{"id":974,"date":"2022-05-28T22:04:08","date_gmt":"2022-05-28T20:04:08","guid":{"rendered":"https:\/\/leseffrontes.fr\/?p=974"},"modified":"2024-05-26T16:11:47","modified_gmt":"2024-05-26T14:11:47","slug":"les-yeux-plus-grands-que-le-ventre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leseffrontes.fr\/index.php\/2022\/05\/28\/les-yeux-plus-grands-que-le-ventre\/","title":{"rendered":"Les Yeux plus grands que le ventre"},"content":{"rendered":"\n<p>Oui, je sais qui \u00e9tait Fran\u00e7ois Cavanna. Mais je ne l\u2019avais pas lu, jusqu\u2019ici. Ce sont des choses qui arrivent&nbsp;: on inscrit un nom sur la longue liste mentale des auteurs dont on devrait t\u00e2ter la prose, et puis l\u2019occasion ne se pr\u00e9sente pas. Pendant des ann\u00e9es. On n\u2019y pense plus vraiment, et voil\u00e0 qu\u2019un jour un livre vous tombe entre les mains. \u00ab&nbsp;Cavanna, <em>Les <\/em><em>Y<\/em><em>eux plus grands que le ventre<\/em>&nbsp;\u00bb. C\u2019est l\u2019occasion\u2026 mais vaut-elle que je lui consacre du temps&nbsp;? J\u2019ouvre et je lis&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Trente-cinq ans. L\u2019\u00e2ge des ogresses qui r\u00f4dent, claquant des m\u00e2choires. L\u2019\u00e2ge des mantes religieuses. Les redoutables divorc\u00e9es de trente-cinq ans. Petit homme triste qui r\u00eaves d\u2019un gros doux cul pour y poser la t\u00eate, petit homme triste, si tu en vois une \u00e0 l\u2019horizon, fuis \u00e0 toute jambe, fuis&nbsp;!<\/p><p>Sur leurs hauts talons pointus, belles mille fois plus qu\u2019\u00e0 dix-huit ans et tendres, et juteuses, et malheureuses, et tellement, tellement, tellement compr\u00e9hensives, elles t\u2019auront jusqu\u2019au trognon, petit homme triste, jusqu\u2019au trognon.<\/p><p>Les refaiseuses de vie, les red\u00e9marreuses \u00e0 z\u00e9ro-mais-cette-fois-c\u2019est-la-bonne\u2026 Elles sont sans piti\u00e9, petit homme, car il y va de leur peau. Fuis. Ou sois sans piti\u00e9 toi-m\u00eame. Si tu le peux. Mais tu ne le peux pas, petit homme triste, tu ne le peux pas. Alors fuis, cours, vite et loin, sans te retourner.<\/p><p>\u00c0 quarante-cinq ans, elles pleurent, elles se suicident, un peu, et le soir m\u00eame elles dansent le rock, et se so\u00fblent la gueule, et s\u2019envoient un minet de consolation. \u00c0 vingt-cinq, elles partent sur le tandsad d\u2019un copain pour un rallye chez les pingouins. \u00c0 trente-cinq, rien \u00e0 faire. Tu es foutu. Trente-cinq ans, c\u2019est l\u2019\u00e2ge de la derni\u00e8re chance. La m\u00e9nopause se profile \u00e0 l\u2019horizon. \u00c0 quarante-cinq, elles ont sinon pass\u00e9 le cap, du moins atteint son ombre, se sont r\u00e9sign\u00e9es. D\u2019ailleurs, des gosses, elles en ont pondu leur content, ils ont entre douze et vingt ans, ils les font chier comme il est d\u2019usage chez les enfants de divorc\u00e9s [\u2026] alors c\u00f4t\u00e9 marmaille elles n\u2019ont plus d\u2019illusions\u2026 Mais pas \u00e0 trente-cinq. \u00c0 trente-cinq leur ventre crie famine, elles veulent un gosse de toi, tu es un distributeur automatique de spermatos, vite, vite, remplis-moi, il est encore temps mais juste temps, c\u2019est le tout dernier carat pour le mettre au four si je veux \u00eatre une maman-copain, une maman-complice, une maman de plain-pied avec l\u2019adolescence. [\u2026]<\/p><p>L\u2019homme, m\u00eame s\u2019il pr\u00e9tend le contraire, m\u00eame s\u2019il croit le contraire, n\u2019a pas cette pendule entre les entrailles. L\u2019homme reste un vieux maraudeur qui veut tirer son coup, et poser sa joue sur quelque chose de chaud et de vivant, et pleurer en pensant \u00e0 sa vie rat\u00e9e. L\u2019homme est un petit homme triste.