La Servante écarlate

Dans les abysses de l’inconscient féminin

Il est d’usage, dans les études historiographiques, d’examiner longuement chaque source et sa provenance avant de tenter l’interprétation de son contenu. Souvent, les documents qui nous parviennent sont rares ou uniques, parcellaires ou partiellement indéchiffrables, et les circonstances de leur découverte sont riches de péripéties intéressantes (bien que non nécessairement signifiantes). Celui qui motive cet article échappe cependant à la règle : il n’est ni rare, ni incomplet, ni difficile à déchiffrer. En effet, si Le Conte de la Servante écarlate nous est parvenu, par chance, sous la forme d’une trentaine de cassettes de bande magnétiques, le roman La Servante écarlate fut imprimé en si nombreux exemplaires (plusieurs millions, d’après les estimations courantes) qu’il est encore facile de s’en procurer. Pour tout vous dire et clore cette introduction peu passionnante : l’exemplaire que nous avons étudié fut trouvé dans une boîte à livre, en assez bon état, sans que nous aillons d’autre effort à faire que de l’ouvrir et le lire.

L’auteur du texte est parfaitement identifié. Margaret Atwood (ce nom ne semble pas avoir été un pseudonyme) était une romancière canadienne née vers la fin des années 1930. Les études quantitatives suggèrent que ce fut, de loin, son plus grand succès. Il semble également que ce roman ait fait l’objet de plusieurs adaptations à l’écran, bien qu’aucune ne nous soit parvenu à cause du Netflix-Disney Copyright Term Extension Act des années 2050 et son obligation de verser un loyer pour la détention de toute œuvre audiovisuelle sous copyright. Les gens de cette époque ont décidé, avec bon sens, de se débarrasser des enregistrements pouvant les assujettir à cette lourde taxation.

Les questions véritablement excitantes que soulèvent ce texte sont : quelles sont les raisons de son succès et sont-elles comprises des lecteurs (ou plus probablement des lectrices) qui ont fait ce succès ? Nous allons voir que La Servante écarlate peut nous apprendre beaucoup sur l’état de confusion dans lequel se trouvait notoirement plongé l’Occident sous hégémonie anglo-américaine vers la fin du XXe siècle et une grande partie du XXIe siècle.

L’intrigue — que vous connaissez peut-être déjà — se déroule dans un futur dystopique où les femmes sont privées de droits et d’instruction élémentaire et, si elles sont fertiles, cantonnées par une dictature religieuse masculine à remplir une fonction procréative rendue incertaine par la pollution. C’est le contexte qui nous est donné explicitement, mais ce n’est pas le récit lui-même. Le sujet du récit est la façon dont la narratrice affronte son existence de Servante écarlate dans ce contexte. Or, dans son existence, l’oppression ne vient pas des hommes mais des femmes. D’abord il y a les Tantes, chargées d’endoctriner les Servantes à accepter leur rôle de gestatrice pour autrui.

Parfois [Tante Lydia] projetait un vieux film porno des années soixante-dix ou quatre vingt. Femmes agenouillées à sucer des pénis ou bites, femmes attachées ou enchaînées ou portant des colliers de chien autour du cou, femmes suspendues à des arbres, ou la tête en bas, nues, jambes écartées, des femmes qu’on violait, battait, tuait. Une fois nous avons dû assister au spectacle d’une femme que l’on découpait lentement en morceaux, à qui l’on tranchait les doigts et les seins avec des cisailles de jardinier, dont on ouvrait le ventre pour en extraire les intestins.

Réfléchissez à l’autre option, disait Tante Lydia. Vous voyez ce qui se passait? Voilà ce qu’ils pensaient des femmes, dans ce temps-là. Sa voix tremblait d’indignation.

Quiconque a quelques connaissances, même superficielles, en histoire des idéologies de l’Ére industrielle aura reconnu des thèmes caractéristiques des mouvements appelés féministes. Il serait erroné d’en conclure que Tante Lydia est un personnage féministe, puisque le contexte est celui d’une dictature dominée par les hommes et ayant éradiqué les mouvements féministes par la violence. Tout de même, la ressemblance est troublante.

