Marc Vanguard diffuse sur Twitter des éléments de statistique sur l’immigration. Nous republions son travail sur les Effrontés dans l’espoir que cela nourrisse chez le lecteur une réflexion raisonnable et mesurée, au lieu des réactions émotionnelles si fréquentes sur ce sujet. — TB
Immigration en France : les chiffres 2025 viennent d’être publiés aujourd’hui à midi [le 27 janvier]. De nouveaux records ont été battus, c’est essentiel d’avoir ces chiffres en tête. Voici LA synthèse en huit infographies pour tout savoir.
Le nombre de titres de séjour accordés EXPLOSE et atteint un nouveau record historique. Le précieux sésame a été remis à environ 380.000 immigrés en 2025, sans compter :
- Les renouvellements
- Les étrangers européens (EEE)
- Les étrangers mineurs

Pour vous donner une idée des ordres de grandeur :
- C’est TROIS FOIS plus que sous le gouvernement Jospin (PS)
- C’est l’équivalent des populations cumulées de Rouen, Caen et Orléans
Concrètement, on a donné en 2025 au total 40.000 nouveaux titres de séjour en plus par rapport au record de 2024. On fait 12% de plus que le RECORD HISTORIQUE de l’an dernier. Oui. Et vous n’êtes pas au bout de vos surprises.
Le motif économique recule : l’immigration « de travail » ne représente QUE 13% des titres de séjours accordés en 2025, contre 17% en 2024. En revanche, le nombre de titres de séjour pour motifs humanitaires EXPLOSE : +65% en un an, c’est un quart des titres de séjour.

Alimentée par la hausse des entrées légales, la population bénéficiant d’un titre de séjour en France ne cesse d’augmenter. Environ 4,3 millions de titres de séjour valides sont actuellement en circulation.

Il y a donc aujourd’hui 60% de titres de séjour en circulation en plus par rapport à 2013. Ces 4,3 millions de titres sont l’équivalent des populations de Paris, Lyon, Marseille, et Toulouse cumulées.
En parallèle, les premières demandes d’asile reculent : 116.000 premières demandes enregistrées en 2025. Ça reste un niveau historiquement élevé, l’équivalent des populations réunies de Troyes et Lorient en un an.

Mais cette baisse est compensée par l’augmentation de la proportion de demandes d’asile acceptées. De 39% il y a seulement 4 ans, elle est désormais de 52%.

Les nationalités du Maghreb et d’Afrique subsaharienne restent majoritaires parmi les octrois de titres de séjour. Concernant les demandes d’asile, les Ukrainiens restent n°1.

Ce chiffre ne fera pas la une des médias, mais sachez-le : 430.000 immigrés clandestins ont été régularisés depuis 2012. En 2025, il y a eu 3.000 régularisations de moins qu’en 2024, ce qui donne 28.600 clandestins régularisés en une année.

Imaginez les villes de Metz, Nancy et Poitiers entièrement peuplées d’immigrés clandestins. C’est l’équivalent du nombre d’immigrés en situation irrégulière qui ont obtenu un titre de séjour depuis 2012.
Enfin, comme vous entendrez beaucoup reparler des ~380.000 titres de séjour accordés en 2025, n’oubliez pas qu’il ne s’agit que d’une partie de l’immigration légale. Ce nombre n’inclut pas :
- Les entrées irrégulières
- Les étrangers européens (de l’EEE)
- Les mineurs

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Après la publication de ce fil sur X au début de l’année, un billet de réfutation intitulé « Immigration 2025, la fabrique statistique d’un récit migratoire » a été publié par Mathis Bouvet sur le Club de Mediapart. L’auteur entend montrer que : « En omettant le solde migratoire et en fusionnant des catégories administratives, [Marc Vanguard] construit un récit alarmiste de submersion. » Je suis donc allé regarder le solde migratoire et les explications de l’INED et de l’INSEE. Voici ce que j’ai appris. — TB
Le solde migratoire est défini comme la différence entre les entrées et les sorties du territoire de tous les individus, y compris les nationaux. Si, Français, vous partez vous expatrier quelques années, vous serez compté comme un émigrant ; quand vous rentrerez pour de bon vous serez compté comme un immigrant, cela n’a rien à voir avec la nationalité. Dans la pratique, s’il est difficile de compter toutes les entrées, il est encore plus dur de connaître toutes les sorties (personne ne demande un « permis de non-séjour » en s’en allant). Le solde est seulement estimé, en comparant les données des recensements successifs.
Quelle est la précision de cette estimation ? Pas aussi bonne que je l’aurais cru, hélas. Pour l’année 2022, les statisticiens de l’Institut National de la Statistique et des Études Économiques ont eu la surprise d’enregistrer une baisse de 80% des sorties du territoire ! Ce genre de variations inhabituelles est généralement le signe d’un problème de calcul ou de collecte des données, plutôt que d’un phénomène réel. Après réflexion, l’INSEE a constaté que cette bizarrerie coïncide avec la mise en place en 2024 de questionnaires électroniques (rappel : le solde de 2022 est estimé rétrospectivement, pas en 2022). Le changement de méthode, et en particulier l’usage du smartphone, aurait drastiquement amélioré la collecte de données, surtout auprès des populations immigrées. Résultat : le chiffre des sorties estimées pour les années précédentes était vraisemblablement surestimé d’un facteur 5 ! Une toute petite erreur de l’ordre de 100.000 personnes par an.
L’INED a obligeamment mis les données en graphique, en différenciant le solde des nationaux et des non-nationaux.

Pour 2022, nous avons : +348.000 immigrants non-nationaux et -78.000 émigrants nationaux, soit un solde global de +270.000. Cependant, Mathis nous précise : « En 2025, l’estimation du solde migratoire est de 176.000, c’est-à-dire stable depuis 2023. » Tiens ? Allons voir le tableau de l’INSEE :

En effet, le solde migratoire estimé pour 2023, 2024 et 2025 est parfaitement stable. Et pour cause : c’est une « donnée provisoire » copiée-collée dans les trois cases du tableau ! L’INSEE publie sur son site des notices explicatives de ses ajustements statistiques (il faut bien les chercher !). Leur argument, pour le traitement de la période 2020-2023, est que la pandémie et le confinement ont diminué les entrées, puis que la guerre en Ukraine les a augmentées. Pour restituer la lente marche démographique habituelle, cette exceptionnalité doit donc être « lissée » — surtout cette fameuse année 2022 et son très embarrassant record.
Je ne peux répondre à Mathis sur les raisons précises de l’absence de solde migratoire dans le billet sur les chiffres de l’immigration 2025. Mais si j’étais à la place de Marc, je me serais également gardé de l’inclure en raison de la très grande incertitude qui pèse sur cette estimation. Dans deux ou trois ans, nous aurons une estimation révisée un peu moins pifométrique, et nous pourrons rediscuter de la situation migratoire en 2025. En attendant, je me demande combien d’habitants des villages de tentes et autres clandestins ont déjà vu des officiers du recensement et leur scrupuleux questionnaire.