<\/p><p>Petit homme triste, quand tu sors au cr\u00e9puscule, si tu vois \u00e0 l\u2019horizon une divorc\u00e9e de trente-cinq ans, prends tes jambes \u00e0 ton cou, petit homme triste, et cours, cours, cours\u2026<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Ah, vous pensez bien que j\u2019ai tout de suite \u00e9t\u00e9 pris par la lecture&nbsp;! Voil\u00e0 un homme qui avait v\u00e9cu et savait des choses. Comme la plupart d\u2019entre nous, il avait commenc\u00e9 par \u00eatre bien na\u00eff et bien timide.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Les filles n\u2019aiment pas les transis. Les d\u00e9vorer des yeux, \u00ab&nbsp;faire passer toute son \u00e2me dans un regard&nbsp;\u00bb, comme dit le bon Victor, \u00e7a ne leur convient absolument pas. \u00c0 cause de Hugo, justement, j\u2019accordais \u00e0 la prescience des filles un cr\u00e9dit infini. Je les croyais p\u00e9tries d\u2019une essence subtile, sans comparaison avec nos grossi\u00e8res natures, \u00e0 nous, les m\u00e2les. Je les voyais toute finesse et d\u00e9licatesse, devinant les sentiments, allant au-devant, tout \u00e7a\u2026 [&#8230;]<\/p><p>J\u2019ai beaucoup pleur\u00e9. J\u2019avais beau me r\u00e9p\u00e9ter que c\u2019\u00e9tait une salope, et une m\u00e9chante, je l\u2019aimais, moi&nbsp;! Salope et m\u00e9chante, certes, elle l\u2019\u00e9tait, et elle avait bien raison. Peu apr\u00e8s je l\u2019ai vue, un dimanche s\u2019enfoncer dans les fourr\u00e9s du bois de Vincennes avec Marc Tossi, qui \u00e9tait beau, qui \u00e9tait riche, qui savait parler, qui se l\u2019est envoy\u00e9e dans la bonne humeur et l\u2019a laiss\u00e9e tomber aussi sec, c\u2019\u00e9tait son genre \u00e0 Marc. Qu\u2019aurait-elle eu \u00e0 foutre, je vous le demande, d\u2019un triste puceau mont\u00e9 en graine qui l\u2019aurait lantern\u00e9e des mois avant d\u2019oser lui mettre la main au panier, qui l\u2019aurait sabot\u00e9e et ce serait cramponn\u00e9 pas moyen de s\u2019en d\u00e9p\u00eatrer, avec drame, pleurs, toute la chierie&nbsp;? Elle avait eu dr\u00f4lement raison, oui.<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Quatri\u00e8me volet de ses \u0153uvres autobiographiques (apr\u00e8s <em>Les Ritals<\/em>, <em>Les Russkoffs<\/em> et <em>B\u00eate et m\u00e9chant<\/em>), <em>Les Yeux plus grands que le ventre<\/em> raconte sa cinquantaine, quand Cavanna se retrouve \u00e0 mener une double vie \u2014 c\u2019est \u00e0 dire une vie qui serait simple si elle n\u2019\u00e9tait partag\u00e9e entre deux femmes.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Nous sommes b\u00eates avant que d\u2019\u00eatre hommes. L\u2019amour n\u2019est pas ce qui fait de l\u2019homme une b\u00eate avec quelque chose en plus. L\u2019amour est, avec la faim, la soif et la peur, la pulsion la plus primitive des hommes, la plus bestiale. Ne refusons pas d\u2019\u00eatre une b\u00eate l\u00e0 o\u00f9 c\u2019est de la b\u00eate qu\u2019il s\u2019agit. C\u2019est quand est solidement assur\u00e9e la base, c\u2019est-\u00e0-dire que nous est donn\u00e9 de surcro\u00eet le d\u00e9cisif petit quelque chose en plus qui fait de nous la b\u00eate de pointe&nbsp;: l\u2019homme. Assumons en nous la b\u00eate, ainsi serons-nous d\u2019autant mieux hommes.<\/p><p>Mon amour est amour de b\u00eate. [\u2026]<\/p><p>Mon amour est celui du chien qui hurle \u00e0 la lune pour une chienne en chaleur dont l\u2019exaltante puanteur, par del\u00e0 les kilom\u00e8tres, l\u2019arrache \u00e0 la gamelle, \u00e0 la servitude b\u00e9ate, et le jette sur les chemins, redevenu loup, pr\u00eat \u00e0 tuer.<\/p><p>La vulve de la chienne appelle deux fois l\u2019an. Celle de la femme appelle chaque jour. Chaque jour, chaque nuit, \u00e0 chaque instant.