Lors de nombreux passages rétrospectifs, la narratrice se remémore sa vie avant la chute du gouvernement des États-Unis et l’avènement du nouveau régime. Souvent, elle pense à sa mère, qui semble avoir été une féministe active dans sa jeunesse. Cela est confirmé par plusieurs passages, soit par l’évocation de revendications typiques, soit par un style de vie fréquemment associé à ce milieu militant, selon les spécialistes de la période. Ainsi, on apprend que la narratrice fut conçue tardivement, que sa mère reçu des reproches de certaines de ses amies militantes, et qu’elle chassa le père biologique comme elle l’avait prévu après la naissance de l’enfant. Dans une conversation bien antérieure à la période Gileadienne, elle dit à sa fille adulte, en présence du compagnon de cette dernière :

De toute façon, à quoi bon, je ne veux pas d’un homme chez moi, à quoi servent-ils en dehors des dix secondes qu’il faut pour faire la moitié d’un bébé? Un homme, c’est juste une stratégie de femme pour fabriquer d’autres femmes.

À nouveau, la proximité est troublante entre le féminisme et l’idéologie gileadienne : la mère de la narratrice réduit l’homme à sa simple fonction reproductrice, à une sorte de… Servant écarlate.

Ensuite, il y a les Épouses des Commandants. C’est pour compenser l’infertilité de celles-ci que des Servantes sont employées dans la maison des Commandants. Gestatrices pour autrui, et rien d’autre. Lorsqu’une Servante est sur le point d’accoucher, l’Épouse prend place au dessus d’elle pour vivre l’accouchement comme si c’était le sien. Les hommes n’ont aucune place dans cette relation de domination de la Servante par l’Épouse — sauf pour pratiquer péniblement l’insémination, une fois par mois, toujours en présence de leur Épouse et sans la moindre trace d’érotisme. Les Commandants sont fonctionnellement des Servants, accouplés aux Servantes sous le contrôle de leur Épouse !

Les deux Épouses en bleu aident la troisième, l’Épouse de la maison, à descendre du tabouret et à gagner le lit où elles l’allongent et la bordent. Le bébé, maintenant baigné et tranquille, est posé cérémonieusement dans ses bras. Les Épouses arrivent d’en bas en foule à présent, se poussent au milieu de nous, nous écartent. Elles parlent trop fort, certaines d’entre elles tiennent encore leurs assiettes, leurs tasses à café, leurs verres de vin, certaines mastiquent encore, elles se groupent autour du lit, la mère et l’enfant, à roucouler et congratuler. L’envie irradie de leurs personnes, je sens son odeur, de légères bouffées acides, mêlées à leur parfum. L’épouse du commandant baisse les yeux sur le bébé comme si c’était un bouquet de fleurs, quelque chose qu’elle aurait gagné, un trophée. […]

À présent je suis lessivée, épuisée; mes seins sont douloureux, ils coulent un peu. Du faux lait, cela arrive à certaines d’entre nous. Nous nous asseyons sur nos banquettes, face à face, pendant le transport ; nous sommes sans émotion maintenant, presque privées de sensibilité, nous pourrions aussi bien être des paquets de tissu rouge. Nous souffrons. Chacune de nous tient dans son giron un revenant, un bébé fantôme. Ce qui nous poursuit, une fois l’excitation retombée, c’est notre propre échec. Je pense, Mère, où que tu sois. Peux-tu m’entendre ? Tu voulais une culture de femmes. Et bien, la voici.

Manifestement, l’auteur a senti une proximité entre la dystopie Gileadienne qu’elle dépeint et un certain style d’utopie féministe. Mais intéressons-nous au Commandant chez qui la narratrice est affectée comme gestatrice. Un soir, elle reçoit l’ordre de le rejoindre dans son bureau.

