019un mari \u00e0 laxatifs, une promesse de vie sublime. [\u2026]<\/p>\n\n\n\n<p>\u00d4 les sales nostalgiques yeux de l\u2019idiote bient\u00f4t adult\u00e8re, \u00f4 sa bouche b\u00e9e devant les nobles discours de son prince charmant porteur de dix m\u00e8tres d\u2019intestins. \u00d4 l\u2019idiote \u00e9prise d\u2019ailleurs, de magie, de mensonge. Tout du mari l\u2019agace. La radio du mari et son inoffensive habitude d\u2019\u00e9couter les informations trois fois par jour, pauvre chou, ses pantoufles, ses rhumatismes, ses sifflotements \u00e0 la salle de bain, ses bruits lorsqu\u2019il se brosse les dents, son innocente manie des petits noms tendres, dans le genre chouquette, poulette ou tout simplement ch\u00e9rie \u00e0 tout bout de champ, ce qui est d\u00e9pourvu de piment et la met hors d\u2019elle. Il faut \u00e0 madame du sublime \u00e0 jet continu.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Quatri\u00e8me man\u00e8ge<\/strong>, <em>la farce de l\u2019homme fort<\/em>. Oh, le sale jeu de la s\u00e9duction&nbsp;! Le coq claironne pour qu\u2019elle sache qu\u2019il est un dur \u00e0 cuire, le gorille se tape sur la poitrine, boum, boum, les militaires ont du succ\u00e8s. Die Offiziere kommen&nbsp;! s\u2019exclament les jeunes Viennoises et elles rajustent vite leur coiffure. La force est leur obsession et elles enregistrent tout ce qui leur en para\u00eet preuve. S\u2019il plante droit ses yeux dans les yeux de la bonne femme, elle est d\u00e9licieusement troubl\u00e9e, elle d\u00e9faille \u00e0 cette ch\u00e8re menace. [\u2026] Elle rel\u00e8ve tout, la d\u00e9marche du type, sa fa\u00e7on de se tourner brusquement, de quoi son mignon tr\u00e9fonds d\u00e9duit qu\u2019il est agressif et dangereux, Dieu merci. [\u2026]<\/p>\n\n\n\n<p>Elles avouent, les <a href=\"https:\/\/leseffrontes.fr\/index.php\/category\/effronteedumois\/\">ang\u00e9liques effront\u00e9es<\/a>, qu\u2019il leur faut un cher fort et silencieux, avec chewing gum et menton volontaire, un costaud, un viril, un coq pr\u00e9tentieux ayant toujours raison, un ferme dans ses propos. Un tenace et implacable sans c\u0153ur, un capable de nuire, en fin de compte un <a href=\"https:\/\/leseffrontes.fr\/index.php\/2020\/11\/30\/les-femmes-sont-elles-attirees-par-les-criminels\/\">capable de meurtre<\/a>&nbsp;! Caract\u00e8re n\u2019\u00e9tant ici que le substitut de force physique, et l\u2019homme de caract\u00e8re un produit de remplacement, l\u2019ersatz civilis\u00e9 du gorille. Le gorille, toujours le gorille&nbsp;! [\u2026]<\/p>\n\n\n\n<p>Fausse monnaie toujours et partout&nbsp;! Et qu\u2019au lieu de cent quatre-vingts centim\u00e8tres on dise beau ou ayant de la prestance ou, dans les annonces, pr\u00e9sentant bien&nbsp;! Et qu\u2019au lieu de redoutable et de sale type aux yeux froids qui lui fasse d\u00e9licieusement peur on dise \u00e9nergique, ayant du caract\u00e8re&nbsp;! Et qu\u2019au lieu de riche et classe dirigeante on dise distingu\u00e9 et cultiv\u00e9&nbsp;! Et qu\u2019au lieu de peur de la mort et d\u00e9sir \u00e9go\u00efste que le cher petit nombril dure toujours, on dise esprit, au-del\u00e0, vie \u00e9ternelle&nbsp;! [\u2026]<\/p>\n\n\n\n<p>Mais comme au bout de six semaines le pauvre troisi\u00e8me mari bondit beaucoup moins, qu\u2019il est flapi et conjugal, qu\u2019il en a un peu marre du physiologique et pense de nouveau au social et \u00e0 reprendre son travail et inviter les van Vries, et qu\u2019il parle de son avancement et de ses rhumatismes, elle comprend soudain, avec beaucoup d\u2019\u00e9l\u00e9vation, qu\u2019elle s\u2019est tromp\u00e9e. \u00c7a ne manque jamais, le coup de s\u2019\u00eatre tromp\u00e9e. Alors