<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Si seulement les amours humaines \u00e9taient aussi simples que les amours canines&nbsp;! Mais voil\u00e0, nous sommes une esp\u00e8ce compliqu\u00e9e. Nos enfants naissent si fragiles, si d\u00e9pendants, et sont si longs \u00e0 atteindre la pubert\u00e9, que nous ne pouvons pas nous contenter de copuler quand \u00e7a nous prend puis retourner courir les bois et hurler \u00e0 la Lune. La femme, en tout cas, cherche \u00e0 impliquer l\u2019homme dans l\u2019entretien d\u2019un nid et l\u2019\u00e9levage d\u2019une prog\u00e9niture qui n\u2019est pas toujours la sienne. Ou au moins dans une sorte de relation de couple stable. Que ce d\u00e9sir f\u00e9minin soit contradictoire avec le choix d\u2019un homme d\u00e9j\u00e0 pourvu d\u2019une compagne et d\u2019enfants ne semble nullement les d\u00e9courager. Cet homme est d\u00e9j\u00e0 pris par une autre, n\u2019est-ce pas la preuve de sa valeur&nbsp;? De sa capacit\u00e9 \u00e0 fonder une famille&nbsp;? Et voil\u00e0 comment Cavanna s\u2019effor\u00e7a de passer des vacances simili-familiales avec sa divorc\u00e9e de trente-cinq ans et le gamin du mec pr\u00e9c\u00e9dent.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Le petit Bruno savait vouloir, ce qui ne l\u2019emp\u00eachait pas d\u2019\u00eatre un gar\u00e7on plein d\u2019humour. Il appelait sa maman \u00ab&nbsp;Gabrielle&nbsp;\u00bb, comme un vaillant petit pionnier des temps nouveaux qui a pour m\u00e8re une copine et pour s\u0153ur la pilule. Par l\u00e0-dessus, sensible \u00e0 l\u2019extr\u00eame. Il n\u2019avait jamais pu \u00e9couter jusqu\u2019au bout l\u2019histoire du vilain petit canard&nbsp;: quand le petit canard est si malheureux, abandonn\u00e9 de tous, m\u00e9pris\u00e9, honni, Bruno \u00e9clatait en sanglots et refusait d\u2019entendre la suite, persuad\u00e9 qu\u2019elle serait encore pire.<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Pauvre petit canard. Mais parlons des vacances&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>En profondeur aussi, la vie avait fantastiquement chang\u00e9. Pas seulement par l\u2019irruption de la t\u00e9l\u00e9, de la hi-fi, de la bagnole pour tous, de l\u2019automation, de l\u2019informatique\u2026 Bien plus encore par ce qu\u2019il est convenu d\u2019appeler \u00ab&nbsp;l\u2019\u00e9l\u00e9vation du niveau de vie&nbsp;\u00bb, et qui est, en fait, la survenue du luxe dans les vies les plus modestes, du luxe aussit\u00f4t ressenti comme n\u00e9cessit\u00e9 vitale. On n\u2019a pas seulement des vacances, cette r\u00e9volution-l\u00e0 \u00e9tait faite depuis lurette, ni m\u00eame seulement davantage de vacances. Les vacances doivent \u00eatre une plong\u00e9e dans la vie excitante, un \u00e9pisode de cin\u00e9ma, ce qui signifie&nbsp;: claquer du fric. Les bords de mer en juillet-ao\u00fbt, les stations d\u2019hiver \u00e0 No\u00ebl et \u00e0 P\u00e2ques sont d\u2019\u00e9normes jardins d\u2019enfants pour adultes, \u00e9quip\u00e9s de tous les joujoux compliqu\u00e9s, aux couleurs violentes, qu\u2019il faut pour que l\u2019ennui ne risque pas d\u2019effleurer les chers petits, ni qu\u2019ils aient d\u2019initiative \u00e0 prendre autre que celle de tirer du portefeuille la carte de cr\u00e9dit. Et si, de naturel farouche, tu cherches la paix et la solitude, il t\u2019en co\u00fbtera beaucoup plus cher encore, car c\u2019est l\u00e0 le luxe supr\u00eame.<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Les enfants fragiles et les vacances-consommation r\u00e9sum\u00e9s en un paragraphe chacun&nbsp;: Cavanna savait observer&nbsp;! Le livre fut publi\u00e9 en 1983. Ainsi l\u2019infantilisation des soci\u00e9t\u00e9s occidentales \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 bien visible. Air BnB, RyanAir et Eurodisney viendraient plus tard \u00ab&nbsp;extraire de la valeur&nbsp;\u00bb de la m\u00eame mine de d\u00e9sirs attard\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Passons aux choses s\u00e9rieuses. Celles que Cavanna comprend mal.