Ma présence ici est illégale. Il nous est interdit de nous trouver en tête à tête avec les Commandants. Notre fonction est la reproduction ; nous ne sommes pas des concubines, des geishas ni des courtisanes. Au contraire : tout a été fait pour nous éliminer de ces catégories. Rien en nous ne doit séduire, aucune latitude n’est autorisée pour que fleurissent des désirs secrets, nulle faveur particulière ne doit être extorquée par des cajoleries, ni de part ni d’autre; l’amour ne doit trouver aucune prise. Nous sommes des utérus à deux pattes, un point c’est tout : vases sacrés, calices ambulants.

Alors pourquoi veut-il me voir de nuit, seule ? […]

« Je voudrais… reprend-il. Cela va vous paraître stupide. » Et il a vraiment l’air gêné, désarmé était le terme qui désignait l’air que prenaient les hommes autrefois. […]

J’aimerais que vous fassiez une partie de Scrabble avec moi, dit-il.

Ce passage nécessite quelques précisions pour les non-spécialistes de l’histoire du XXe siècle. Le Scrabble était un jeu consistant à former des mots avec des jetons placés sur un plateau carré divisé en 225 cases. Pour comprendre le sous-texte de ce passage, il faut savoir que ce jeu était perçu comme une activité de gens âgés dont les pulsions sexuelles étaient tombées à zéro. « Faire un Scrabble » lors d’un rendez-vous intime entre un homme et une femme était une plaisanterie qui sous-entendait l’échec complet des possibilités érotiques de la rencontre. Ici, le caractère clandestin et dangereux du rendez-vous ajoute encore à l’effet comique. La plupart des lecteurs, à l’époque, comprenaient instantanément la plaisanterie voulue par l’auteur. J’ai ri aussi.

Nous ouvrons la porte de son bureau, juste un petit creux, et épions les bruits dans le couloir.

C’est comme un rendez-vous galant. C’est comme se faufiler dans le dortoir après l’heure permise.

C’est une conspiration.

« Merci, dit-il, pour la partie. Puis il dit : je veux que vous m’embrassiez. »

Il est bien piteux, ce Commandant réduit à quémander un peu de convivialité et un baiser à sa Servante, en cachette de son Épouse ! Le contexte nous assure que c’est un monde d’hommes écrasant les femmes mais plus le récit avance, plus on en doute.

Elle ne m’est rien, elle me déteste, elle me chasserait de la maison sur l’heure, ou ferait pire, si elle pouvait imaginer le moindre prétexte. Si elle découvrait la chose, par exemple. Il ne pourrait pas intervenir, pour me sauver, les transgressions commises par les femmes de la maison, qu’il s’agisse d’une Martha ou d’une Servante, sont censées relever de la juridiction des seules Épouses.

Les Marthas sont des femmes infertiles employées comme domestiques. L’oppression subie par les Épouses se borne donc à s’ennuyer un peu et se la couler douce. Pour le ménage, la cuisine et autres corvées, il y a les Marthas. À nouveau, l’oppression effective d’une catégorie de femmes est effectuée par une autre catégorie de femmes. Il en va de même pour les filles des Épouses :

Et maintenant les vingt filles voilées en blanc s’avancent timidement, le coude soutenu par leurs mères, et non pas les pères, qui conduisent les fiancées à l’autel et qui s’occupent d’organiser les mariages. Les mariages sont, bien sûr, arrangés. Ces jeunes filles n’ont pas été autorisées à se trouver seules avec un homme depuis des années ; depuis autant d’années que nous sommes toutes à faire ce que nous faisons maintenant.

Le pouvoir des Épouses sur les autres femmes est quasi total, comme en atteste ce passage :

Quant aux Épouses, il y a en général un seul délit pour lequel elles passent en Rédemption. Elles peuvent nous faire pratiquement n’importe quoi, mais elle n’ont pas le droit de nous tuer, pas d’après la loi, pas avec des aiguilles à tricoter, ni des cisailles de jardinier, ni des couteaux dérobés à la cuisine, et encore moins quand nous sommes enceintes.

