L’Effrontée du mois de février 2026 : Hébé

— Je n’en peux plus… j’ai l’impression que ma charge mentale m’épuise aussi bien mentalement que physiquement. Tous les jours, je dois penser à tout : l’accord de couleur vin rouge sur viande rouge, vin blanc sur poisson blanc… Et puis les vins rosés, clairets, jaunes et oranges, grenats, tuilés, rubis, fauves. Carafer, décanter, chambrer, tenir les champagnes au frais…

— Hébé ! Qu’est-ce que tu fais ? Viens !

— Je me lève à l’aube pour visiter les caves, surveiller la fermentation, goûter les assemblages. Je me hâte pour être prête au service du déjeuner, pour préparer les vins du dîner, pour l’apéritif, pour l’entrée, le poisson, le rôti, le gibier, le fromage, le dessert, le pousse-café. Puis c’est l’after jusqu’à pas d’heure.

— Héééébéééé ! On a soif !

Dionysos me fait des œillades en me proposant des rabais, Hermès plaisante de loin en me reluquant, Héphaïstos se tripote sous la table, et Ganymède complote auprès de Zeus pour me remplacer.

— Hébé, reviens ! On t’aimeeeeuh !

— Et soudain, épuisée, je marche sur ma robe… Devant tous ces cochons ! Je n’en peux plus. Je dois m’occuper de mes fils pendant qu’Héraclès engrosse des mortelles. À lui les travaux glorieux, à moi la tâche de servir le vin à la table des Dieux. Échansonne… peuh ! Serveuse, tout au plus, et sans pourboires.

— HÉBÉÉÉ ! Tu viens nom de moi ? Nos verres sont vides depuis trop longtemps. Arrête de bouder ! C’est l’Olympe, ici : on en a vu des culs avant le tiens !

— Je vais m’en aller. Je vais m’installer chez Hadès et Perséphone. Je monterai un salon de thé végane et une librairie militante inclusive, je crois qu’il n’y en a pas là-bas.

Illustration : Le Songe d’Hébé ou Hébé après la Chute, par Hughes Merle, 1880

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