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>J\u2019ai entre-temps connu d\u2019autres femmes \u2014 oui, je t\u2019ai \u00ab&nbsp;tromp\u00e9e&nbsp;\u00bb, Gabrielle, souvent \u2014 qui me voulaient, que je voulais, or mon d\u00e9sir, pourtant ardent et fouett\u00e9 par la nouveaut\u00e9 et le plaisir de plaire, ne passait pas de ma t\u00eate \u00e0 mon bas-ventre. Nou\u00e9e l\u2019aiguillette. Quelque chose en moi qu\u2019il fallait rassurer. Ne reste plus qu\u2019\u00e0 sauver la face, ce qui \u00e0 vrai dire n\u2019est plus le probl\u00e8me que \u00e7a a \u00e9t\u00e9, les femmes sont de nos jours suffisamment averties pour que la baise ne soit plus \u00e0 chaque fois un test de virilit\u00e9. Ce que c\u2019est bon, les femmes, depuis qu\u2019elles ont d\u00e9cid\u00e9 d\u2019\u00eatre nos conqu\u00e9rantes et nos mamans. Vous ne pouvez pas savoir&nbsp;! Il faut les avoir connues AVANT et maintenant pour appr\u00e9cier.<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Je connais ce discours. J\u2019ai un ami une pinc\u00e9e d\u2019ann\u00e9es plus jeune que Cavanna (et encore vivant) qui me le tiens r\u00e9guli\u00e8rement&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ah, vous avez de la chance d\u2019\u00eatre n\u00e9 <em>apr\u00e8s<\/em> la lib\u00e9ration sexuelle. Vous n\u2019imaginez pas comme c\u2019\u00e9tait frustrant d\u2019\u00eatre un jeune homme <em>avant<\/em>.&nbsp;\u00bb Je l\u2019imagine volontiers. Mais les hommes de cette g\u00e9n\u00e9ration se font des illusions sur la vie sexuelle de la plupart des hommes de maintenant. Surtout, Cavanna passe \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019un truc \u00e9vident&nbsp;: qu\u2019est-ce qui a bien pu mettre dans son lit tant de femmes \u00e0 cette \u00e9poque, \u00e0 commencer par son amante r\u00e9guli\u00e8re&nbsp;? La c\u00e9l\u00e9brit\u00e9, pardi&nbsp;! \u00c0 la p\u00e9riode racont\u00e9e dans ce livre, les ann\u00e9es 1970, il n\u2019est plus trieur de lettres aux P.T.T., vendeur de l\u00e9gumes ou apprenti ma\u00e7on. C\u2019est Cavanna, bordel&nbsp;! Le fondateur de Hara-Kiri et Charlie Hebdo. \u00c0 chaque fois qu\u2019il apporte le dernier num\u00e9ro \u00e0 sa m\u00e8re hospitalis\u00e9e, les toubibs et doctoresses s\u2019arrachent le journal. Gabrielle est venue le trouver, lui, \u00e0 la r\u00e9daction de Charlie, sous pr\u00e9texte de chercher des conseils \u00e9ditoriaux pour son fanzine. Et notre brave Cavanna se persuade que toutes les opportunit\u00e9s de baise qui viennent lui montrer du d\u00e9collet\u00e9 et de la croupe le font parce que les m\u0153urs ont chang\u00e9&nbsp;! Balivernes, Fran\u00e7ois&nbsp;! Ba-li-ver-nes.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Pourquoi le cul \u2014 je mets dans ce mot cul et c\u0153ur, tous les \u00e9mois de l\u2019amour, c\u2019est tout un \u2014 pourquoi le cul ne se contente-t-il pas d\u2019\u00eatre la chose fabuleusement d\u00e9lectable, excitante, fantasmatique et motivante qu\u2019il est&nbsp;? Je dis sensations, sentiments, conqu\u00eate, strat\u00e9gie, victoire, d\u00e9ceptions, exaltation de toute la fibre\u2026 Pourquoi met-il soudain en jeu la vie&nbsp;? Pourquoi la famille&nbsp;? Pourquoi au bout de la queue et du frisson amoureux, y a-t-il les gosses, la contrainte, les traites, les vacances, la responsabilit\u00e9, l\u2019ulc\u00e8re, l\u2019habitude, les cha\u00eenes et les fers&nbsp;? Pourquoi faut-il tant ruser pour ne pas se retrouver pieds et poings li\u00e9s en mariage ou collage&nbsp;? Pourquoi ne sait-on pas tout cela d\u2019instinct et l\u2019apprend-t-on \u2014 quand on l\u2019apprend&nbsp;! \u2014 que lorsqu\u2019il est trop tard et la b\u00eate en cage&nbsp;!