Certes, nous sommes priés de croire que l’oppression des femmes par les femmes est le produit d’un système politico-religieux plus vaste et très masculin. Mais on ne le voit guère se manifester, ce système, sinon par l’exhibition de corps pendus pour déviance ou rébellion — des corps d’homme, dans la plupart des cas. La vie de la Servante écarlate est tissée de craintes envers d’autres femmes, de jalousies et de menaces portées par d’autres femmes, de services dus à d’autres femmes sous la surveillance bien réelle de ces femmes et la surveillance supposée de la police secrète appelée les Yeux. Le Commandant est un homme du régime et prétendument l’un des théoriciens de l’oppression sexiste, mais comment prendre cela au sérieux ? (SERIEUX : 16 points au Scrabble.)

Le Commandant m’a regardée de ses yeux candides de petit garçon. Il a dit : Ah, oui, j’ai lu les revues, c’est pour cela qu’on faisait l’article, n’est-ce pas ? Mais voyez les statistiques, ma chère. Est-ce que cela valait vraiment la peine de tomber amoureux ? Les mariages arrangés ont toujours aussi bien marché, sinon mieux.

L’amour, disait Tante Lydia avec dégoût. Que je ne vous y prenne pas. Pas de rêvasseries, pas de langueurs du mois de juin ici, mesdemoiselles. Elle nous menaçait du doigt. L’amour n’est pas essentiel.

Tante Lydia est beaucoup plus certaine d’abhorrer l’amour que cet homme qui voit sa Servante en cachette pour jouer, bavarder, l’admirer et lui demander de l’embrasser. Et puis, il finit par l’emmener clandestinement dans un bordel réservé aux dignitaires et aux hôtes étrangers. Pour cela, il lui procure une tenue attrayante : chaussures à talon haut et ridicule bustier à plumes. Au marché noir, car ces choses sont interdites dans la vertueuse république de Gilead. L’épuration des gardes-robes a été faite depuis longtemps, la narratrice s’en souvient.

Il y avait des feux de joie à Times Square, entourés de foules qui psalmodiaient, des femmes qui levaient les bras en l’air avec gratitude quand elles sentaient la caméra sur elles, de jeunes hommes au visage net et dur comme pierre lançaient des choses dans les flammes, des brassées de soie et de nylon et de fourrure artificielle, vert limette, rouge, violet, satin noir, lamé d’or, argent scintillant, slip bikini, soutien-gorge transparent avec des cœurs en satin cousus pour couvrir les bouts de seins.

L’interprétation de ce passage est délicate. On connaît des exemples de régimes autoritaires et religieux du XXe siècle détruisant publiquement des sous-vêtements féminins jugés inconvenants, mais ils étaient non-occidentaux. Il semble que la destruction de sous-vêtements féminins, en Occident et sur cette période, ait été le fait de féministes, mais plutôt rarement, parcimonieusement, et dans une intention purement symbolique. Toutefois, l’image mythifiée de féministes brûlant leur soutien-gorge a prospéré dans l’imaginaire collectif de cette époque, si bien que le début du XXIe siècle a connu une mode du non-port du soutien-gorge chez un certain nombre de jeunes femmes (bien que les fouilles archéologiques n’aient pas montré de baisse significative de la possession de sous-vêtements de ce type à la même période). L’auteur était probablement consciente des deux interprétations possibles et a pu vouloir jouer sur l’ambiguïté de cette scène.

Le récit de la Servante écarlate laisse très peu de place aux hommes. La plupart sont des policiers et hommes à tout faire appelés Gardiens ou des soldats appelés Anges. Ils sont célibataires, mais peuvent un jour se voir attribuer une épouse appelée Écofemme, s’ils ne sont pas encore morts au service du régime ou pendus par le régime. Leur existence semble aussi maussade, contrainte et frustrante que celle des Marthas et des Écofemmes — le risque martial en plus. Les Commandants, comme nous l’avons vu, n’ont guère de pouvoir dans leur maison. À qui commandent-t-il au juste ? À leur chauffeur, qui pourrait bien être un membre de la police secrète chargé de les surveiller ? Même la répression la plus cruelle montrée dans le récit est opérée par des femmes : d’abord la pendaison par les Rédemptrices de trois femmes devant un parterre de Servantes au nombre desquelles se trouve la narratrice, puis, immédiatement après, la « particicution » (c’est à dire le lynchage) d’un homme par les Servantes elles-mêmes.