elle d\u00e9cide d\u2019aller lui parler en grande noblesse et, pour faire solennel, elle se colle un haut turban dor\u00e9 sur la t\u00eate. Cher troisi\u00e8me araignon, lui dit l\u2019araignesse en joignant ses petites pattes velues, soyons dignes l\u2019un de l\u2019autre et quittons-nous noblement, sans vaines r\u00e9criminations. Ne souillons pas d\u2019une inutile injure le noble souvenir des bonheurs r\u00e9volus. Je te dois la v\u00e9rit\u00e9, et la v\u00e9rit\u00e9, cher, est que je ne t\u2019aime plus. \u00c7a ne manque jamais non plus, le coup du je ne t\u2019aime plus. Feindre serait bassesse, poursuit-elle. Que veux-tu, cher, je me suis tromp\u00e9e. De toute mon \u00e2me, j\u2019avais cru que tu serais l\u2019araignon \u00e9ternel. H\u00e9las&nbsp;! Sache en effet qu\u2019un quatri\u00e8me araignon est devenu important dans ma vie. Elles adorent dire important dans ma vie qui fait plus noble que coucher avec. Et elle continue, la mignonne, avec des sentiments de plus en plus \u00e9lev\u00e9s. Vois-tu, je l\u2019aime de toute mon \u00e2me car il est l\u2019araignon des araignons, une \u00e2me d\u2019\u00e9lite et un caract\u00e8re moral de tout premier ordre. C\u2019est Dieu qui l\u2019a mis sur mon chemin. Ah, comme je souffre, car le coup que je te porte est sans doute mortel&nbsp;! Mais que faire&nbsp;? Je ne puis vivre que dans la v\u00e9rit\u00e9 et ne saurais mentir, ma bouche comme mon \u00e2me devant rester pure. Adieu donc, cher, et pense quelque fois \u00e0 ta petite Antin\u00e9a. Ou encore, elle lui propose, en fin de discours, une derni\u00e8re coucherie comme preuve d\u2019affection sinc\u00e8re et pour lui laisser un beau souvenir. Mais le plus souvent, en conclusion, c\u2019est le Sois fort et demeurons amis. [\u2026]<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Cinqui\u00e8me man\u00e8ge<\/strong>, <em>la cruaut\u00e9<\/em>. Elles en veulent, il leur en faut. Dans le lit, d\u00e8s le r\u00e9veil, comme elles ont pu m\u2019assommer avec mon beau sourire cruel ou mon cher sourire ironique, alors que je n\u2019avais qu\u2019une envie, beurrer de toute mon \u00e2me ses tartines et lui apporter son th\u00e9 au lit. Envie refoul\u00e9e, bien s\u00fbr, car le plateau du petit d\u00e9jeuner aurait singuli\u00e8rement diminu\u00e9 sa passion. [\u2026]<\/p>\n\n\n\n<p>Il leur reste un peu de bon sens au d\u00e9but. Par cons\u00e9quent, du tact et de la mesure. Se borner \u00e0 lui faire sentir que tu es capable d\u2019\u00eatre cruel, par des ironies brusques et br\u00e8ves, ou par quelque insolence mineure comme de lui dire que son nez brille. Elle sera indign\u00e9e, mais son tr\u00e9fonds aimera. Lamentable de devoir lui d\u00e9plaire pour lui plaire. Ou une surdit\u00e9 soudaine. Ne pas r\u00e9pondre par distraction feinte \u00e0 une question qu\u2019elle te pose la d\u00e9sar\u00e7onne mais ne lui d\u00e9pla\u00eet pas. C\u2019est une gifle immat\u00e9rielle, une \u00e9bauche de cruaut\u00e9, un petit plain-pied sexuel, une indiff\u00e9rence de m\u00e2le. De plus, ton inattention augmentera son d\u00e9sir de captiver ton attention, de t\u2019int\u00e9resser, de te plaire, la remplira d\u2019un sentiment confus de respect. Elle se dira, non, pas se dira, mais vaguement sentira, que tu es habitu\u00e9 \u00e0 ne pas trop \u00e9couter toutes ces femmes qui t\u2019assaillent, et tu seras int\u00e9ressant. Il est parfait de courtoisie, pensera-t-elle, mais il pourrait \u00eatre m\u00e9chant s\u2019il le voulait. Et elle savourera. [\u2026]<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s le premier acte, curieusement d\u00e9nomm\u00e9 d\u2019amour, il sera m\u00eame bon, \u00e0 condition qu\u2019il