Doit-on avoir une copine et acheter un logement ou louer les deux ?

Ce mois-ci j’inaugure une rubrique inédite sur les Effrontés : les conseils pratiques. « Comment placer son épargne, faire soi-même une vidange ou coudre un ourlet ? » sont quelques unes des questions que j’aurais pu choisir pour ce premier billet du genre, avant d’opter pour deux problèmes fondamentaux dans la vie d’un homme : trouver une femme et un logement. Nous allons voir que ce sont deux problèmes fortement connexes.

Les pièges à éviter

L’essentiel du savoir dont dispose la plupart des gens sur l’immobilier et les femmes semble avoir été collecté lors de pots avec les collègues, d’apéritifs entre potes et de dîners de famille bien arrosés. « L’immobilier ça monte toujours. », « Les femmes sont plus romantiques que les hommes. », « Il vaut toujours mieux acheter que louer. », « On est toujours mieux en couple que seul. », etc. Autant de certitudes frappées au coin du bon sens avec de la glace pilée, du sucre de canne, et rien en dessous de quarante degrés. Un tas de conneries, en fait. Mais il n’y a rien à faire pour raisonner les gens : ils y croient dur comme fer et se persuadent les uns les autres, par dessus les olives et les rondelles de saucisson, que ces évidentes évidences sont irréfutablement indiscutables. Essayons tout de même de détromper les plus rationnels d’entre vous sur un point : vaut-il toujours mieux acheter que louer ? Posons la question plus pratiquement : combien coûte réellement un logement acheté comparé au même logement loué ?

Voyons d’abord ce que vous coûtera l’achat :

Prix du bien + frais de notaire (soit : émolument du notaire + droits et taxes + formalités et débours) + coût de l’emprunt (soit : intérêts calculés selon le taux démultiplié par la durée + assurance emprunteur + frais de dossier) + montant des travaux initiaux + travaux d’entretiens courants à renouveler périodiquement + taxe foncière chaque année

Et voyons ce que vous coûtera la location :

Loyer + augmentation du loyer (limitée par l’indice de référence des loyers)

Vous la sentez, la différence ? Sinon, faites un vrai calcul pour le logement de vos rêves en utilisant le simulateur de l’excellent site www.immobilier-danger.com. Le simulateur vous dira combien d’années il faut rester dans ce logement pour qu’il commence à coûter moins cher que si vous aviez loué l’équivalent. Selon le site :

Sachez qu’en règle générale, il ne faut jamais acheter pour moins de 6 ans. Cette durée peut passer à 8 ou 10 ans en période de baisse des prix. Dans certaines villes où les prix sont beaucoup plus élevés que les loyers, cette limite peut dépasser les 20 ans (c’est le cas à Paris actuellement).

Acheter un logement, c’est comme s’engager avec une femme, voyez-vous ? Ça coûte beaucoup plus cher qu’on ne le croit, n’offre pas plus de satisfactions concrètes qu’avant la signature du contrat, et ensuite on n’ose plus en essayer d’autres de peur de perdre son investissement. Pire : cela peut vous retenir de saisir une opportunité de changer de région ou d’activité, de partir vivre ce qui vous tenait à cœur, de prendre des risques, de changer de destin. La location vous laisse libre. La propriété vous libérera trop tard, quand vous serez vieux, et vous punira si vous osez bouger avant.

Vaut-il mieux acheter sa sexualité ou la louer ?

Voyons maintenant le problème de la sexualité : est-ce que ça vaut le coup d’avoir une copine, compagne, épouse ou toute autre relation à long terme avec une femme ? Nous allons étudier un scénario possible, et même banal, que vous pourrez adapter à votre situation si vous le souhaitez.

Imaginons un gars qui a noué une relation à tout point de vue agréable avec une fille. Comme ça se passe bien entre eux et qu’ils ne sont plus tout à fait à l’âge de l’insouciance estudiantine, ils souhaitent pérenniser leur couple en emménageant dans un même logement. Bien sûr, le logement doit être assez confortable pour deux adultes et leur permettre de recevoir des amis à dîner pour qu’ils soient témoins de leur bonheur domestique. Mettons que cette histoire se passe à Paris, aujourd’hui, avec un prix typique de 9.000 €/m² dans les arrondissements moyennement recherchés. Mettons que notre petit couple, décidé à se construire un avenir et touchant d’assez bons salaires, vise une surface de 50 m² — un grand logement selon les normes parisiennes ! Prix du bien : 450.000 €. Ils ont la moitié en apport (bravo !) et négocient habilement un taux de 1,8 % d’emprunt sur 20 ans. Mensualités : 1.180 €/mois, assurance incluse. Coût du crédit et de l’assurance : 58.400 €. Frais d’acquisitions (notaire, taxes, tout ça…) : 33.000 €. Coût total du projet : 450.000 + 58.400 + 33.000 = 541.400 € (soit, pour information, plus de 23 ans de salaire médian).

Comme c’est un couple moderne, ils se partagent les coûts en proportion de leurs revenus. Travaillant à temps plein tous les deux, lui dans l’industrie, elle dans un métier de contact humain, elle gagne 16 % de moins que lui. Il payera donc 54 % des coûts, soit 294.240 €. Et maintenant, la question qui fâche : ça fait combien de pipes, 294.240 € ?