« Cet homme, dit Tante Lydia, est accusé de viol. » Sa voix tremble de rage, et d’une sorte de triomphe. « C’était jadis un gardien. Il a déshonoré son uniforme. Il a abusé de son poste de confiance. Son partenaire de vice a été fusillé. La sanction d’un viol, comme vous le savez, est la peine de mort. Deutéronome 22:23-29. Je pourrais ajouter que le crime a mis en jeu deux d’entre vous, et a été exécuté sous la menace d’une arme à feu. Il a aussi été accompagné de sévices. Je ne veux pas choquer vos oreilles par d’autres détails, sauf à vous dire qu’une des femmes était enceinte et que le bébé est mort. »

Sur ce passage j’ai précédemment dit :

Les boucs émissaires ont eu une utilité notoire tout au long de l’histoire, et il devait être particulièrement gratifiant pour ces Servantes, si strictement surveillées par ailleurs, de pouvoir de temps en temps démembrer un homme de leurs mains nues. Cette pratique a atteint une popularité et une efficacité telles qu’elle a été officialisée dans la période moyenne, durant laquelle elle avait lieu quatre fois par an, aux solstices et aux équinoxes. On retrouve ici l’écho des rites de fertilité des cultes primitifs de la Déesse Terre. Comme nous l’avons dit lors de la discussion d’hier, Gilead, tout en étant indubitablement un régime patriarcal quant à la forme, était à l’occasion matriarcal quant au fond, à l’instar de certains secteurs du tissu social qui lui a donné naissance.

James Darcy Pieixoto, Procès verbaux du Douzième Colloque d’Études Gileadiennes, Congrès de l’Association Internationale d’Histoire, Nunavit, juin 2195

Nous pouvons à présent étendre cette remarque au lectorat de la Servante écarlate : bien que le contexte évoqué soit celui d’un régime patriarcal, cela apparaît clairement comme un prétexte pour décrire une société matriarcale. Le plaisir pris par les lectrices de ce roman provient du contenu du récit : une féroce lutte de pouvoir entre femmes, simultanément excitante, révoltante et délicieusement effrayante, autour de l’enjeu le plus profondément féminin qui soit — la maternité ! La fascination de certaines lectrices pour cette oppression féminine fut telle qu’on vit des manifestantes se costumer en Servante écarlate, aux États-Unis et parfois ailleurs en Occident, sous le prétexte de lutter contre une oppression masculine. Elles auraient pu choisir des costumes inspirés d’oppressions patriarcales réelles, telles que la burqa pakistano-afghane ou le niqab du monde arabe, mais cette option était interdite dans l’idéologie contradictoire de leur époque. De plus, le nombre important de costumes de Servante écarlate disponibles à la vente au début du XXIe siècle suggère qu’ils ont été portés dans d’autres circonstances que des protestations politiques. Rites ? Fêtes costumées ? Pratiques sexuelles ? Nous manquons d’éléments pour l’affirmer avec certitude.

Pour finir, je voudrais évoquer le personnage masculin le plus intéressant de la Servante écarlate, bien que son rôle soit minime avant les trois derniers chapitres. Nick est le chauffeur du Commandant, puis son substitut dans la tentative de féconder la Servante. C’est l’Épouse du Commandant qui organise la rencontre sexuelle, en raison de la trop faible fertilité de son mari contrariant son désir d’enfant. Nick devient l’amant de la narratrice. Il incarne le retour de l’érotisme, de la douceur, de la tendresse. Ils se voient en cachette, désormais. À la fin, c’est Nick qui organise l’évasion de la narratrice. Il est celui par qui vient l’action et l’espoir. Margaret Atwood semble nous dire (sans doute de façon totalement inconsciente !) que pour sortir de l’enfer matriarcal, du repli des femmes sur elles-mêmes et leur ventre, il faut l’intervention de cette altérité audacieuse et agissante : l’Homme.

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