ait \u00e9t\u00e9 r\u00e9ussi et approuv\u00e9 avec enthousiasme par la balbutiante pauvrette, il sera m\u00eame bon que tu lui annonces qu\u2019elle souffrira avec toi. Encore transpirante, et contre toi collante, elle te r\u00e9pondra alors que peu lui importe, que la souffrance avec toi ce sera encore du bonheur. Pourvu que tu m\u2019aimes, murmurera-t-elle, ses yeux sinc\u00e8res tourn\u00e9s vers toi. Elles acceptent courageusement la souffrance, surtout avant d\u2019y \u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsqu\u2019elle est entr\u00e9e en pleine passion, donc cruaut\u00e9s ouvertes. Mais dose-les. Sois cruel avec ma\u00eetrise. Le sel est excellent mais pas trop n\u2019en faut. Par cons\u00e9quent, alternances de duret\u00e9s et de douceurs, sans oublier les obligatoires \u00e9bats. Le cocktail passion. \u00catre l\u2019ennemi bien-aim\u00e9, saupoudrer de m\u00e9chancet\u00e9s de temps \u00e0 autre pour qu\u2019elle puisse vivre sur le pied d\u2019amour, \u00eatre toujours inqui\u00e8te, se demander quelle catastrophe l\u2019attend, souffrir, et notamment de jalousie, esp\u00e9rer, attendre les r\u00e9conciliations, d\u00e9guster les tendresses inattendues. En r\u00e9sum\u00e9, qu\u2019elle ne s\u2019emb\u00eate jamais. Sans compter que les r\u00e9conciliations donnent de la saveur aux jonctions. Apr\u00e8s une froideur ou une vacherie, si tu lui souris, la malheureuse escroqu\u00e9e fond de gratitude et elle court vite raconter \u00e0 son amie intime toutes sortes de merveilles sur toi et comme quoi tu es si bon, au fond. D\u2019un m\u00e9chant, elles s\u2019arrangent toujours pour dire qu\u2019au fond il est bon. Elles le remercient de sa m\u00e9chancet\u00e9 en le couronnant de bont\u00e9. [\u2026]<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Sixi\u00e8me man\u00e8ge<\/strong>, <em>la vuln\u00e9rabilit\u00e9<\/em>. Oui, bien s\u00fbr, Nathan, sois viril et cruel, mais si tu veux \u00eatre aim\u00e9 \u00e0 la perfection, tu dois en outre faire surgir en elle la maternit\u00e9. Il faut que sous ta force elle d\u00e9couvre une once de faiblesse. Sous le haut gaillard, elles adorent trouver l\u2019enfant. Quelque fragilit\u00e9 par moments \u2014 pas trop n\u2019en faut, non plus \u2014 leur pla\u00eet \u00e9norm\u00e9ment, les attendrit follement. Bref, neuf dixi\u00e8mes de gorille et un dixi\u00e8me d\u2019orphelin leur font tourner la t\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Septi\u00e8me man\u00e8ge<\/strong>, <em>le m\u00e9pris d\u2019avance<\/em>. Il doit \u00eatre t\u00e9moign\u00e9 au plus t\u00f4t mais point en paroles. Elles sont tr\u00e8s susceptibles en mati\u00e8re de vocabulaire, surtout au d\u00e9but. Mais le m\u00e9pris dans une certaine intonation, dans un certain sourire, elles le sentent tout de suite, et il leur pla\u00eet, il les trouble. Leur tr\u00e9fonds se dit que celui-ci m\u00e9prise parce qu\u2019il est habitu\u00e9 \u00e0 \u00eatre aim\u00e9, \u00e0 tenir pour rien les femmes. Donc, un ma\u00eetre qui les tombe toutes. Eh bien, moi aussi, je veux \u00eatre tomb\u00e9e\u00a0! r\u00e9clame leur tr\u00e9fonds. [\u2026]<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Huiti\u00e8me man\u00e8ge<\/strong>, <em>le regard et les compliments<\/em>. Et ne crains pas d\u2019y aller \u00e0 fond. Elles avalent tout. Le recours \u00e0 la vanit\u00e9 est un bon hame\u00e7on. Vaniteuses&nbsp;? Oui, mais surtout si peu s\u00fbres d\u2019elles. Elles ont tellement besoin d\u2019\u00eatre rassur\u00e9es. [\u2026] Bref, sois le donneur de foi, et elle ne pourra plus se passer de toi, m\u00eame si tu n\u2019as pas r\u00e9ussi \u00e0 la s\u00e9duire compl\u00e8tement, le premier soir. Elle pensera \u00e0 toi tous les matins au r\u00e9veil, se redira tes louanges tout en bouclant sa toison, ce qui semble exciter son pouvoir de concentration. Par parenth\u00e8se, ne craint pas d\u2019\u00eatre scabreux de temps \u00e0 autres. Cela abaisse les barri\u00e8res. Une fois qu\u2019elle sait que tu sais qu\u2019elle a une toison secr\u00e8te, que cette toison tu l\u2019imagines, blonde ou ch\u00e2taine ou brune, elle a moins de d\u00e9fense.