Branle-bas de combat ! En plus de la menace de Vladimir Poutine, Donald Trump et Elon Musk, de la grogne des agriculteurs, des réseaux sociaux charriant leur flot de fausses nouvelles non certifiées, de l’injuste contestation de notre bien aimé président par de déplorables imbéciles quasi-fascistes, de l’assaut chinois et sournois contre notre industrie, de l’effronterie des actifs rechignant à cotiser pour la courageuse génération du baby-boom, et du refus des jeunes de redresser la courbe de natalité dans leur studette, la France pourrait être la cible d’un nouveau danger terrifiant : le terrorisme masculiniste, la misogynie armée, le machisme au couteau entre les dents !
Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a dénoncé la montée en puissance d’une menace « décomplexée », après les attaques visant le numéro national 3919. […]
« Les dispositifs applicables en matière de terrorisme seront appliqués, à la fois s’agissant des subventions et s’agissant des référencements de ces sites qui peuvent inciter à la haine et à la violence », a prévenu le locataire de Beauvau.
« Mouvance “incel” : des dispositifs antiterroristes seront utilisés contre des sites masculinistes », Le Parisien, février 2025
En effet, la terreur masculiniste ravage déjà notre pays. Nous avons dressé la liste horrifiante de leurs exactions. La voici mais, soyez-en averti avant de continuer votre lecture, c’est une boucherie que nous avons le devoir de décrire ici.
Premier cas :
Selon la procureur de la République de Bordeaux, les enquêteurs ont reçu le 14 mai [2024] un signalement de la plateforme PHAROS « qui avait détecté un message inquiétant pouvant correspondre à une apologie de crime et faisant référence à la tuerie de masse survenue en Californie le 23 mai 2014 », qui a fait six morts et quatorze blessés.
La publication faisait référence à Elliot Rogers, auteur de la fusillade, et ancien membre du groupe communautaire des “incels”, le mouvement des “célibataires involontaires”, une communauté en ligne d’hommes célibataires à la rhétorique misogyne et haineuse.
L’auteur du message, Alex G., est alors interpellé le mardi 21 mai et placé en garde à vue pour « apologie de crime ». Interrogé, il a reconnu avoir envisagé « un passage à l’acte, sans lieu déterminé, suite à une agression subie » selon le parquet. En perquisition, un revolver gom-cogne, un ordinateur et plusieurs téléphones ont été saisis.
Selon une source proche du dossier, « au cours de son audition, il confirmait son fanatisme vis-à-vis du tueur de masse Elliot Rogers, sa sympathie pour le courant “incel” et son aversion pour les femmes. Il évoquait un projet de tuerie de masse se terminant avec sa propre élimination le 23 mai 2024, jour du passage de la flamme olympique à Bordeaux, cette date coïncidant avec les dix ans de la tuerie de masse perpétrée aux USA. » A la fin, « il a déclaré qu’il n’aurait jamais eu le courage de passer à l’acte », précise le parquet de Bordeaux.
« “Projet de tuerie de masse” à Bordeaux : le suspect placé sous contrôle judiciaire, le parquet interjette appel », France Bleu, mai 2024
Résumé :
- Le gus est accusé d’avoir fait l’apologie d’un crime, c’est à dire d’avoir ouvert sa grande gueule sans réfléchir. C’est mal, mais il n’y a pas mort d’homme (ni de femme).
- Il possède une arme de défense non létale de catégorie C que n’importe qui peut obtenir avec un certificat médical et un casier vierge. Difficile de commettre une « tuerie de masse » avec des balles en caoutchouc.
Second cas :
Pas d’information disponible. Ce serait un garçon de 17 ans, ayant eu lui aussi un « projet d’attentat ». Ce « projet » était-il davantage que des mots inconsidérés ?
Troisième cas :
C’est une première en France. Jamais, jusqu’à présent, la justice française n’avait mis en examen un homme pour un projet d’attentat d’inspiration exclusivement masculiniste, dite « incel » (contraction de l’expression involuntary celibate, « célibataire involontaire »). Un lycéen de 18 ans a été interpellé à Saint-Étienne et mis en examen, mardi 1er juillet [2025], pour association de malfaiteurs terroriste en vue de la préparation d’un ou plusieurs crimes d’atteinte aux personnes. Il a été incarcéré à l’issue de son audience devant un juge des libertés, mardi soir au tribunal judiciaire de Paris, a rapporté l’Agence France-Presse (AFP).
Timoty G. avait été interpellé vendredi par des policiers de la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), le service consacré à la lutte antiterroriste en France. Au moment de son interpellation, près du lycée public qu’il fréquente, le jeune homme portait deux couteaux dans son sac. Il n’a pas caché son adhésion aux thèses « incel » et sa consultation assidue de vidéos d’influenceurs masculinistes, notamment sur le réseau social TikTok.
« Projet d’attentat masculiniste déjoué : une première en France, où la menace “incel” est émergente », Le Monde, juillet 2025
Résumé :
- Un individu est mis en cause pour association de malfaiteurs, etc. On aimerait en savoir plus sur ces autres malfaiteurs, mais la presse est muette à ce sujet. S’agit-il des auteurs des vidéos que regardaient ce jeune homme ? Sont-ils incriminés également ? Peut-on constituer une association de malfaiteurs tout seul ?
- Deux couteaux dans son sac… C’est au moins un de trop, mais c’est loin d’être un arsenal très approprié à une tuerie. C’est très bien que la police rappelle à l’ordre un jeune homme psychologiquement échauffé, mais est-ce que cela mérite d’être qualifié de terrorisme ? Quelle différence avec un quelconque paumé ayant des velléités de violence ?
Bref, le terrorisme masculiniste en France est jusqu’à présent bien piteux : zéro attentats ! (Mais plus d’une centaine d’articles de presse pour s’en émouvoir quand même.)
Comme en Amérique ?
Aux États-Unis et au Canada, les cas d’attentats misogynes ont été beaucoup plus sérieux — ils ne sont pas restés à l’état de projets.
- 1989, Marc Lépine, École Polytechnique de Montréal (Canada), bilan : 14 morts.
- 2014, Elliot Rodger, Isla Vista (Santa Barbara, Californie, États-Unis), bilan : 6 morts.
- 2015, Christopher Harper-Mercer, fusillade d’Umpqua Community College (Roseburg, Oregon, États-Unis), bilan : 9 morts.
- 2018, Alek Minassian, attaque à la camionnette de Toronto (Canada), bilan : 10 morts.
- 2018, Scott Beierle, fusillade au studio de yoga Tallahassee (Floride, États-Unis), bilan : 2 morts.
- 2020, attaque à la machette à Toronto (Crown Spa, Canada), bilan : 1 mort.
Au total, depuis les années 1980, le terrorisme misogyne aurait causé entre 40 et 60 morts. Sur la même période, le bilan du terrorisme toutes causes confondues est estimé entre 3.000 et 4.000 morts, dont la majeure partie a résulté des attentats du 11 septembre 2001 (2.977 morts ). Sur la même période, les homicides cumulés aux États-Unis et au Canada sont estimés dans une fourchette de 820.000 à 870.000 morts (très majoritairement aux États-Unis). Autrement dit, la mortalité résultant des attentats misogynes représente à tout casser 2% de celle des divers attentats terroristes et 0,007% de la mortalité par homicide. Si la couverture médiatique des crimes était proportionnée à leur bilan objectif, on n’en parlerait même pas. Mais, bien sûr, la nature de certains crimes et leur exceptionnalité déclenche des réactions émotionnelles sans rapport avec leur impact réel.
Qu’est-ce qui différencie un attentat d’un simple homicide ? Les motifs déclarés des criminels ne me semble pas un critère très sûr ; un vernis de justification politique peut embellir n’importe quel pétage de plomb sanglant dans l’esprit de son auteur. Il serait raisonnable de classer les criminels solitaires dans une catégorie bien différente des membres d’organisations terroristes. Seulement voilà : la terreur fait vendre du papier, génère de l’audience, facilite l’extension des prérogatives de l’administration et de ses prestataires, oriente des flux de subventions vers toute sorte d’organismes pontifiants et d’experts en confirmation subjective, et joue un rôle central dans la réélection des politiciens faisant le spectacle de leur fermeté bien orientée.
Aurons-nous à déplorer des victimes d’attentats misogynes en France ? C’est très probable. Dans le cas tout récent de Timoty G., qualifié triomphalement de « première en France », c’est l’étiquette « projet d’attentat d’inspiration exclusivement masculiniste » qui fait tout le sel de cette non-affaire. Dans l’avenir, on trouvera bien quelques crimes d’ahuris pouvant être présentés comme le fruit d’une idéologie masculiniste aux obscures et répugnantes tentacules. Les médias vont adorer, les chargés de communication des services compétents se sentiront dans la tendance, les Hauts Comités à la Distribution de Subventions Déguisés y trouveront toujours plus d’arguments pour qu’on augmente leur budget, et les politiciens et politiciennes abonderont dans le sens du vent qui, comme on sait, et entièrement responsable de l’orientation des girouettes.
Une question intrigante : pourquoi les incels ne sont-ils pas plus violents ?
La question est posée très sérieusement par le fameux chercheur en psychologie David Buss :
Pourtant, on n’observe pas de pic de violence correspondant à l’augmentation des taux d’abstinence sexuelle. Compte tenu de ce que nous savons du « syndrome du jeune mâle », la question la plus intrigante est : pourquoi n’y a-t-il pas plus de violence chez les incels ?
Fleischman suggère que les mécanismes de recherche de statut des hommes modernes pourraient être détournés et sapés par les « mondes virtuels », tels que les jeux vidéo et la pornographie. La pornographie peut fournir aux hommes de faux signaux indiquant que leurs besoins sexuels sont satisfaits, à moindre coût par rapport à l’anxiété induite par le marché sexuel concurrentiel dans la vie réelle. Les signaux suggérant que les stratégies risquées ne sont pas nécessaires pour réussir à se reproduire affaiblissent la motivation derrière ces pulsions. Cela pourrait expliquer la diminution observée des taux d’agressions sexuelles associée à la prévalence croissante de la pornographie.
Nous proposons une hypothèse spéculative pour expliquer pourquoi il ne semble pas y avoir de pic correspondant de violence, sexuelle ou non, parallèlement à l’augmentation des taux d’abstinence sexuelle. Nous proposons ce qui a été appelé dans les médias populaires « l’hypothèse de la sédation masculine », selon laquelle les « mondes virtuels » ont un effet apaisant sur le potentiel de violence des jeunes hommes abstinents, en atténuant peut-être la motivation de s’engager dans la compétition pour trouver une partenaire dans la vie réelle.
David Buss & William Costello, « Why isn’t There More Incel Violence? », Adaptive Human Behavior and Physiology, 2023
Pensez-y, à chaque fois que des femmes réclament de limiter l’accès à la pornographie : c’est pratiquement demander que les hommes se montrent plus impliqués dans la compétition pour les faveurs des femmes. Le pire « terroriste » masculin, voyez-vous, n’est pas le garçon qui rumine des idées de violence, c’est celui qui hausse les épaules et se dispense d’aligner son existence sur les exigences féminines. Pour l’heure, ce n’est pas répréhensible : profitez-en !

