L’Effrontée du mois de mars 2025 : Lilou

On doit conclure à ce stade que l’une des variables les plus prédictives de la probabilité qu’un couple se sépare est le nombre de femmes dans le couple. Cela dément le cliché des épouses demandant le divorce bien malgré elles, parce que leur époux est nul et qu’elles attendent légitimement une « qualité de la relation » que l’homme — ce gros lourdaud — serait incapable de donner.

Tancrède Bastié, « Pourquoi les femmes demandent-elles plus souvent le divorce que les hommes ? »

— J’suis K.O., t’as sorti des chiffres des Pays-Bas, sans même connaître le contexte socio-culturel, sans même savoir qui a fait l’étude, etc. Vous être vraiment plus bêtes que je ne le pensais, putain !

— Lilou ?

— Quoi, maman ?

— Tu devrais mettre la couette pour dormir. Il fait encore froid à cette saison.

— Mais j’ai pas dormi, m’man ! Ils me prennent la tête les mascus, sur les réseaux. Faut voir comment les stats sont calculées. Si les stats prennent en compte les divorces avant le couple lesbien (dans le cas où une hétéro se découvrirait lesbienne) ou s’ils prennent en compte seulement les divorces entre deux femmes. Après faut voir le bon côté : ça montre que les femmes sont plus aptes à se dégager des situations de vie malsaine et toxique que les hommes. Pas sûre de croire non plus la source, vu la bonne phrase de bon mascu complètement con.

— Lilou ?

— Quoi, maman ?

— Ton amie, elle ne devrait pas dormir assise. Elle va avoir mal au cou en se réveillant.

— Elle s’est endormie pendant que je lui racontais comme les hommes sont cons. Surtout les mascus.

— N’empêche, elle risque de se faire mal. On dort mieux allongée dans un bon lit. Tu t’en rendras compte en vieillissant. Et puis avec une bonne couette…

— Mais j’sais, maman ! Me prends pas la tête ! J’ai déjà assez des mascus qui me harcèlent. Les couples toxiques, c’est pas forcément les hommes, mais tout le spectre masculin. Les lesbiennes, pour le coup, elles sont très masculines. Il est parfois compliqué de les différencier de vrais mecs. Mais c’est pas tellement le sujet. Je dis que le problème c’est la masculinité et que les femmes arrivent plus facilement à se détacher des relations. Les hommes sont bien plus dépendant des relations, gays ou non.

— Lilou ?

— Quoi, maman ?

— Vous prendrez quoi pour déjeuner, ton amie et toi ? Il est déjà 11h et il faut que j’aille faire les courses.

— Mais j’en sais rien ! Ce que tu veux… J’ai pas faim, ils m’ont énervé. La différence ne peut pas être si grosse puisque y’a une majorité d’héteros pour une minorité de lesbiennes et une minorité de lesbiennes mariées. D’autant plus que le taux de lesbiennes est très minime dans le monde, surtout des femmes mariées. On peut pas comparer 10% de 6 milliards d’héteros à 15% de 20 lesbiennes.

— Lilou ?

— Quoi, maman ?

— Dans l’article ils disent que « sur les 580 couples de lesbiennes qui se sont mariées en 2005, 30 % étaient divorcées dix ans plus tard. » C’est pas 20 lesbiennes, c’est 580. Et puis c’est pareil en Grande-Bretagne, en Norvège, en Suède, au Danemark…

— J’le crois pas ! Maman ! Tu lis les blogs mascus ?

— Et bien, je voulais comprendre de quoi ça parlait. Alors j’ai cherché la citation dans l’ordinateur et j’ai pu lire l’article en entier. Je n’étais pas surprise : les femmes ne sont pas faciles à vivre, nous le savons toutes. Alors deux femmes ensembles…

Phèdre, par Alexandre Cabanel
Illustration : Phèdre, par Alexandre Cabanel, 1880

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