<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Je t\u2019interromps, Fran\u00e7ois&nbsp;: tu sais tr\u00e8s bien pourquoi. Nous ne serions pas l\u00e0 pour en discuter si le plaisir \u00e9tait autonome de la reproduction. C\u2019est parce qu\u2019il faut des familles pour \u00e9lever les enfants qu\u2019existent le d\u00e9sir ET l\u2019attachement. Chez les poissons la femelle pond ses ovules et le m\u00e2le qui passe par l\u00e0, apr\u00e8s avoir d\u00e9rouill\u00e9 ses rivaux moins agressifs, \u00e9jacule copieusement dans l\u2019eau. Ensuite&#8230; <em>C<\/em><em>iao be<\/em><em>ll<\/em><em>a<\/em>&nbsp;! On ne fait pas plus bref, comme vie de famille. La plupart des alevins se font bouffer avant de devenir poisson. \u00c7a vaut peut-\u00eatre mieux, quand on a eu un p\u00e8re pareil.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Axiome de beauf\u2019&nbsp;:<\/p><p>Les femmes veulent se faire planter des gosses dans le ventre. Les hommes veulent se vider les couilles.<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0, tu peux le dire comme \u00e7a. C\u2019est la nature. Et comme tu n\u2019as pas renonc\u00e9 \u00e0 te vider les couilles dans le \u00ab&nbsp;gros doux cul&nbsp;\u00bb de Gabrielle, elle n\u2019a pas renonc\u00e9 \u00e0 se faire f\u00e9conder par l\u2019homme de son d\u00e9sir, toi. La contraception, c\u2019est bon pour les hommes qu\u2019une femme ne d\u00e9sire pas vraiment&nbsp;: ceux qui re\u00e7oivent un peu de sexe en \u00e9change de multiples services, de pr\u00e9f\u00e9rence aux phases les moins f\u00e9condes du cycle menstruel. Si elle te veut, si tu semble sa meilleure option masculine dans l\u2019existence, elle ne saura pas plus se retenir d\u2019\u00eatre f\u00e9cond\u00e9e que toi d\u2019\u00e9jaculer.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00ab&nbsp;J\u2019ai cru que tu \u00e9tais d\u2019accord. Que tu avais compris \u00e0 quel point c\u2019est vital pour moi.&nbsp;\u00bb<\/p><p>Elle est blanche. Ses l\u00e8vres tremblent<\/p><p>\u00ab&nbsp;Gabrielle, je vais avoir soixante ans.<\/p><p>\u2014 Mais tu n\u2019AS pas soixante ans&nbsp;! Et puis ton \u00e2ge, je m\u2019en fous&nbsp;! Est-ce que je t\u2019aime comme un d\u00e9chet, comme un pis-aller&nbsp;? J\u2019ai besoin d\u2019un enfant&nbsp;! J\u2019ai toujours voulu \u00eatre entour\u00e9e d\u2019enfants&nbsp;! Tu me refuses tout, la vie commune, une maison o\u00f9 tu serais autre chose qu\u2019un passant, tu me refuses m\u00eame de r\u00eaver d\u2019avenir\u2026 L\u2019enfant, j\u2019en ai besoin. Dans mon ventre. Dans ma vie. Qu\u2019est-ce que \u00e7a peut te faire&nbsp;? Tu serais assez salaud pour me refuser \u00e7a&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Je dois dire que j\u2019aime beaucoup Cavanna&nbsp;: sa franchise, sa finesse, son style, ses histoires de cul, mais\u2026 pas sa complaisance envers lui-m\u00eame. Se plaindre \u00e0 longueur de pages (avec une abondance de d\u00e9tails) d\u2019\u00eatre \u00e9cartel\u00e9 entre deux femmes, rendre les deux malheureuses et autant lui-m\u00eame, culpabiliser \u00e0 s\u2019en cogner la t\u00eate contre les murs, passer des nuits blanches au bord du lit \u00e0 ruminer son impasse pour finalement ne jamais tenter d\u2019en sortir\u2026 C\u2019est tout ce dont je ne veux pas dans ma vie. L\u2019impuissance. L\u2019irr\u00e9solution. Le remord. J\u2019aurais davantage piti\u00e9 de la faiblesse si j\u2019avais toujours \u00e9t\u00e9 fort, mais je fus longtemps pitoyable et je supporte mal, d\u00e9sormais, le spectacle de la veulerie. C\u2019est pour cela que je veux comprendre les raisons de nos tourments sexuels et sentimentaux. Pour agir. Ou au moins pour choisir. Malgr\u00e9 tout son talent d\u2019observateur, Cavanna ne comprenait pas ses femmes. Il lui manquait une th\u00e9orie du d\u00e9sir f\u00e9minin qui aurait reli\u00e9 ses observations dans un mod\u00e8le.