En France, officiellement, ça ne se fait pas. La prostitution c’est mal. C’est marchandiser le corps humain. (Alors que la GPA c’est venir en aide à des femmes. Ne confondez pas tout.) J’ai ouï dire, pourtant, que si l’on sait lire les annonces entre les lignes, on trouve facilement toute sorte de services de relaxation, heu… disons… poussée. Même au fin fond de la province. Les frontaliers s’en moquent, bien sûr, bon nombre de pays voisins reconnaissant le commerce de soi comme une activité aussi fiscalement intéressante que les autres. Il y a même des plateformes pour mettre en relation les travailleuses indépendantes avec leurs clients, donc un affichage des prix. C’est justement ce dont j’avais besoin pour continuer ce billet ! Comme vous vous en doutez, les tarifs varient selon la valeur auto-estimée de la prestataire sur le marché sexuel et selon les jeux qu’elle a mis au menu. Si l’on suppose que le garçon de notre scénario a des goûts et une endurance ordinaire, il peut trouver son bonheur charnel pour 100 € la séance. Le projet immobilier dans lequel il envisage de s’engager lui coûtera donc 2.942 coups. À raison de deux fois par semaines, cela représente 28 ans de sexe ! Question : est-ce que sa copine lui fournira 28 ans de plaisir au moins aussi bien que des professionnelles toujours jeunes, aimables et variées ? Franchement, est-ce que ça vaut le coup de s’endetter sur 20 ans pour ça ?

Mais tu es horriiiiiiiiiiiible !

Oh, je sais ce que vous pensez : « Mais, Tancrède, on n’est pas avec une femme que pour le sexe ! » Et vous avez bien raison ! Pour quoi d’autre ? Dressons la liste ensemble :

• Pour l’amour : le vôtre ou le sien ? Si la continuation de la relation dépend de votre capacité à jouer le rôle du bon approvisionneur et du doudou émotionnel, vous êtes juste une commodité dans la vie de votre copine. Vous pouvez vous sentir fier d’être l’homme qui assure économiquement, mais ce faisant vous achetez l’illusion d’être désiré. Exactement comme avec les prostituées, juste beaucoup plus cher. Au contraire, si vous êtes son alpha, elle vous sautera sur la bite inconditionnellement sans se soucier de vous faire payer un appartement. Mais vous ne serez que rarement ou jamais l’alpha. Les femmes n’aiment pas les hommes en général. En revanche, les chiens aiment totalement leur maître. Si vous cherchez de l’amour, vous avez donc le choix.

• Pour avoir un enfant : ça c’est une excellente raison ! Très bien. Alors… Ça vient ? Elle est partante ? C’est pour bientôt ? Oui-non-peut-être ? « Je ne suis pas prête. » Sachez que la fertilité décroît rapidement au cours de la trentaine. Si elle attend, c’est qu’elle espère trouver mieux que vous. Bon sang ! C’est quand même facile de savoir où vous en êtes sur ce point ! Elle vous le donne ce gosse, ou pas ? Si c’est non, soyez courageux et tirez-en les conclusions que vous avez sous le nez : elle ne vous donne que du sexe ludique, pas du sexe reproductif.

• Pour ne pas être seul : je comprends, on a tous envie d’avoir quelqu’un à qui parler. Des amis avec qui partager des expériences, des idées, des joies et des peines, sur qui on peut compter… Des potes, quoi. Oubliez un instant le mignon minois des filles, leur décolleté, l’espoir de leur plaire et de finir dans leur lit après le bar… Quand avez-vous eu des discussions enthousiasmantes, profondes, enrichissantes avec des femmes ? En avez-vous seulement eu dont elles n’étaient pas le sujet central ? Ne diriez-vous pas que les meilleurs échanges de votre vie, ceux qui vous ont apporté du neuf, ou vous ont procuré de la joie, ou vous ont emmené dans un élan partagé avec votre interlocuteur, ou vous ont au moins laissé libre de dire ce que vous pensiez en parfaite franchise, ceux-là, vous les avez-eu avec des hommes ?

• À deux on est plus fort : oui… surtout s’il y a un homme dans le couple ! Prenez garde à ne pas faiblir. Les femmes n’ont pas pitié des perdants. Un homme qui perd son travail risque de perdre son couple. Une femme qui dépasse économiquement son compagnon peut également s’en lasser facilement (il n’est plus très utile, elle mérite mieux). Vous êtes censé assurer, en particulier le paiement de votre part du crédit restant, même après le divorce. Hé ! Personne ne vous a obligé à acheter votre sexualité alors que vous auriez pu la louer !

Pour ne pas laisser d’ambiguïté : je n’aime pas la prostitution. Je n’ai jamais été client d’une prostituée (bien qu’en rédigeant ce billet, j’ai commencé à le regretter…). Ce texte facétieux est pour vous inciter à examiner aussi froidement que possible vos relations longues en vous demandant : « Qu’est-ce que j’y gagne vraiment ? » Et d’une façon plus générale : « À qui bénéficient mes efforts ? À quoi sert mon travail ? Pourquoi pas à moi ? »

Il y a chez l’homme une admirable capacité à se sacrifier pour sa famille, son équipe, son pays, voire l’humanité en général. Mais dans une société purement individualiste, mercantile et immorale, le sacrifice de soi n’est plus que la marque des nigauds désuets, suppliants pour qu’on les aime en échange de leur abnégation besogneuse. Si vous tenez à être sacrifié, vous le serez. Ensuite l’amour de votre vie ira sauter au cou d’un homme tel que les femmes les aiment : un gars qui a fait de lui-même sa priorité.

Write a Comment

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *