{"id":512,"date":"2021-04-30T23:52:00","date_gmt":"2021-04-30T21:52:00","guid":{"rendered":"https:\/\/leseffrontes.fr\/?p=512"},"modified":"2024-03-31T17:04:50","modified_gmt":"2024-03-31T15:04:50","slug":"leffrontee-du-mois-davril-2021-dame-godiva","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leseffrontes.fr\/index.php\/2021\/04\/30\/leffrontee-du-mois-davril-2021-dame-godiva\/","title":{"rendered":"L\u2019Effront\u00e9e du mois d\u2019avril 2021\u00a0: Dame Godiva"},"content":{"rendered":"\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Je le d\u00e9teste&nbsp;! Je le d\u00e9teste&nbsp;! Je le d\u00e9teste&nbsp;! Il doit bien se moquer de moi, le salaud. J\u2019ai tout essay\u00e9&nbsp;: les petites robes \u00e9chancr\u00e9es en soie, le parfum de V\u00e9n\u00e9tie, les \u00e9pices du Levant dans son potage et son r\u00f4ti\u2026 Rien \u00e0 faire, il pr\u00e9f\u00e8re chevaucher cette grosse blondasse d\u2019\u00c6lfgifu pendant que je g\u00e8le, seule dans mon lit. Ah&nbsp;! Je pensais bien avoir trouv\u00e9 comment le rendre jaloux cette fois. Il \u00e9tait en grande conversation avec l\u2019intendant, quant au produit insuffisant de l\u2019imp\u00f4t. L\u2019intendant le conseillait&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Sire Comte, vos gens ne peuvent donner plus qu\u2019ils n\u2019ont. Quand bien m\u00eame donneraient-ils tout ce qu\u2019ils ont, comment passeraient-ils l\u2019hiver&nbsp;? Nous ne saurions sagement pr\u00e9lever davantage que le restant de leur labeur, apr\u00e8s qu\u2019ils ont ensemenc\u00e9 leurs champs, nourrit leurs enfants, leurs b\u00eates et eux-m\u00eames. Voyez, mon seigneur, que trop d\u2019imp\u00f4t tue l\u2019imp\u00f4t.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9videmment, mon \u00e9poux n\u2019en avait cure (il s\u2019appelle L\u00e9ofric, pas J\u00e9sus). C\u2019est \u00e0 ce moment que j\u2019intervins&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Sire, mon c\u0153ur de chr\u00e9tienne saigne \u00e0 la pens\u00e9e des peines que nous causons \u00e0 nos pauvres sujets. Songez au profond chagrin que l\u2019imp\u00f4t nous causerait si, comme aux roturiers, le Roy exigeait de la noblesse qu&rsquo;elle lui versa son \u00e9cot&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Que me chantes-tu l\u00e0, radasse ch\u00e9tive&nbsp;? Il ferait beau voir que nous autres soyons assujettis \u00e0 l\u2019imp\u00f4t comme le vulgaire. Ils produisent, nous consommons. C\u2019est l\u2019ordre naturel des choses qui leur convient assez bien, sans quoi ils abandonneraient sur le champ leur travail et nous laisseraient le ventre creux.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Mais n\u2019est-il pas injuste que nous vivions dans l\u2019opulence et l\u2019oisivet\u00e9, par la sueur et la peine des humbles&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Oh&#8230; L\u2019opulence est toute relative au XI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. On n\u2019a point encore invent\u00e9 le chauffage central, ni la bouilloire \u00e9lectrique, et le th\u00e9 est encore inconnu au Royaume d\u2019Angleterre. Heureusement qu\u2019on sait d\u00e9j\u00e0 faire la bi\u00e8re&nbsp;! Quant \u00e0 l\u2019oisivet\u00e9, parlez pour vous, brun\u00e2tre \u00e9cervel\u00e9e. Pendant que vous restez au ch\u00e2teau, devant la chemin\u00e9e, \u00e0 bavasser avec vos servantes et \u00e0 broder des licornes, nous devons aller guerroyer des mois sous le crachin, camper dans la gadoue, bouffer sur le pouce, crouler de fatigue, et risquer d\u2019\u00eatre taillad\u00e9, poin\u00e7onn\u00e9 ou \u00e9trangl\u00e9 \u00e0 chaque escarmouche. Seigneur Dieu, j\u2019en ai plein le cul&nbsp;! \u00c0 la seule id\u00e9e de remonter sur un cheval, le fondement me cuit.