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Neuvi\u00e8me man\u00e8ge<\/strong>, proche du septi\u00e8me, <em>la sexualit\u00e9 indirecte<\/em>. D\u00e8s la premi\u00e8re rencontre, qu\u2019elle te sente un m\u00e2le devant la femelle. [\u2026] Bref, l\u2019odieux regard filtr\u00e9, le regard d\u2019emprise, ironique et calme, l\u00e9g\u00e8rement amus\u00e9 et irrespectueux cependant qu\u2019avec respect tu lui parles, un regard de familiarit\u00e9 secr\u00e8te. Hosanna, s\u2019exclame alors son inconscient, celui-ci est un vrai Don Juan&nbsp;! Il ne me respecte pas&nbsp;! Il sait y faire&nbsp;! All\u00e9luia, je suis d\u00e9licieusement troubl\u00e9e et ne puis lui r\u00e9sister&nbsp;! Tu vois combien de contradictions. Fort mais vuln\u00e9rable, m\u00e9prisant mais complimentateur, respectueux mais sexuel. Et chaque man\u00e8ge lustre son contraire et en accro\u00eet l\u2019attrait. [\u2026]<\/p>\n\n\n\n<p>Sache, \u00d4 cousin ch\u00e9ri, que le <strong>dixi\u00e8me man\u00e8ge<\/strong> est justement <em>la mise en concurrence<\/em>. Panurgise-la donc sans tarder, d\u00e8s le premier soir. Arrange-toi pour lui faire savoir, primo que tu es aim\u00e9 par une autre, terrifiante de beaut\u00e9, et secundo que tu as \u00e9t\u00e9 sur le point d\u2019aimer cette autre, mais que tu l\u2019as rencontr\u00e9e, elle, l\u2019unique, l\u2019idiote de grande merveille, ce qui est peut-\u00eatre vrai, d\u2019ailleurs. Alors, ton affaire sera en bonne voie avec l\u2019idiote, kleptomane comme toutes ses pareilles.<\/p>\n\n\n\n<p>Et maintenant elle est m\u00fbre pour le <strong>dernier man\u00e8ge<\/strong>, <em>la d\u00e9claration<\/em>. Tous les clich\u00e9s que tu voudras, mais veille \u00e0 ta voix et \u00e0 sa chaleur. Un timbre grave est utile. Naturellement lui faire sentir qu\u2019elle g\u00e2che sa vie avec son araignon officiel, que cette existence est indigne d\u2019elle, et tu la verras alors faire le soupir du genre martyre. C\u2019est un soupir sp\u00e9cial, par les narines, et qui signifie ah si vous saviez tout ce que j\u2019ai endur\u00e9 avec cet homme, mais je n\u2019en dis rien car je suis distingu\u00e9e et d\u2019infinie discr\u00e9tion. Tu lui diras naturellement qu\u2019elle est la seule et l\u2019unique, elles y tiennent aussi, que ses yeux sont ouvertures sur le divin, elle n\u2019y comprendra goutte mais trouvera si beau qu\u2019elle fermera lesdites ouvertures et sentira qu\u2019avec toi ce sera une vie constamment d\u00e9conjugalis\u00e9e.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0, vous savez tout. Si vous d\u00e9sirez plus de d\u00e9tails, le chapitre sur la s\u00e9duction occupe une quarantaine de pages (au sein d\u2019un roman de 845 pages&nbsp;!). Avec \u00e7a, vous en saurez autant que <a href=\"https:\/\/leseffrontes.fr\/index.php\/tag\/french-og\/\">French OG<\/a>, <a href=\"https:\/\/leseffrontes.fr\/index.php\/tag\/roissy\/\">Roissy<\/a> et <a href=\"https:\/\/leseffrontes.fr\/index.php\/tag\/rollo-tomassi\/\">Rollo Tomassi<\/a> r\u00e9unis, et beaucoup plus que la plupart des \u00ab&nbsp;influenceurs&nbsp;\u00bb pr\u00e9tendant traiter le sujet.