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>La femme a besoin, fonci\u00e8rement besoin, d\u2019admirer l\u2019homme qu\u2019elle aime. Chez elle, l\u2019admiration pr\u00e9c\u00e8de l\u2019amour. Elle aime parce qu\u2019elle admire. [&#8230;]<\/p><p>L\u2019homme n\u2019a nul besoin d\u2019admirer une femme pour l\u2019aimer. Il se joue moins la com\u00e9die, n\u2019essaie pas d\u2019id\u00e9aliser, s\u2019abandonne en bon cochon \u00e0 l\u2019appel de ses glandes.<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Quand bien m\u00eame on lui aurait apport\u00e9 cette th\u00e9orie, la \u00ab&nbsp;pilule rouge&nbsp;\u00bb ne serait pas pass\u00e9e. Il l\u2019aurait refus\u00e9e, comme il refusait juste apr\u00e8s les avoir \u00e9nonc\u00e9es les explications du monde contemporain que lui procurait fr\u00e9quemment son intuition. Trop r\u00e9volt\u00e9, trop libertaire pour accepter le monde tel qu\u2019il est. Trop \u00e9bloui par les femmes, aussi. Cavanna est un homme qui ne pouvait \u00eatre sauv\u00e9 de lui-m\u00eame. Comme il a eu une descendance nombreuse et une bonne part de baise, on ne le plaindra pas trop. Mais toi, mon lecteur&nbsp;? Es-tu homme \u00e0 tourner en rond toute ta vie&nbsp;? Ou es-tu capable d\u2019avaler la pilule am\u00e8re et d\u2019abandonner tes illusions&nbsp;? Pr\u00e9f\u00e8res-tu le confort du malheur ou la duret\u00e9 de la joie&nbsp;? Veux-tu \u00eatre un homme, ou juste un petit homme triste&nbsp;?<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Oui, je sais qui \u00e9tait Fran\u00e7ois Cavanna. Mais je ne l\u2019avais pas lu, jusqu\u2019ici. Ce sont des choses qui arrivent&nbsp;: on inscrit un nom sur la longue liste mentale des auteurs dont on devrait t\u00e2ter la prose, et puis l\u2019occasion ne se pr\u00e9sente pas. Pendant des ann\u00e9es. On n\u2019y pense&hellip;<\/p>\n<p><a class=\"excerpt-readmore\" href=\"https:\/\/leseffrontes.fr\/index.php\/2022\/05\/28\/les-yeux-plus-grands-que-le-ventre\/\">Read More<\/a><\/p>","protected":false},"author":2,"featured_media":975,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"twitterCardType":"","cardImageID":0,"cardImage":"","cardTitle":"","cardDesc":"","cardImageAlt":"","cardPlayer":"","cardPlayerWidth":0,"cardPlayerHeight":0,"cardPlayerStream":"","cardPlayerCodec":"","footnotes":""},"categories":[1],"tags":[63],"class_list":["post-974","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-opinions","tag-livre","odd"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/leseffrontes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/974","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/leseffrontes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/leseffrontes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leseffrontes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leseffrontes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=974"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/leseffrontes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/974\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1105,"href":"https:\/\/leseffrontes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/974\/revisions\/1105"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leseffrontes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/975"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/leseffrontes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=974"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/leseffrontes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=974"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/leseffrontes.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=974"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}