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Je vous supplie \u00e0 genoux d\u2019\u00e9pargner \u00e0 nos gens le garrot fiscal&nbsp;! J\u2019irai me d\u00e9nuder devant toute la ville pour obtenir votre merci.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Je ne vous demande rien de tel.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Moi, Dame Godiva, j\u2019irai \u00e0 cheval exhiber mon enveloppe charnelle vertueuse et d\u00e9laiss\u00e9e par les rues de Coventry, afin que mon \u00e9poux, \u00e9mu, prenne en piti\u00e9 les habitants taxables de son comt\u00e9&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Mais je m\u2019en fous&nbsp;! Allez-vous cailler le cul dehors tant qu\u2019il vous pla\u00eet&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Vous ne m\u2019en croyez pas capable.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 L\u00e0, oui, je ne vous en crois pas capable.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Cap\u2019&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Pas cap\u2019.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 On parie&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Pfff\u2026 Contre quoi&nbsp;? Votre d\u00e9part au couvent&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Une nuit de folie dans mon lit. Je serai br\u00fblante d\u2019amour et toute \u00e0 vous&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Comme si l\u2019on pouvait m\u2019offrir la chemise que je porte d\u00e9j\u00e0\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Topez dans ma main&nbsp;! Vous vous d\u00e9gonflez&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Ah&nbsp;! Le d\u00e9mon du jeu me perdra&nbsp;! Plus il est sot, moins je puis r\u00e9sister \u00e0 un pari. Topez l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>Je le tenais. Nul homme ne voit son \u00e9pouse d\u00e9sir\u00e9e par autrui sans en \u00e9prouver quelque jalousie. Moi, Godiva, nue sous les regards lascif de tous les hommes de Coventry&nbsp;: voil\u00e0 qui piquerait sa virilit\u00e9 comme un \u00e9peron&nbsp;! Le soir m\u00eame je recevrais les rudes hommages de sa flamme ranim\u00e9e. Enfin&#8230; C\u2019est ce que je croyais en sortant du ch\u00e2teau. Et l\u00e0\u2026 Personne. Pas un serf, pas un marchand, pas un p\u00e8lerin dans les rues. D\u00e9sertes. M\u00eame pas un ivrogne pour me reluquer. Tous les volets clos, personne n\u2019osant jeter un regard \u00e0 mes app\u00e2ts. Vils pleutres&nbsp;! Verges amollies&nbsp;! Loqueteux impotents&nbsp;! C\u2019\u00e9tait bien la peine que je passe la matin\u00e9e \u00e0 me faire brosser les cheveux et \u00e9piler le lapin. <em>Atchaaa&nbsp;!<\/em> Voil\u00e0 que j\u2019ai pris froid. Je n\u2019ai plus qu\u2019\u00e0 rentrer et grelotter dans mon lit. Je les d\u00e9teste&nbsp;! Je les d\u00e9teste&nbsp;! Je les d\u00e9teste&nbsp;!<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"791\" src=\"https:\/\/leseffrontes.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/lady_godiva_john_collier-1024x791.jpg\" alt=\"Dame Godiva nue sur son cheval dans les rues de Coventry\" class=\"wp-image-514\" title=\"Dame Godiva par John Collier\" srcset=\"https:\/\/leseffrontes.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/lady_godiva_john_collier-1024x791.jpg 1024w, https:\/\/leseffrontes.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/lady_godiva_john_collier-300x232.jpg 300w, https:\/\/leseffrontes.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/lady_godiva_john_collier-768x593.jpg 768w, https:\/\/leseffrontes.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/lady_godiva_john_collier.jpg 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>Dame Godiva<\/em>, par John Collier, 1898<\/figcaption><\/figure>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je le d\u00e9teste&nbsp;! 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