— Narcisse ? Narcisse ? Tu ne m’écoutes pas.
— …
— Je suis toute seule avec toi et tu ne me regarde pas. Tu ne me regarde pas.
— …
— Je ne sais pas pourquoi tu m’as entraînée loin de la fête. Tu m’ignores. Oui, tu m’ignores. Tu restes là, à te regarder dans l’eau. Dans l’eau, comme ça, à te regarder. Hypnotisé. Hypnotisé par ton reflet, là, dans l’eau.
— …
— Tu es beau, Narcisse. Ô Narcisse, que tu es beau ! Mais tu m’ignores. Pas un regard pour moi depuis que nous sommes partis loin de la fête. Si loin de la fête. J’espérais… de l’audace. J’étais prête. Je n’ai pas fait de difficultés, pas beaucoup de difficultés, pas beaucoup. Tu marchais d’un pas pressé, j’avais peine à te suivre. Je croyais que tout irais vite, fougueusement, là… au bord de l’eau. Tout au bord de l’eau.
— …
— Regarde-moi, Narcisse, je t’en prie. J’ai fait glisser un moitié de ma robe pour toi. Rien que pour toi. Tu aimerais ce que je t’offre si tu regardais vers moi. Si seulement tu regardais… Narcisse ? Mon sein ne t’émeut pas ?
— …
— Narcisse ? Mon dos n’est-il pas ravissant ? Mes hanches ? Narcisse ? Juste un regard, je t’en prie ! Rien qu’un regard pour moi !
— Beuh… Beeeuuuuaarh !
— Narcisse ! Qu’as-tu ?
(Il vomit)
— Par Zeus ! Tu me vomis ? Je… Je suis…
— Je suis soulagé ! Ça ne voulait pas sortir, je n’en pouvais plus. Qu’est-ce que tu disais, Écho ?
— Mais pourquoi ? Pourquoi ?
— Oh, j’ai un peu abusé durant ces fêtes : apéro chez Dyonisos, banquet des Dieux à l’Olympe, after chez Poséidon — que des trucs au poisson. Et puis la soirée chez Circée… Qu’est-ce qu’on s’est mis dans le nez ! Mais le pire, c’était aujourd’hui : comme j’avais tous ces doggy bags à finir j’ai fait revenir le cuissot de biche du banquet dans la confiture de lie de vin de Dyonisos, en mélangeant avec les sardines au chocolat et la morue aux fraises de Poséidon, une poignée de champignons raflée chez Circée et le reste de chou-fleur au gratin de maman…
— Beuh… Beeuuah…
— Écho, t’es malade ?


