Que changerait une forte réduction de l’immigration en France ?

Que changerait vraiment une forte réduction de l’immigration en France ? Effondrement immédiat de la criminalité, économies massives, remontée express au classement PISA : tout cela… n’arriverait pas ! Si vous y croyez, aurez-vous le courage de lire ce billet ?

Mes lecteurs le savent, je porte un regard assez critique sur notre politique migratoire actuelle. Mais il ne faut pas penser pour autant que la réduction des flux, ou même « l’immigration zéro » ferait de la France un eldorado. Pour quatre raisons, que nous allons voir ensemble.

Pas la majorité des individus à problèmes

Les étrangers restent loin de représenter la majorité des criminels, chômeurs, élèves en difficultés, etc. Avant de me reprocher en commentaires d’être un militant fanatique pro-immigration, laissez-moi développer un exemple : les homicides.

Oui, les étrangers issus de pays hors UE sont nettement surreprésentés dans les mis en cause pour homicides. Leur taux de mis en cause est plus de deux fois plus élevé que celui des personnes de nationalité française. Et c’est évidemment un problème

Cependant, il est vrai aussi que les étrangers ne représentent que 17% des mis en cause pour homicides (idem pour les condamnés). Vous allez comprendre où je veux en venir.

Imaginez une politique aussi radicale et irréaliste que l’expulsion immédiate de la totalité des 5.613.900 étrangers vivant en France. Avec effet immédiat, le nombre d’homicides ne serait réduit que de 17%. Et on reviendrait à peu près au nombre d’homicides de… 2017 !

En effet, la France n’est pas dans la même configuration que l’Allemagne, où les étrangers représentent 40% des mis en cause pour homicides.

Les nouveaux arrivants : une fraction des personnes issues de l’immigration

Par ailleurs, les immigrés additionnels qui arrivent chaque année ont beau être nombreux, ils ne représentent qu’une fraction du total des personnes issues de l’immigration en France. Ce constat, qui peut sembler une évidence, a une importance capitale. Et pour s’en rendre compte, on va se placer dans un scénario alternatif. Imaginez : nous sommes en 2017, Emmanuel Macron vient d’être élu. Contre toute attente, il décide de fermer le pays à l’immigration. Supposons que de 2017 à 2022, la politique migratoire ait été si restrictive que la population immigrée soit restée stable. En fin de quinquennat, la population immigrée ou descendante d’immigrés n’aurait été que 5% plus faible qu’en réalité.

Et, soyons honnêtes, un écart de 5% sur le nombre de personnes issues de l’immigration présentes en France n’aurait pas changé fondamentalement l’état du pays en 2022. Attention à ne pas surinterpréter mes propos : nous n’aurions pas fait le choix, dans la deuxième moitié du XXe siècle, d’une immigration massivement issue de pays pauvres, beaucoup de choses seraient différentes, et j’ai fait de nombreux fils sur le sujet. Exemple avec la population carcérale :

Mais, la réalité, c’est que les flux migratoires transforment notre pays sur le long terme. Une politique migratoire ne change pas le visage d’un pays en cinq ans, à moins d’accueillir des millions d’immigrés comme en Allemagne sous Merkel. Encore une fois, je pense qu’il est essentiel d’optimiser notre politique d’immigration et d’intégration, et de le faire au plus vite. Mais il faut juste rester lucide sur les conséquences à espérer à court terme.

Plus d’enfants d’immigrés que d’immigrés et presque autant de problèmes

Les enjeux liés à l’immigration ne concernent pas que les immigrés, mais également leurs descendants. Il y a en France plus d’enfants d’immigrés que d’immigrés. Ces environ 7,5 millions de personnes sont nées en France et ont bien souvent tissé un réseau d’attaches familiales et professionnelles bien plus fort en France que dans le pays d’origine de leurs parents. Et pourtant, leur intégration économique et sociale semble presque aussi délicate que celle des immigrés. Chômage, dépendance aux aides sociales, pauvreté : les descendants d’immigrés extra-européens présentent des chiffres inquiétants. Le taux de chômage des descendants d’immigrés africains est même supérieur à celui des immigrés africains !

Et les données de pays européens (Pays-Bas, Danemark, Suède, Finlande) et même des États-Unis montrent que les descendants d’immigrés ont même souvent tendance à présenter des taux de criminalité plus élevés que les immigrés

Autant de défis qu’une réforme des flux migratoires ne pourrait relever à court terme.

L’immigration n’est pas le seul problème en France

Certes, notre politique migratoire actuelle affecte divers aspects de notre vie : économie, éducation, sécurité, cohésion sociale, équilibres politiques, etc. Et je l’ai amplement documenté. Prenons l’exemple du niveau scolaire en maths, mesuré dans le fameux classement PISA.

Le niveau des élèves issus de l’immigration est catastrophique :

  • Un an et demi de retard pour les immigrés.
  • Un an pour les descendants d’immigrés.

Mais voilà, le niveau des élèves nés en France de parents nés en France baisse aussi. Et même encore plus que celui des élèves issus de l’immigration.

Avec les données PISA, on peut estimer la contribution de l’immigration à l’évolution du niveau scolaire. Elle n’explique qu’un quart de la chute du score PISA en maths de 2000 à 2022.

Alors oui, un quart, c’est déjà regrettable, et si on avait fait le choix d’une immigration plus sélective, on n’aurait peut-être pas un tel problème. Mais non, l’immigration est loin d’expliquer la totalité de ce phénomène, et il en va de même pour de nombreux sujets.

Conclusion

Notre politique migratoire :

  • Est un enjeu de tout premier plan.
  • Doit être débattue et réformée.
  • N’est pas le seul problème du pays.
  • Une transformation des flux entrants, bien que hautement souhaitable, n’aurait qu’un impact modéré à très court terme.

Voilà, je me prépare à lire des commentaires assez houleux, entre ceux qui me reprocheront d’être trop à gauche ou trop à droite. Je pense juste que si on se leurre d’illusions, personne n’y gagnera à la fin. C’est ma ligne depuis le début. Si vous avez malgré tout aimé ce fil, pensez à vous abonner à mon compte sur X, et à partager et commenter ce billet.

  1. Anka

    Une personne issue de 5 générations de maghrébins installés en Belgique, née ou résidant en Belgique et de nationalité belge, est comptabilisée comme Belge dans les statistiques officielles, même si aux yeux du monde elle est vue avant tout comme maghrébine.

    Enfin, précision, il est impératif de se débarrasser d’individus impliqués dans des activités illégales ou présentant une menace pour la sécurité publique. Les citoyens respectueux des lois et contributeurs à la société ne sont pas visés.

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