<\/p>\n\n\n\n<p>Par ailleurs, <em>Belle du seigneur<\/em> est une \u0153uvre digne d\u2019int\u00e9r\u00eat pour beaucoup d\u2019autres raisons. Mais si vous n\u2019avez aucun entra\u00eenement litt\u00e9raire, commencer par l\u00e0 serait un peu comme se lancer dans l\u2019ascension du Cervin sans avoir affront\u00e9 le mur d\u2019escalade du gymnase municipal&nbsp;: la tentative serait trop \u00e9puisante et vertigineuse pour \u00eatre men\u00e9e \u00e0 son terme.<\/p>\n\n\n\n<p>Quant \u00e0 la R\u00e9volution sexuelle, elle semble surtout avoir \u00e9t\u00e9 une plong\u00e9e dans un fatras d\u2019illusions adolescentes sur la nature m\u00eame de la sexualit\u00e9. Depuis lors, l\u2019Occident redouble d\u2019effort pour nier la diff\u00e9rence des sexes, la constance de leurs comportements respectifs, et leur irr\u00e9ductible antagonisme. Mais pas comme une congr\u00e9gation d\u2019abstinents tenant prudemment \u00e0 distance la sexualit\u00e9, non. En s\u2019y vautrant \u00ab&nbsp;sans entraves&nbsp;\u00bb&nbsp;; en pr\u00e9tendant qu\u2019elle est sans cons\u00e9quences&nbsp;; en s\u2019imaginant que l\u2019amour est une d\u00e9charge d\u2019hormones au moment de l\u2019orgasme. En somme, l\u2019individu \u00ab&nbsp;lib\u00e9r\u00e9&nbsp;\u00bb ne croyant pas \u00e0 son animalit\u00e9 et refusant de s\u2019en m\u00e9fier, celle-ci n\u2019en fait qu\u2019une bouch\u00e9e et l\u2019engloutit tout entier.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je l\u2019ai d\u00e9j\u00e0 dit ici&nbsp;: on apprend plus sur les relations entre homme et femme dans la litt\u00e9rature \u00e9crite avant la R\u00e9volution sexuelle que dans celle qui a \u00e9t\u00e9 piss\u00e9e depuis. \u00c0 l\u2019appui de cette affirmation voici un formidable exemple paru en 1968, au cr\u00e9puscule des temps prudes. Albert Cohen&hellip;<\/p>\n<p><a class=\"excerpt-readmore\" href=\"https:\/\/leseffrontes.fr\/index.php\/2025\/09\/29\/belle-du-seigneur\/\">Read More<\/a><\/p>","protected":false},"author":2,"featured_media":3240,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"twitterCardType":"","cardImageID":0,"cardImage":"","cardTitle":"","cardDesc":"","cardImageAlt":"","cardPlayer":"","cardPlayerWidth":0,"cardPlayerHeight":0,"cardPlayerStream":"","cardPlayerCodec":"","footnotes":""},"categories":[1],"tags":[63,22,49],"class_list":["post-3235","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-opinions","tag-livre","tag-pilule-rouge","tag-seduction","odd"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/leseffrontes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3235","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/leseffrontes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/leseffrontes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leseffrontes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leseffrontes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3235"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/leseffrontes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3235\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3444,"href":"https:\/\/leseffrontes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3235\/revisions\/3444"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leseffrontes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/3240"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/leseffrontes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3235"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/leseffrontes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3235"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/leseffrontes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3235"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}